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Tagliu-Isulacciu : Un sur-presseur pour transférer l’eau du Golu et éviter la pénurie en Plaine Orientale


Nicole Mari le Vendredi 5 Juillet 2019 à 20:56

Construire une autoroute de l’eau pour transférer l’eau des zones où elle est en surplus vers les zones de pénurie potentielle, c’est le projet qu’est en train de mettre en œuvre l’Office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC) en Plaine Orientale. Pour assurer cette interconnexion, un sur-presseur est en cours de construction au bord du Fium’Alto à Tagliu-Isulacciu. Un chantier inauguré symboliquement, vendredi matin, par le président de l’OEHC, Saveriu Luciani, en présence de la mairesse, Marie-Thérèse Mariotti, et de leurs équipes. L’occasion pour Corse Net Infos de faire, avec Saveriu Luciani, le point sur le projet, mais aussi sur son entretien avec le ministre François De Rugy, et, en ces temps de canicule, sur l’état de la réserve hydrique de l’île.




Saveriu Luciani, conseiller exécutif et président de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC), entouré du maire de Tagliu-Isulacciu, Marie-Thérèse Mariotti, et de leurs équipes, sur le chantier du sur-presseur en bordure du Fium'Alto.
Saveriu Luciani, conseiller exécutif et président de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC), entouré du maire de Tagliu-Isulacciu, Marie-Thérèse Mariotti, et de leurs équipes, sur le chantier du sur-presseur en bordure du Fium'Alto.
- En quoi consiste exactement ce projet dont vous venez de poser la première pierre ?
- Symboliquement, nous avons posé la première pierre d’un sur-presseur qui est stratégique dans la mesure où il permettra d’augmenter le volume de transfert d’eau entre le Nord de la Corse – le Golu – et le centre de la Plaine orientale. Il s’inscrit dans une perspective d’autoroute de l’eau entre Casamozza et le Fium’Orbu pour répondre aux besoins agricoles sur le Sud de la plaine qui est très demandeuse en termes de ressources hydriques. La première étape côté Sud a déjà été entamée entre Trevadine – le barrage qui alimente les réserves basses du Sud du Fium’Orbu - et Bravone. Ce sur-presseur, situé à Tagliu-Isulacciu au bord du Fium’Alto, permet d’entamer la phase côté Nord pour réaliser une interconnexion avec tout le bassin agricole de la Plaine orientale.
 
- Est-ce une manière de réguler les débits ?
- Oui ! Nous prenons l’eau dans le principal pourvoyeur de ressources de la Corse qui est le Golu. A partir de la réserve de Guazza, nous pouvons orienter cette eau vers Bastia pour l’eau potable et vers le Sud pour l’eau brute, l’eau agricole. Nous avons la possibilité de réguler les transferts vers la région agricole de la Plaine Sud et du Fium’Orbu qui, l’été, sont en demande. Ce sur-presseur est important dans la symbolique parce qu’il marque le phasage du plan Acqua Nostra qui est le prélude de ce qui se préfigure en termes d’aménagement hydraulique du territoire. Cette autoroute de l’eau commence à prendre corps, aujourd’hui.
 
- Quelles sont les autres actions en la matière ?
- Cette action ne peut pas être dissociée des actions que nous menons actuellement dans le Sud de la Corse, en Balagne et, bien entendu, dans le Fium’Orbu. Des aménagements sont réalisés dans toutes les régions. L’idée est de répondre, aujourd’hui, aux attentes du monde agricole, mais on peut imaginer que dans 20 ou 30 ans, ce type d’installation permettra, aussi, le transfert d’eau potable. Nous risquons d’avoir des demandes des collectivités en matière d’eau potable parce que la ressource se tarit. Il faudra qu’à un moment donné, l’OEHC s’implique encore plus dans la production d’eau, comme elle le fait aujourd’hui dans le Sud de l’île, en Balagne et dans le Cap Corse.
 
- Comment avez-vous financé cette opération ?
- Le sur-presseur était une action complémentaire du PEI (Programme exceptionnel d’investissements). Nous avons réussi à l’intégrer dans la phase opérationnelle. Il a fallu trouver des financements dans le PEI, ce que nous avons pu faire grâce à la fongibilité qui a été possible. La seconde phase pose quelques problèmes de financement. Nous attendons un retour de l’Etat sur la question. Le sur-presseur doit s’accompagner de canalisations beaucoup plus grosses en termes de diamètre : du 1000 et du 1200 entre Casamozza et la région de Folelli pour assurer un transfert de volume d’eau beaucoup plus important.
 
- Quel volume d’eau comptez-vous transférer ?
- Il faut, à terme, réussir à transférer plus d’un million de m3 en rythme hebdomadaire. Aujourd’hui, on transfère péniblement entre 200 000 m3 et 300 000 m3 avec des ponctions sectorielles. Avec le sur-presseur, le transfert sera rapide et important. Cela nous permettra peut-être d’économiser un barrage sachant qu’il faut 15 ans pour construire un barrage alors qu’un sur-presseur répond en 3 ans à cet impératif. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas réfléchir, dans cette région, à un stockage supplémentaire. Il faut, aujourd’hui, augmenter le parc des retenues pour répondre au défi du changement climatique des 30 années à-venir.

- Jeudi, vous avez rencontré le ministre de la transition écologique, François De Rugy. De quoi a-t-il été question ?
- Nous avons, d’abord, rencontré la directrice de cabinet du Premier ministre et, la semaine dernière, le ministre de l’agriculture. Aux trois, j’ai exposé le même projet Acqua Nostra 2050 pour lequel le futur PTIC (Plan de transformation et d’investissement de la Corse) doit absolument comporter un volet hydraulique. C’est fondamental dans la projection 2020 – 2030. Nous présenterons un plan dans le courant de l’hiver à l’Assemblée de Corse afin qu’il soit pris en compte à l’été 2020 dans le PTIC. J’ai dit au ministre De Rugy qu’il nous fallait, entre-temps, une soudure financière entre le PEI, qui est épuisé pour la partie hydraulique, et le PTIC qui se profile dans 2 ou 3 ans. Si on veut continuer à aménager la Corse et à mettre en œuvre les projets que nous avons dans nos tuyaux, il faut absolument une manne financière supplémentaire. Est-ce que le PEI, par fongibilité, peut-il nous permettre cela ? En partie, certainement.
 
- Comment a-t-il réagi ?
- Il a proposé de nous revoir. Il reviendra très probablement en Corse pour la question énergétique et abordera aussi la question hydraulique. Nous monterons vraisemblablement à Paris pour exposer notre plan. J’ai fourni une feuille de route prévisible avec les documents qui ont déjà été élaborés, notamment le Plan de bassin d’adaptation au changement climatique qui comporte un certain nombre de mesures qui regardent le ministère de l’écologie. Stocker de l’eau, interconnecter les régions, transférer des volumes implique aussi, pour nous, un respect des écosystèmes et de la biodiversité. Tout est lié. J’ai dit au ministre que l’eau n’était pas une question agricole ou d’eau potable, mais une question sociétale.
 
- C’est-à-dire ?
- La question de l’eau doit être appréhendée de manière globale. Nous devons assurer, à l’horizon 2050 à la Corse, une autonomie hydraulique permettant, à la fois, le développement des activités agricoles, économiques et touristiques tout en répondant aux besoins d’un essor démographique prévisible. L’île, dans 30 ans, comptera 450 000 habitants environ, soit plus de 100 000 habitants supplémentaires, les agglomérations surpeuplées de Bastia et d’Aiacciu dépasseront 120 000 habitants. Il faut réfléchir, à la fois, à l’urbanisation de ces zones et à la manière de les desservir.

Réserve de Prunelli
Réserve de Prunelli
- Quel a été l’impact de la canicule sur la consommation d’eau ?
- Nous avons connu, la semaine dernière, un pic de consommation qui ressemble étrangement à celui de 2003 où la consommation avait culminé à 3,1 millions de m3 hebdomadaire fin juillet sur l’ensemble de la Plaine orientale de Bastia au Fium’Orbu. Cette année, début juillet, nous avons atteint 2,9 millions de m3 hebdomadaire. Ces pics historiques nous obligent à sensibiliser les utilisateurs. La médiatisation de la construction du sur-presseur est un moyen de sensibiliser la population et le monde agricole à la question. Nous avons blindé la desserte de la Plaine orientale avec les nouvelles pompes de l’Alzitone, cela donne deux barres en plus à proposer sur le Sud de la Plaine. L’effort n’est pas sectoriel, mais global.
 
- Où en est-on côté sécheresse ?
- Le Préfet de Haute-Corse a pris un arrêté de vigilance pour sensibiliser les populations. Le 12 juillet, un comité de suivi hydrique réunira l’ensemble des partenaires pour prendre des décisions. Nous avons proposé que cette réunion ait lieu à l’Agropole à San Giuliano, en pleine zone agricole, pour sensibiliser le monde agricole sur la situation de canicule exceptionnelle et la nécessité d’évoluer en termes d’arrosage. Nous lui rappellerons que nous avons signé une charte. Peut-être faudrait-il, comme en 2017, passer à l’étape au-dessus ? Nous ne sommes pas favorables aux restrictions, mais nous disons aux agriculteurs de faire attention parce qu’ils jouent un jeu qui peut être très délicat en termes de ressources pour les cultures d’arrière-saison, notamment l’agrumiculture. Nous devons absolument garantir la ressource jusqu’à l’irrigation de novembre.
 
- Quel est l’état actuel des réserves en eau ?
- On a des chiffres en trompe l’œil ! Les stocks dépassent 90%, ils sont largement suffisants et comparables à ceux de l’an dernier. Pour autant, la canicule a généré une consommation exponentielle qui est logique et qui concerne l’ensemble de l’île et des utilisateurs, aussi bien en eau potable qu’en eau brute. Nous sommes vigilants, et même un peu inquiets : le pic est-il devant ou derrière nous ? Si ce type de températures perdure, nous risquons d’avoir quelques soucis en fin de saison. S’il n’y a pas de pluie durant l’automne, nous pourrions avoir des difficultés à assurer la ressource à l’horizon 2020.
 
- Qui consomme le plus ?
- Tout le monde a consommé. Il ne faut pas se focaliser sur le monde agricole, les collectivités aussi ont leur part de responsabilité. On ne peut pas tolérer de voir au mois d’août des ronds-points irrigués à midi ou même le soir, de voir des flaques d’eau sur les routes… quand on demande à d’autres de faire des efforts en matière d’irrigation. Il faut absolument que l’effort soit collectif. Nous proposerons au cours de l’année une charte de gestion de la ressource aux collectivités.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

Le projet de transfert d’eau du Nord vers le Centre de la Plaine Orientale

Le chantier du su-presseur.
Le chantier du su-presseur.
Le réseau collectif de la Plaine Orientale constitue le plus vaste ensemble hydraulique de la Corse. Il dessert un potentiel irrigable d’environ 35 000 ha, dont 25 000 ha équipés, à des niveaux divers de densification.
 
Ce réseau comporte 3 secteurs partiellement interconnectés et alimentés par des prélèvements au fil de l’eau et des réserves inter-saisonnières :
  • Le secteur Plaine Orientale Nord : système Golu

  • Le secteur Plaine Orientale Centre : système Alisgiani

  • Le secteur Plaine Orientale Sud : systèmes Fium’Orbu et Tavignanu
 
Le projet actuel se situe sur les secteurs de la Plaine Orientale Nord et Centre. Le premier est alimenté par l’eau du Golu, qui provient essentiellement du barrage de Calacuccia. Le second est alimenté en gravitaire par le barrage de l’Alisgiani d’une capacité de 10,5 millions de m3.
Dans le secteur Sud, la ressource majeure provient de la rivière du Fium’Orbu, qui alimente la retenue de Trevadine et permet le remplissage de réserves basses situées en plaine.
 
- Au Nord de la Plaine Orientale, le barrage de Calacuccia permet à l’OEHC de disposer de 15 millions de m3/an.
Le volume moyen consommé sur le secteur pour la période d’irrigation est de 10 millions de m3. En moyenne, le reliquat mobilisable est de 5 millions de m3.
- Au Centre de la Plaine Orientale, les principales ressources sont constituées du barrage de l’Alisgiani et de la réserve de Peri. Chaque année, il reste en moyenne 2 millions de m3 mobilisables.
- Au Sud de la Plaine Orientale, lors des années les plus défavorables, le reliquat d’eau des retenues basses est quasiment nul.
 
Cette situation a poussé l’OEHC à programmer le transfert d’une partie de la réserve en eau du Nord vers le Centre et d’une partie du Centre vers le Sud de la Plaine Orientale.
La station de Casamozza a une capacité maximale de 2 600 litre/seconde.
Or, le débit maximum enregistré en période de pointe estivale à la station est de l’ordre de 2 000 l/s.
A donc été envisagé un transfert de 600 l/s du Nord vers le Centre, permettant d’amener le périmètre d’influence du Golu de la sortie de Folelli (situation actuelle) à la sortie Sud de Cervioni (situation future). La mise en œuvre complète de ce transfert nécessite d’une part, la réalisation d’un sur-presseur, et d’autre part, le renforcement de canalisations au refoulement de la station de Casamozza.




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