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La défaillance de trop sur la desserte maritime Bonifacio- Santa Teresa ?


le Mardi 3 Février 2026 à 19:23

Voici plusieurs jours que plus aucun ferry n’assure la desserte maritime entre Bonifacio et Santa Teresa di Gallura en Sardaigne, et il flotte comme un air de déjà-vu, tant la ligne s’était montrée peu fiable ces dernières années, perturbée par divers aléas techniques ou météorologiques. La Moby Lines s’était engagée à y remédier, en affrétant le « Bunifazziu » sur la ligne, début septembre. Mais cinq mois plus tard, la défaillance est de retour.



Dépuis début septembre, c'est le "Bunifazziu" qui a été désigné par la Moby pour assurer la traversée Bonifacio - Santa Teresa, à la suite du "Giraglia".  Mais c'est bien ce dernier qui va faire son retour, le temps pour le "Bunifazziu" de passer par la case travaux en Italie.
Dépuis début septembre, c'est le "Bunifazziu" qui a été désigné par la Moby pour assurer la traversée Bonifacio - Santa Teresa, à la suite du "Giraglia". Mais c'est bien ce dernier qui va faire son retour, le temps pour le "Bunifazziu" de passer par la case travaux en Italie.
Début janvier, une nouvelle délégation de service public a été conclue entre le décideur (la région Sardaigne) et les deux opérateurs de la ligne (la Moby Lines et Ichnusa Lines). Selon les termes de ce contrat, la desserte devait initialement être assurée du 16 janvier au 1er avril par un navire de la compagnie Ichnusa Lines, avec l’accord de la région Sardaigne. Problème : « Ce navire n’ayant finalement pas été prêt à temps et étant toujours en chantier, Moby Lines a été sollicitée pour assurer la continuité de la ligne », indique la chargée de communication de la Moby.

C’est donc le « Bunifazziu » de la Moby qui a assuré les quatre dessertes quotidiennes en ce début d’année, ce qui n’était pas prévu, répète la compagnie italienne : « Le Bunifazziu a été maintenu en ligne le plus longtemps possible, mais il devait impérativement rentrer en Italie pour des travaux de manutention programmés et réservés de longue date. Ces travaux étaient anticipés et ne pouvaient plus être reportés sans impacter la saison à venir. » 

Le "Bunifazziu" devait tout régler...

Etonnamment, ces travaux « réservés de longue date », la compagnie n’en avait pipé mot le 31 août dernier quand elle avait convié les élus corses à inaugurer en grande pompe le « Bunifazziu » à Bonifacio. Au contraire, ses dirigeants n’avaient cessé de rassurer ces derniers quant à la stabilité future de la liaison. Pour ce faire, ils avaient retapé un ferry construit en 1989, qu’ils ont rebaptisé « Bunifazziu » à la suite de travaux de rénovation estimés à trois millions d’euros. Présents ce soir-là, le président de l’Office des transports de la Corse Jean-Félix Acquaviva et le maire de Bonifacio Jean-Charles Orsucci avaient salué les efforts entrepris par la Moby. Mais prudents, ils attendaient de voir. Et ils ont vu : « Le jour de l’inauguration, on avait entendu certains dire que ce n’était qu’un coup de peinture sur un vieux rafiot… Aujourd’hui, les faits démontrent que tous ces bateaux qui assurent la liaison corso-sarde ne sont pas de qualité », constate Jean-Charles Orsucci avec amertume. « On a été très désagréablement surpris par le comportement erratique des opérateurs, malgré l’inauguration du Bunifazziu en août », tance de son côté Jean-Félix Acquaviva.

Et si aujourd’hui le Bunifazziu a été contraint de faire son retour sur un chantier naval en Italie, c’est aussi « en raison des conditions météorologiques défavorables », assure la Moby, qui sous-entend donc qu’un aléa climatique favorable eut permis de différer la réalisation de ces travaux de manutention qu’elle a pourtant présentés comme « programmés et réservés de longue date » et « ne pouvant plus être reportés sans impacter la saison à venir ». 

"Il n'y a plus à tergiverser, changeons de mode de gestion"

C’est donc le ferry le « Giraglia » qui a été appelé à la rescousse par la Moby, celui-là même qui a causé tant de défaillances sur la ligne Bonifacio – Santa Teresa ces dernières années. « Le Giraglia est bien arrivé sur zone, mais il est actuellement soumis aux visites et contrôles réglementaires des autorités françaises, précise la Moby. À l’issue de ces inspections, certaines mises en conformité ont été demandées. Nous procédons actuellement à l’ensemble des travaux nécessaires afin que le Giraglia puisse repasser les contrôles et obtenir les autorisations requises. » La reprise de la desserte est prévue « dès que le Giraglia aura validé l’ensemble des visites des autorités compétentes et obtenu l’ensemble des autorisations administratives nécessaires », conclut la Moby.

Mais cet énième incident sur la desserte semble avoir eu raison de la patience de Jean-Charles Orsucci : « Je pense qu’il est grand temps que les régions corse, sarde et l’Europe financent enfin la construction d’un bateau de qualité », préconise le maire de Bonifacio. « Changeons de mode de gestion, il n’y a plus à tergiverser », abonde Jean-Félix Acquaviva. Le conseiller exécutif de la Collectivité de Corse milite depuis des mois pour la mise en place d’une nouvelle structure juridique opérationnelle, issue de la coopération des régions sarde, ligure, toscane et corse : « On ne peut pas rester en l’état, on est trop dépendant des opérateurs privés, ce n’est plus possible », souligne-t-il. Cette intention de constituer un groupement, il en avait fait part en mai dernier à l’assesseure aux transports de la région sarde, Barbara Manca, qui était venue à Bonifacio au plus fort des perturbations sur la ligne corso-sarde.

Une réunion qui avait porté ses fruits, selon Jean-Félix Acquaviva, puisque la nouvelle délégation de service public conclue en début d’année par la région sarde « a été raccourcie de deux à un an, ce qui pourrait permettre d’enclencher le nouveau mode de gestion ensuite », veut croire l’élu corse. Il prévoit d’ailleurs de retrouver son homologue sarde « ce jeudi », en vue d’évoquer « de toute urgence », les contours d’une hypothétique nouvelle structure publique de coopération. Mais plus urgent encore, il conviendra d’« étudier quelles sont nos options pour que les opérateurs puissent passer l’été sans connaître de nouvel incident ». En 2025, la ligne avait enregistré « 260 000 passagers et 60 000 tonnes de frêt », renseigne le président de l’Office des transports de la Corse. Et ce malgré les perturbations rencontrées.