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Vitalba célèbre ses 20 ans de créations avec une tournée évènement


le Dimanche 8 Février 2026 à 09:37

Groupe incontournable de la scène musicale corse, Vitalba s’apprête à prendre la route. À partir du 27 février prochain à Porto-Vecchio, ses membres entament une tournée anniversaire en autoproduction, qui les mèneront successivement à Ajaccio, Calvi, Corte, Bastia et Cargèse, jusqu’à la mi-mai. À cette occasion, Jean-Yves Acquaviva, membre historique et auteur du groupe, revient sur vingt ans de créations, mais aussi sur l’esprit qui anime encore Vitalba aujourd’hui.



Vous célébrez cette année 20 ans de créations, mais le groupe lui est antérieur à ces deux décennies…
Tout à fait. Nous ne sommes pas trop portés sur les anniversaires d'une façon générale, mais il nous fallait un thème pour faire cette tournée, parce que cela fait des années qu'on a envie de faire quelques dates hors saison un peu partout en Corse et de tenter l’aventure de l’autoproduction. On s'est dit que 20 ans, qui est la période qui correspond à l’écart qui existe entre le premier et le quatrième album de Vitalba, sonnait bien, peut-être même que cela nous rajeunit un peu. 
 
Vous l’avez dit, hormis le concert prévu à Cargèse, toutes les autres dates de cette tournée sont en autoproduction. Est-ce un pari, un risque ou les deux ?
C'est un pari, bien sûr, parce que nous ne nous prenons pas pour ce que nous ne sommes pas, nous ne sommes pas les Rolling Stones, donc nous savons très bien qu'on ne va pas vendre nos places dans la seconde. Ceci dit, nous espérons quand même avoir suffisamment de notoriété et de popularité en Corse pour pouvoir remplir des salles qui ne sont pas non plus immenses. Après, il y a quand même un risque, puisqu’organiser cinq concerts en autoproduction représente un budget assez conséquent. Mais sans risque, on ne fait pas grand-chose.
 
Vous avez souhaité réaliser cette tournée hors saison. Une manière de vous rapprocher encore plus du public ?
Oui. Ce n'est pas du tout pour critiquer ou se plaindre de ce que sont les publics estivaux, parce que les concerts de l'été sont très agréables, mais c'est tout à fait autre chose. Évidemment, il y a des gens qui viennent pour nous, mais on ne peut pas les quantifier puisque, souvent, ce sont des concerts qui sont offerts par les collectivités. Cette tournée est une façon de nous présenter à notre public. Nous avions vraiment envie de le faire depuis longtemps. Et puis il y a plein de très jolies salles en Corse. Donc on s'est dit, pourquoi ne pas aller y jouer ? Nous l'avons déjà fait ponctuellement, mais toujours parce que les salles elles-mêmes nous proposaient de nous programmer. Il y a aussi ces nouvelles salles à Calvi et Porto-Vecchio qu'on ne connaît pas. Ce côté hors saison, c'est pas du tout une rébellion contre quoi que ce soit, mais c'est quand même dommage d'avoir une programmation annuelle concentrée sur trois mois d'été. 
 
On voit que le maillage territorial de cette tournée est large. Il était aussi important pour vous d’essayer de ne laisser aucun territoire de Corse de côté ?
Oui, l'idée était aussi d'aller un peu partout pour, là aussi, tester un peu notre popularité. J'imagine que nous avons un public un peu partout, donc cela satisfera presque tout le monde, puisque nous allons nous rendre dans presque toutes les régions de Corse.
 

Comment avez-vous construit le répertoire de cette tournée des 20 ans ?
Nous avons gardé essentiellement le répertoire que nous avons utilisé cet été pour les quelques dates que nous avons faites. Nous avons ramené un morceau qui vient du premier album et nous avons ajouté une création. Nous avons beaucoup de nouvelles créations et nous aurions presque de quoi faire un nouveau disque, sauf que nous ne sommes pas prêts à les jouer sur scène. Donc nous avons choisi de rester dans la sécurité.
 
Vous l’avez dit, ces 20 ans de créations de Vitalba se sont matérialisés par la sortie de quatre albums. Est-ce qu’aujourd’hui vous mesurez le chemin parcouru et est-ce que le groupe est arrivé à une certaine maturité musicale ?
Oui, bien sûr parce qu'il s'est passé un peu plus de 20 ans et que nous avons tous vieilli avec Vitalba, et c'est une chose très forte d'un point de vue humain. Après, d'un point de vue musical, il est évident que si on écoute notre premier album et qu’on le compare au dernier, il y a des différences très importantes. Je ne sais pas si c'est de la maturité, mais en tout cas, c'est la volonté d'avoir une couleur musicale qui est la nôtre. Même si nous n’avons pas l'impression d'avoir inventé quoi que ce soit. Nous faisons de la musique avec des influences très variées, mais nous avons essayé de toujours tendre vers quelque chose que l'on reconnaît, si l’on s’intéresse à la musique corse, et qui nous différencie de ce que font les autres.
 
Justement, qu'est-ce qui vous différencie des autres groupes corses selon vous ? 
C'est compliqué de dire. Il faudrait peut-être plutôt demander à ceux qui nous écoutent. Mais j'imagine que quand même, moi je sais que j'écoute tous les autres groupes, et je pense que je suis capable de les reconnaître, même lorsque, bien sûr, un nouveau morceau, je pense que je pourrais reconnaître le style de tel ou tel groupe, de Bojevent, ou de Camayalese, et je pense que je serais capable de le faire. Donc les autres, et là je parle en tant que personne qui écoute de la musique, les gens qui écoutent notre musique, j'imagine que s'ils connaissent notre répertoire, ils seraient capables demain d'entendre cette couleur musicale qu'on a obtenue au bout de 20 ans.
 
Durant ces 20 ans, bon nombre de chanteurs et musiciens sont passés par Vitalba. Le grand public retient notamment la figure qu’était Toussaint Montera, disparu tragiquement il y a quelques années. Est-ce qu’on peut dire qu’il a laissé une marque indélébile et qu’il a marqué ainsi l’histoire du groupe ? 
Oui, chacun de ceux qui sont passés dans le groupe a laissé quelque chose. Mais évidemment pour Toussaint, c'est le fait qu'il ne soit plus là qui change tout. Parce que les autres, on peut encore les croiser et échanger avec eux. Toussaint est parti et c'est quelque chose qui a marqué la vie du groupe, qui a même failli causer son arrêt. L'année où il est décédé, on s'est posé la question de continuer ou non. Mais nous ne nous sommes pas questionnés longtemps, parce que nous nous sommes dits qu’arrêter Vitalba serait peut-être le faire mourir une deuxième fois, alors qu'il y avait tout ce qu'il nous avait laissé, tout ce qu'on avait fait ensemble et tout ce qu'on pouvait encore faire. Pour le reste, je ne saurais même pas dire combien il y a eu de membres dans Vitalba depuis le début. Aujourd'hui, il y en a encore une dizaine. Je le répète souvent, il n'y a que Laurent Massiani qui était là le soir de la création du groupe, même si certains, comme moi, sont arrivés assez rapidement. Et puis, il y a les deux dernières recrues, que sont Antoine Silvestri et un peu plus récemment Raphaël Rinieri qui a seulement une vingtaine d'années. Je ne sais pas si à lui tout seul il peut incarner l'avenir de Vitalba, mais en tout cas, c'est l'idée qu'il faut aussi être capable de se renouveler.
 

Est-ce que vous vous attendiez à ce que des chansons comme Stirling Bridge ou Mi ne vogu deviennent de véritables tubes ? 
On espère toujours quelque chose, parce que toute notre jeunesse on a écouté, chanté et adoré les chansons des autres. Lorsque j'ai commencé à entendre Stirling Bridge chantée par d'autres, par des plus jeunes que moi, dans des baraques à la Foire du Niolu ou dans des bars, ça m'a fait quelque chose de très spécial. Après, j’avoue que la popularité de Mi ne vogu est vraiment hors normes. Stirling Bridge est une chose, mais Mi ne vogu c'est vraiment quelque chose de très particulier. Tout le monde connaît cette chanson et tout le monde a l'air de l'apprécier, même sans savoir que c'est Vitalba qui la chante. Nous ne nous y attendions pas, mais nous sommes très contents et honorés. 
 
Vitalba dispose d’un public fidèle depuis de nombreuses années. Comment expliquez cette longévité mais aussi le renouvellement de votre public avec de jeunes générations ? 
Je ne sais pas s'il faut chercher à l'expliquer. Effectivement, il y a ces deux chansons, Stirling Bridge sur le premier album et Mi ne vogu sur le second, qui ont vraiment assis la notoriété du groupe. Depuis il y en a d'autres qui sont reprises aussi, même si elles sont peut-être un peu moins connues que ces deux-là. C’est le principe du tube, ce sont des choses qui traversent complètement les époques, les albums et les personnes. Après, le temps qui passe fait qu'on est toujours là. Nous produisons à un rythme assez lent, mais régulièrement, des albums qui nous remettent sur le devant de la scène. Et nous n’avons jamais cessé de faire des concerts, même si on en fait moins qu'avant, parce que cela coûte beaucoup d’argent aujourd’hui. Nous restons tout à fait amateurs, et simplement en budgétisant toute la technique, toute la logistique que nécessite un concert, c'est forcément assez compliqué. Pour autant, hormis lors des années Covid, nous n’avons jamais cessé de faire de la scène. C'est cela qui, j'imagine, fait que notre public est toujours là. Il y a aussi tous les médias, notamment les radios, qui nous diffusent, et nous suivent. Nous avons cette notoriété grâce à cela. Et puis après la musique cela ne s'explique pas, c'est comme ça. Comme je le disais tout à l'heure, moi je l'ai fait avec les chansons des autres, aujourd'hui ce sont d'autres qui le font avec nos chansons, c’est ainsi que cela fonctionne et c'est très bien comme cela. 
 
Si vous deviez résumer ces 20 ans, comment le feriez-vous ?
Pour moi personnellement, c'est une histoire d'amitié extraordinaire, parce que Vitalba m'a fait rencontrer beaucoup de gens que je n'aurais pas connus sinon, et qui sont mes amis pour toujours. Après d'un point de vue collectif, l’idée a toujours été que quels que soient les membres - qui passent plus ou moins de temps dans le groupe -, c'est vraiment Vitalba qui est important, même si bien sûr ce sont les individus qui composent le groupe, qui créent des textes, des musiques, des arrangements et qui les font vivre sur scène et sur des albums. Après on ne va pas raconter que tout a toujours été rose, ce n'est pas vrai, il n'y a aucun groupe humain sur plus de 20 ans qui peut se vanter de n'avoir pas eu des problèmes, des dissensions, parfois même des disputes. Mais l'idée c'est qu'au moment où les gens étaient dans le groupe, ils ont toujours eu cet état d'esprit où c'est avant tout le groupe qui est mis en avant, et pas du tout une personne ou une autre.
 
Quels sont les projets futurs pour Vitalba, après cette tournée anniversaire ?
Je ne vous cache pas que ce projet de tournée nous mobilise énormément. Nous ne nous projetons pas beaucoup plus loin. Pour l'instant on se projette surtout sur Porto Vecchio, sur ce concert qui va lancer cette tournée qui va être une expérience importante. Après, nous avons un réservoir de créations qui pourrait largement faire l'objet d'un album, mais nous n’en sommes vraiment pas là.