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Entre résignation, refus et incompréhension, les restaurateurs et les cafetiers corses se préparent au passe sanitaire


Pierre-Manuel Pescetti le Vendredi 6 Août 2021 à 17:45

Le passe sanitaire sera obligatoire dans les bars et les restaurants dès le 9 août prochain pour tous les clients. Si certains s'y préparent, d'autres refusent de le mettre en place par peur de perdre une partie de leur clientèle non-vaccinée. L'obligation de contrôle passe mal pour certains professionnels qui s'estiment déjà en difficulté à cause du manque d'effectif et de la surcharge de travail que représente le contrôle des passes sanitaires.



Quand tout est valide, le contrôle ne prend que quelques secondes. Un temps précieux pour les restaurateurs et les cafetiers souvent en plein rush estival. (Photo Pierre-Manuel Pescetti)
Quand tout est valide, le contrôle ne prend que quelques secondes. Un temps précieux pour les restaurateurs et les cafetiers souvent en plein rush estival. (Photo Pierre-Manuel Pescetti)
« On avisera lundi ». Partout le même mot d’ordre emprunt de résignation chez les restaurateurs et cafetiers corses interrogés ce vendredi 6 août. La veille, ils apprenaient comme l’ensemble des Français que le conseil constitutionnel validait le projet de loi sur l’extension du passe sanitaire adopté par l’Assemblée Nationale et le Sénat. Conséquence, dès lundi 9 août, ils devront demander à tous leurs clients de présenter un passe sanitaire valide sous peine de devoir leur refuser l’entrée en cas de non-conformité.

Si aucune surprise n’était attendue quant à la validation de la loi, sa mise en place ne se fait pas dans les starting-blocks même si certains gérants d’établissements en ont déjà discuté avec leurs équipes.

"Bien obligés"

(Photo Michel Luccioni)
(Photo Michel Luccioni)
À Bastia, dans plusieurs établissements on attend lundi pour voir. « Nous le mettrons en place car nous sommes bien obligés mais l’organisation n’a pas encore été définie » avouent les serveurs de plusieurs établissements. Il n’y a pas le feu aux poudres, surtout qu’une semaine de tolérance sera observée dès sa mise en place.

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Même son de cloche à Ajaccio où plusieurs problématiques sont soulevées par François Canazzi, un des propriétaires du café Napoléon situé sur le cours : « pour la restauration pure ce n’est pas compliqué à mettre en place mais pour le café c’est autre chose. Les gens n’ont pas forcément beaucoup de temps, ils s’assoient, sont rejoints par d’autres personnes, repartent. Ça va être beaucoup plus compliqué à contrôler et ça nécessiterait d’embaucher des gens rien que pour ça ». Pour lui, on se trompe en missionnant les professionnels, la responsabilité devrait être renvoyée sur les clients. « Il aurait fallu demander aux gens de s’identifier eux-mêmes avec une borne, une sorte de système d’autocontrôles. Nous demander à nous, encore une fois, de prendre en charge la responsabilité du passe sanitaire, ce n’est pas notre métier, on aurait pu plutôt responsabiliser les gens » explique François Canazzi.

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Sur le vieux-port de Bastia, au restaurant le Colomba, une trame a plus ou moins été définie. « Nous aurons un référent au bar et un référent en salle qui seront chargés de contrôler les passes et tout se fera à l’entrée avant que les clients ne s’assoient » explique Jean-Charles Ienco, le propriétaire. Les équipes seront briefées à l’utilisation de l’application TousantiCovid nécessaire pour scanner les QR code des clients. Mais ce qui inquiète Jean-Charles Ienco ne vient pas de son équipe.

Aux clients de jouer le jeu aussi

« Comment faire si quatre personnes viennent dans mon établissement et qu’une d’entre elles n’a pas son passe valide ? » se questionne Jean-Charles Ienco. Difficile de refuser des clients, surtout après l’année noire qu’ont connue ces commerçants. Il sera bien obligé face à l’amende située entre 1 500 et 9 000 euros encourue par les professionnels contrôlées et ayant accepté des clients sans passe sanitaire valide. Le client, lui, repartira avec une amende de 135 euros. Deux poids, deux mesures qui obligeront les établissements à être rigoureux mais qui laissent craindre des comportements déplacés de la part de certains clients. Surtout venant des habitués.

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« Certains locaux viennent très souvent et j’ai peur de m’entendre dire « oui mais tu comprends on vient tout le temps, c’est bon on n’a rien, pas besoin du passe » et de devoir leur refuser l’entrée quand même. Il faut que tout le monde joue le jeu ». Car à la clé, c’est toute une relation de confiance avec la clientèle construite pendant des années qui peut tomber à l’eau.

Hors la loi

Dans un établissement ajaccien qui a préféré garder l’anonymat, la question est vite tranchée : « je ne l’appliquerai pas ». Une prise de position à contre-sens motivée par une mesure qu’il juge impraticable : « il va y avoir trop de cas impossibles à gérer, ce n'est pas adapté pour un bar surtout avec autant de passage ».

Pour ce gérant, hors de question de refuser des clients qui viennent plusieurs fois par jour pour une tâche qu'il ne devrait pas remplir : « je ne remets pas en question la stratégie, mais je considère que ce n’est pas à moi de contrôler, je ne suis pas un flic. Des contrôles, d’accord, mais ce n’est pas à moi de les faire. Les jauges, l’espacement des tables, même la fermeture plus tôt, pourquoi pas, mais ça, non ». Il craint surtout une perte de fréquentation des non-vaccinés. « Les gens ne vont pas se faire tester juste pour un café ! ».

Perte de fréquentation

Tous la craignent et elle a déjà été observée dans les établissements déjà soumis au passe sanitaire depuis le 21 juillet dernier.

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Au café Napoléon d’Ajaccio, le calcul est vite fait pour François Canazzi : « la partie restaurant c’est entre 100 et 120 personnes par jour, le café c’est plusieurs centaines. Je dirai que nous allons perdre au moins 30 % de chiffre d’affaire si on se fie au taux de personnes non vaccinées en Corse ».

Une nouvelle problématique qui vient s’ajouter au manque d’effectifs dans le monde de la restauration. En France, 100 000 postes environ ne sont pas pourvus dans ce corps de métier. Une gestion tendue, accaparée par le rush estival, auquel vient s’ajouter une tâche supplémentaire : celle de contrôler l’état sanitaire des clients, sous peine d’être dans le viseur des autorités.

(Photo Michel Luccioni)
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