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Transports maritimes : La Compagnie régionale sur les flots, mais dans la tempête


Nicole Mari le Samedi 30 Novembre 2019 à 11:24

L’Assemblée de Corse a entériné, vendredi, après un long et houleux débat, la création de la compagnie régionale maritime. C’est la concrétisation de la revendication quasi-originelle des Nationalistes de maîtriser les transports de l’île. Si le vote historique de septembre 2016, qui avait ouvert la voie, avait débouché sur un compromis dans l’hémicycle, le projet final de SEMOP a soulevé une véritable tempête de l’opposition qui s’est levée, vent debout, contre. Sans entamer pour autant la détermination de la majorité.




Photo Michel Luccioni.
Photo Michel Luccioni.
C’est fait ! La création de la Compagnie régionale a été validée par l’Assemblée de Corse. Il est vrai que les Nationalistes détenant l’absolue majorité, le vote ne faisait aucun doute. Comme ne faisait aucun doute l’opposition résolue des groupes de droite et de gauche qui a suscité des débats âpres et houleux. Le dossier était polémique par excellence. Et l’on était loin du compromis opérationnel arraché à la droite en septembre 2016 pour un vote qualifié alors d’historique et qui enterrait 30 ans d’une histoire des transports maritimes mouvementée et ruineuse pour la Corse. C’est qu’entre temps le modèle proposé de deux sociétés distinctes d’investissement et d’exploitation a évolué. Sa mouture finale ne retient qu’une seule SEMOP (Société d’économie mixte à opération unique), une nouvelle forme de partenariat public-privé qui existe depuis 2014 et qui a l’aval de l’Union européenne. Ce nouveau modèle, avec la Collectivité de Corse (CdC) comme actionnaire majoritaire, ne remporte l’adhésion que des seuls Nationalistes, et a même suscité des remous jusqu’au sein du CESEC qui a renoncé à donner un avis.
 
Un schéma innovant
« Il y avait beaucoup d’attentes et beaucoup espéraient que ce projet n’aboutirait pas. C’est un schéma innovant, co-construit avec l’Union européenne qui nous a accompagnés à chaque étape », plaide Vanina Borromei, conseillère exécutive et présidente de l’Office des transports (OTC) qui, près d’une heure durant, va tâcher d’expliquer et de convaincre du bien-fondé de ce choix dans un argumentaire plutôt indigeste. « La SEMOP est un outil européen utilisé depuis plus de 10 ans et c’est un succès incontestable. C’est un outil parfait de gestion. Son objet social unique et exclusif est l’exécution de la Délégation de service public (DSP) entre la Corse et le continent pour une durée de 7 ans. Son capital social sera détenu majoritairement par la CdC à hauteur de 50,10%, le reste par des actionnaires privés. Son objectif est de garantir la continuité territoriale de manière opérationnelle pour répondre à la demande des usagers, financière pour une juste compensation, et juridique pour une conformité au droit européen et national ». L'idée est de sélectionner l'opérateur actionnaire - compagnie ou groupement de compagnies - pour l'attribution du contrat à la SEMOP dans le cadre d'un seul appel public à la concurrence. Le ou les opérateurs se constitueront en société dédiée qui deviendra l'actionnaire minoritaire de la SEMOP. Le privé disposera d'une minorité de blocage.

Vanina Borromei. Photo Michel Luccioni.
Vanina Borromei. Photo Michel Luccioni.
Tous les ports inclus
La SEMOP sera donc concessionnaire et confiera une partie des services à la société dédiée qui sera le maître opérationnel de l'exploitation pour une durée de 7 ans. « La gestion quotidienne et l’exploitation opérationnelle est confiée à l’opérateur privé. L’opérateur continuera d’assurer l’exploitation du service, le temps que la CdC devienne l’acteur de l’exploitation. La durée de 7 ans est une garantie pour l’opérateur et l’usager, notamment en termes de baisse des prix », précise Vanina Borromei. Le modèle parie sur une plus grande unité de gouvernance, un partage de l'expérience et une maîtrise de la desserte. Autre nouveauté : la DSP inclut tous les ports de l’île, les deux principaux, comme les trois secondaires. Le désintérêt patent des compagnies maritimes pour les ports secondaires déficitaires, qui a résulté des DSP transitoires, a poussé l’Exécutif à englober les 5 ports dans un même lot. « La desserte se fera 7 jours sur 7 pour les ports principaux, et 3 jours sur 7 pour les ports secondaires. Le départ est prévu à 18h ou 20h30 et l’arrivée entre 6h et 8h. Les tarifs sont inchangés ». Propriété ou pas des navires ? La question n’est plus d’actualité. En guise d'outil naval, le rapport évoque un sous-contrat de mise à disposition de la SEMOP par la société dédiée « d'espaces capacitaires de navires équipés et armés ». C’est assez flou ! « A ce jour, la CDC ne peut pas être propriétaire des navires. Mais nous ne renonçons pas à la compagnie publique maritime, là c'est la première étape. Après le vote de ce rapport, on lancera un appel à projet pour le lancement d'une marque de la collectivité qui serait celle de cette SEMOP », réplique la présidente de l’OTC. Le coût de l'opération pour la CdC oscille entre 1,5 million € et 2,5 millions € concernant la SEMOP, et surtout atteint 570 millions € sur 7 ans en termes de dotation de continuité territoriale.

Pour Vanina Borromei : « Une page se tourne. C’est une étape fondamentale dans la maitrise des transports maritimes pour la Corse ».

L’opposition vent debout.
Un avis pas vraiment partagé par l’opposition qui craint que le navire ne sombre et que les traversées redevenues sous la présidence nationaliste en eaux calmes – ce qu’elle lui concède – ne recommence à tanguer. Dans leur viseur, la SEMOP : « Une coquille vide. Les représentants de la CDC n’auront qu’un rôle de contrôle, tout étant sous-traité à l’opérateur privé qui sera propriétaire des navires, des personnels, de la vente des billets, etc… Dans le cadre de la DSP, il y a une véritable concurrence qui sera asséchée par la SEMOP. Quel est l’intérêt de cette SEMOP ?  », interroge Annette Pieri, élue du groupe Per L’Avvene, qui ne cache pas son scepticisme et conclut : «C’est une arme de destruction massive ». La charge menée par le président du groupe, Jean-Martin Mondoloni, est encore plus lourde. Pour lui, « C’est une aventure en enfer ».

Jean-Martin Mondoloni : « Vous êtes victimes d’un dogmatisme permanent »

Une galère et le Père Noël
« Que diable êtes-vous allés faire dans cette galère ? », s’exclame, à sa suite, Jean-Charles Orsucci, président du groupe Andà per Dumane. « L’ADN de notre groupe a toujours été la cohérence et le pragmatisme. Nous avons voté une bonne DSP qui avait solutionné les problèmes de la Corse en matière de desserte maritime, même si je suis déjà inquiet pour les ports de Porto Vecchio et de Propriano. Vous avez fait le job avec la DSP. Les entrepreneurs locaux ont fait le job. Pourquoi remettre en cause ce qui fonctionne ? Si demain, il y avait un monopole privé, oui, nous serions pour la création de la compagnie régionale, mais pourquoi maintenant ?  ». Et d’ajouter ironique : « Vous croyez à cette SEMOP comme moi, je crois au Papa Noël ! J’essaye de comprendre en quoi cette SEMOP va améliorer le système actuel ? J’en doute. Vous devez vous concentrer sur d’autres sujets ». Il récuse le parallèle avec Air Corsica que brandit la conseillère exécutive : « Quand on a créé Air Corsica, la situation était tout autre, il n’y a aucune comparaison. Vous voulez un avenir serein ? Soyez cohérent ! Arrêtons-nous là ! Sinon, vous êtes dans le dogme. Ce que vous nous présentez aujourd’hui n’a rien à voir avec le projet que vous nous avez présenté en septembre 2016. Le rejet du CESEC n’est pas un hasard, les syndicats salariés et patronaux n’y sont pas favorables. Il y a un malaise. Nous allons voter sans ambiguïté contre ce rapport ».

Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Pas question de reculer !
La majorité se déchaine pour défendre sa compagnie régionale. « Pas question de reculer ! », est le mot d’ordre général. C’est finalement, le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, qui remet calmement, mais fermement les pendules à l’heure de la déshérence et des turpitudes passées : « Un demi-siècle d’avanies où nous avons été otage d’un système qui nous a ruiné, où nous avons subi des grèves à répétition, une asphyxie économique, une dépendance totale… la Corse a été sacrifiée pendant des décennies ». Il demande aux Corses de garder en mémoire trois chiffres significatifs : « La Corse traine un boulet qui peut, à tous moments, nous envoyer par le fond : 501 millions € de contentieux judiciaire entre la mandature Santini et la mandature Giacobbi. La DSP, c’était 103 millions par an avant notre arrivée en 2015, aujourd’hui nous gagnons 25 millions par an pour un service renforcé. On peut nous traiter de rêveurs, d’idéalistes, d’idéologues, mais ces chiffres sont la réalité ». Il renvoie, également, une salve acide sur les occasions ratées par l’opposition : « Quand vous étiez aux commandes, nous vous avions demandé de faire jouer la clause de retour des bateaux qui ont été payés par la Corse. Ceux, qui aujourd’hui nous donnent des leçons sur les déchets, n’ont pas bougé. La très bonne affaire qu’ont fait les entrepreneurs corses, c’est la CTC qui aurait du la faire ». Il prévient d’avance contre les prétentions des compagnies maritimes et de leurs personnels : « Un appel d’offres n’est pas là pour répondre aux besoins d’une compagnie quels qu’ils soient, elle n’est pas là pour équilibrer les comptes ou financer ses bateaux. Ce qui compte, c’est le besoin d’intérêt général et l’opérateur privé doit y répondre de la meilleure façon possible. On peut nous faire les pressions et les chantages qu’on veut, on appliquera la règle qui protègera la Corse ». Pour lui, même s’il n’est pas aisé, le chemin est clair : « La SEMOP, la compagnie corse de service public maritime est le meilleur choix pour la Corse ». Elle devrait, sauf avis de tempête, entrer en fonction dans à peine plus d’un an. Les résultats des appels d’offres seront divulgués en juillet 2020, le contrat de concession attribué dans la foulée pour un début de concession au 1er janvier 2021.
 
N.M.
 



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