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Municipales : et de quatre pour Jean-Charles Orsucci à Bonifacio ?


le Jeudi 12 Février 2026 à 10:45

Maire de Bonifacio depuis 2008, Jean-Charles Orsucci veut repartir sur un quatrième mandat, qu’il compte mener de pair avec ses nouvelles fonctions de président de l’Association nationale des élus des littoraux (ANEL). Il est pour l’heure le seul candidat en lice, sous la bannière dénuée d’étiquette politique Bonifacio 21, même s’il revendique personnellement son appartenance au parti présidentiel Renaissance. Pour « Corse Net Infos », Jean-Charles Orsucci revient sur « l’investissement colossal » qu’il se dit « fier » d’avoir continué à mener durant son troisième mandat. Et dévoile quelques-uns des projets structurants qu’il souhaite porter durant les six prochaines années.



Municipales : et de quatre pour Jean-Charles Orsucci à Bonifacio ?

Conseiller municipal depuis 2001 et maire depuis 2008, Jean-Charles Orsucci pense pouvoir encore, à 54 ans, être utile pour sa commune.
Conseiller municipal depuis 2001 et maire depuis 2008, Jean-Charles Orsucci pense pouvoir encore, à 54 ans, être utile pour sa commune.
- Sauf surprise de dernière minute, vous serez le seul candidat à votre succession dans un mois. Il y a six ans, vous n'aviez pas d'adversaire non plus. Le démocrate que vous êtes peut-il s'en réjouir ?

- Je peux m'en réjouir à partir du moment où je n'ai rien fait pour empêcher une quelconque candidature ! Les gens ont la liberté de se présenter, de constituer des listes et de contester le projet politique que l'on porte. Moi, à l'inverse, j'aurais tendance plutôt à y voir, c'est vrai, un phénomène exceptionnel dans l'histoire politique de Bonifacio. Deux fois de suite, se retrouver sans liste concurrente, je crois que c'est unique dans l'histoire de cette cité. Moi, je veux y voir surtout le travail d'une équipe, Bonifacio 21, d'une aventure qui a commencé en 2003 et du travail que nous avons accompli. Je pense que c'est à la fois la reconnaissance du travail accompli, d'un bilan exceptionnel (plus de 150 millions d'euros d'investissement en trois mandats), et aussi sûrement une manière de gérer la commune. Car je n'ai eu de cesse de chercher à rassembler les Bonifaciens, quelles que soient leurs opinions politiques. 

- Sans opposition, c’est plus difficile de nourrir le débat. Ca ne vous a pas manqué ?

- Même si je n'ai pas d'opposition structurée,  il y a des avis différents qui s'expriment en interne. Nous avons tous les lundis une réunion de conseil municipal et nous débattons souvent. Et il m'est arrivé quelques fois d'être mis en minorité. Je l’accepte, parce qu'on n'a pas raison tout seul. Ensuite, je suis très attaché à la parole de mes concitoyens lors des réunions publiques. Et j’entends innover : je ne m'interdis pas, dans deux ou quatre ans, de faire un référendum d'initiative local sur des sujets qui pourraient être emblématiques.

- Vous avez été élu maire trois fois. Repartir pour un quatrième mandat, ça allait de soi ?

- Non, pas du tout. J'ai 54 ans et je suis arrivé à un moment de ma vie où la question était de savoir si j’allais faire de la politique jusqu'au bout, ou si je ne devais pas reprendre une activité professionnelle. Depuis 2008, je suis fonctionnaire de l’Education nationale, en disponibilité pour l'exercice d'un mandat électif. Mais j’ai fait ce choix de me représenter, parce que gérer Bonifacio est une passion. C’est lorsque Yannick Moreau m’a demandé, en juillet, si j’étais intéressé pour prendre sa succession, que j’ai compris. En acceptant l’idée d’être président de l’ANEL, je devais aussi poursuivre mon mandat municipal.


- Pourquoi ?

- Parce que ça sert aussi les intérêts bonifaciens, de l'Extrême-Sud et de la Corse. Je passe en effet beaucoup de temps avec des ministres ou hauts fonctionnaires de la nation. Avoir ces réseaux-là, et donc l’opportunité de les convaincre, ça sert nos intérêts, même si ça consomme du temps. Je devrai aller en moyenne un ou deux jours par semaine à Paris. Et c'est bien pour cela d'ailleurs que je n’ai pas souhaité chambouler mon équipe municipale. En 2020, j'avais demandé à ceux qui avaient fait trois mandats de quitter l'équipe municipale en 2026. J'ai revu ma position. Je leur ai demandé de rester à mes côtés, parce qu'au regard de mes fonctions de président de l’ANEL, j'aurai besoin d'avoir une équipe qui a fait ses preuves. Au final, cinq élus vont passer la main et cinq nouveaux vont nous rejoindre sur la liste.

- Quels étaient les prérequis pour vous rejoindre ?

- Des gens qui vivent à Bonifacio à l'année, qui ont une compétence dans un domaine qui leur est propre, qui ont de la probité et une forme de disponibilité. Et je fais fi de l'appartenance politique, en évitant les extrêmes. Les cinq qui vont nous rejoindre, ce sont plutôt des jeunes. Ce n’est pas du jeunisme, c'est une volonté de préparer l'avenir.

- Vous disiez qu'être président de l'ANEL, ça va servir les intérêts de Bonifacio. Diriez-vous la même chose de votre appartenance politique à Renaissance ? Bonifacio a-t-elle pu tirer avantage de sa position de relais de la majorité présidentielle ? 

- - Je ne veux pas laisser penser que je serai, entre guillemets, favorisé ou pistonné. L'État a vocation à travailler avec tout le monde. Maintenant, il faut être honnête aussi. Je suis proche du Président de la République. Lui  et moi revendiquons une amitié forte. Je pense donc que mes dossiers sont vus avec bienveillance par ses ministres, sans que ce soit du favoritisme. Je suis maire depuis 2008, et il est vrai aussi que je me sentais peut-être un peu moins aimé sous Nicolas Sarkozy (Jean-Charles Orsucci était alors membre du Parti socialiste, NDLR) !

- Sur ce dernier mandat, quelles sont les réalisations que vous retenez le plus, au regard de leur nécessité pour la ville ?

La dernière réalisation en date, et elle est majeure, c'est l'usine de potabilisation qui a été réalisée pour un montant de 8 millions d'euros. Elle s’ajoute aux travaux que nous avons réalisés sur les réseaux, et à toute la politique de l'eau que nous avons montée. J'ai la prétention de dire que nous avons fait rentrer Bonifacio dans le XXIe siècle. Notre rendement, aujourd’hui, correspond au rendement d’une commune urbaine et les problèmes que nous venons de connaître à Bonifacio en matière hydrique (les restrictions d’eau de l’automne, NDLR) ne sont pas le fait de la commune. Les responsabilités sont à aller chercher ailleurs.

Ensuite, on a initié le chantier des remparts. C’est un projet à 15 millions d’euros. On a déjà réalisé un tiers, on va réaliser le deuxième tiers dans ce mandat. Je pense qu'il faudra encore au moins cinq ou six ans pour réaliser la totalité du projet.

Enfin, j’ai essayé d’avoir une action intergénérationnelle. De la naissance, avec l'inauguration de la crèche, jusqu'au cimetière marin où nous avons réhabilité le carré. Au total durant ce mandat, nous avons réalisé 54 millions d'euros d'investissement. Je préviens les Bonifaciens que nous ne pourrons pas continuer sur ce rythme !

- Comment un tel investissement a-t-il été rendu possible ?

- Grâce à l'action de mon office municipal du tourisme, on a explosé les recettes. Il y a aussi les recettes générées par le port et les parkings. Enfin, on a été capable d'aller capter des financements. Même si la Chambre régionale des comptes a dit, et c'est tout le paradoxe, qu’on n’a eu que 40% de financements. Oui, mais on en fait tellement, que forcément...

- Il y a aussi l’argent issu du mécénat. Etes-vous conscient de faire des envieux ?

- Tous les étés, avec mon amie et adjointe, Marie-Jo Culioli-Vichera, nous menons une prospective pour aller convaincre de grands mécènes. Pendant deux ans, on a été en capacité de capter 600 000 euros, ce qui nous a permis de refaire l’église Saint-Erasme, chose que nous n’avions pas prévue dans notre programme de 2020. Alors oui, tout le monde n’a pas la chance d’avoir cette qualité de maisons secondaires que nous avons à Bonifacio. Mais si je ne prends jamais de vacances en juillet et août, c’est un peu pour ça aussi. Je me consacre à ma ville, dont la population est multipliée par cinq, et j’en profite pour me constituer un réseau de gens qui n’hésiteront pas à nous aider.  

Une étude structurelle sur l'état du bâti des falaises est actuellement menée par l'Etat.
Une étude structurelle sur l'état du bâti des falaises est actuellement menée par l'Etat.
- Vous êtes venu à bout d’un gros morceau, le plan local d’urbanisme, mais son adoption vous a laissé un goût amer. Quels sont les retours que vous avez eus des Bonifaciens ?

Quand vous divisez la constructibilité par trois, ça génère plus de mécontentement que d’adhésion. Les gens qui ont leur terrain constructible aujourd'hui estiment que c'est un juste dû. A l'inverse, ceux qui se sont vus retirer la constructibilité pensent que je n'ai pas été assez efficace. Mais je ne regrette pas d’avoir fait ce PLU. Je rappelle qu'il y a une épée de Damoclès en 2027 qui va interdire toute constructibilité sur la commune. Il fallait qu'on ait un document d'urbanisme opposable et qui donne de la lisibilité à la fois aux services de l'État et à la commune. Mais je suis un vieil élu, j'ai participé à l'élaboration du plan local d'urbanisme de 2006 et je me souviens que ça s'était fait dans une tension extrême. Ca n’a pas été le cas cette fois. Il s’est écoulé 17 ans, et je pense que la population sait aujourd'hui que ce n'est pas seulement l'action du maire de Bonifacio, mais bien les lois de la République qui s'imposent à nous. Une partie de la population est contente d’ailleurs, qu’il y ait ces restrictions, et qu’on ne puisse pas développer davantage de bâti.

- Ce PLU, vous avez toujours la possibilité de le réviser à la marge...

Oui, le conseil municipal nouveau pourra le faire et je pense qu’il y aura ce débat. Mais on va attendre de voir un peu, notamment au niveau de la servitude de la loi Le Meur (qui vise à interdire toute nouvelles constructions de résidences secondaires, NDLR). Quand on atteint un taux de 60 à 65 % de résidences secondaires, on se doit d’aller vers un rééquilibrage. Mais je n’ai pas le recul pour dire si ça fonctionnera ou pas. Je me rends simplement compte du courage politique qui a été le nôtre, parce que je pensais sincèrement que tout le monde, en Corse, allait emboîter le pas de la Collectivité de Corse et mettre en œuvre cette servitude, et notamment dans les communes gérées par des nationalistes. Or, ça n’a pas été le cas.

- Cette loi Le Meur ne risque-t-elle pas de donner un coup de frein au secteur du bâtiment ?

D'abord, à mes amis du bâtiment, je leur souhaite de pouvoir construire beaucoup de maisons principales. Secondo, je leur souhaite de pouvoir peut-être, demain, réhabiliter de la maison secondaire, parce que bon nombre d’entre elles ont été construites dans les années 70. Donc, je pense qu'il y a un marché qui existe pour de la réhabilitation, restauration et reconstruction de maisons secondaires. Cette servitude de la loi Le Meur, est-ce une mauvaise décision ? Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais. On se laisse deux à trois ans pour voir comment ça évolue et on en tirera les enseignements. 

- Une étude structurelle est en cours concernant l’état du bâti sur les falaises de Bonifacio. Vous qui êtes attaché à votre patrimoine, êtes-vous inquiet ? Et comment la commune accompagne-t-elle l’autorité compétente, à savoir l’État ?

Au moment où je parle, non, je ne suis pas inquiet de l'état des falaises. L'État mène cette étude au nom de la sécurité des biens et des personnes. Le rôle qui est le mien, c'est d'accompagner l'État pour assurer la sécurité des biens et des Bonifaciens. Au départ, l’inquiétude portait sur ce que pouvait faire la mer sur la falaise. Et vraisemblablement, l'action de la mer sur la falaise n'est pas importante, dixit les scientifiques. Ce qui pose problème, ce sont les fracturations verticales qui existent dans cette falaise et les infiltrations d'eau qui peuvent avoir lieu. Mais nous avions fait un gros travail au sein de la commune pour canaliser toutes ces infiltrations d'eau. Je suis relativement optimiste, même si il y a eu un verdict et malheureusement, deux maisons se sont vu signifier un risque trop important

- Quelles sont vos priorités pour ce prochain mandat ?

Je continue à avoir des Bonifaciens qui m'appellent parce qu'ils n'ont pas de logement. J'ai conscience que, malgré les décisions politiques que nous avons évoquées, il  y a encore du travail à faire. Donc, le logement constituera encore une priorité pour moi. Je regrette que sur le projet de Monte Leone (de construction d’une trentaine de logements sociaux, NDLR) que j'avais annoncé dans le dernier mandat, nous n'ayons pas avancé suffisamment vite. Mais ce n’est pas pour rien si les élus locaux sont remontés comme des pendules contre toutes les contraintes qui leur sont avancées, souvent avec un pointillisme ardu, par les services de l’État, qui ne sont pas des facilitateurs mais des freins à la mise en place de politiques ambitieuses et efficaces sur le logement. Du logement social, j’en ai fait quand même, mais si on m’avait laissé aller vite, j’aurais doublé le parc locatif social à Bonifacio. Je dis simplement aujourd'hui qu'il faut que les bailleurs sociaux, l'État et la Collectivité de Corse soient davantage à nos côtés pour répondre à ce défi majeur. Je vais réhabiliter 11 logements communaux en haute ville, et je vais construire ces logements sociaux à Monte Leone. Aux promoteurs que je rencontre, je leur dis : maintenant, vous ne pouvez faire que du logement permanent à Bonifacio, donc faites-le, il reste du foncier disponible. J'ai une soixantaine de demandes de logements sociaux aujourd'hui en attente à Bonifacio. Si on avance correctement, j’espère pouvoir en sortir une quarantaine lors du prochain mandat.

Le candidat Jean-Charles Orsucci porte un projet de réaménagement de l'arrière-port.
Le candidat Jean-Charles Orsucci porte un projet de réaménagement de l'arrière-port.
La deuxième action, c'est qu'on est en train de prendre possession de l'arrière-port de Bonifacio. Notre entrée de ville n’est pas à la hauteur d’une capitale touristique. J’espère pouvoir récupérer auprès de l’Etat le foncier de l’arrière-port, une fois que les fonctionnaires des phares et balises auront été relocalisés. L'idée, c'est de repenser l'arrière-port en terme de circulation et d'aménagement. Je rêve d'une grande place qui permette aux Bonifaciens de se rencontrer, d’échanger, de faire des concerts, des pièces de théâtre... Il y aurait de la mobilité douce et de la végétalisation. Aujourd'hui, les principaux blocages routiers de Bonifacio se font sur cet arrière-port. Il faut donc déverrouiller cela. C'est une opération qui va quand même coûter la bagatelle de 2,2 millions d'euros pour pouvoir reconstruire les logements des phares et balises et le centre technique que nous construirons à Musella. 

Il y aura aussi la création d'un musée numérique dans le bastion de l'Etendard, qui va être un élément fort, à la fois patrimonial et de développement économique pour Bonifacio. Enfin, il faut absolument rompre avec la dichotomie entre le 15 août et le 15 janvier. L’hiver, il y a toujours une léthargie qui pèse dans la vie bonifacienne. On a déjà fait des choses, mais il faut qu'on mette encore davantage de moyens durant cette période pour avoir du lien social, de l'action culturelle et sportive, des animations... Je vais ouvrir sûrement une concertation, et derrière les idées vont sortir. Ces idées, il faudra juste les financer. Ne tournons pas autour du pot, on n'a quasiment jamais touché l'impôt des Bonifaciens. Un jour, il faudra peut-être quand même se poser la question, si on veut encore avoir davantage de services dans la population. Ça veut dire de la mobilité aussi entre les hameaux, la campagne bonifacienne, la ville, la marine...  Il faut enfin remettre un petit coup d'investissement sur les routes. Mais avant de toucher aux impôts, on va d'abord regarder les produits qui peuvent augmenter les recettes de la commune. Très clairement, c'est le port et nos parkings. Et avant de toucher aux taux d’imposition, on va travailler sur les bases. 

- Vous n'êtes plus élu à la collectivité de Corse. En 2028, il y aura les élections régionales, envisagez-vous d'être candidat ?

Quand on est le maire de Bonifacio, on ne peut pas se désintéresser à ce qui se passe à la Collectivité de Corse. De là à dire que je serai un acteur de cette élection territoriale, c'est sincèrement prématuré. Je soutiendrai peut-être d'autres démarches, mais il n'est pas dit que je serai personnellement impliqué dans l'élection territoriale de 2028.