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Smart Region : La spécialisation intelligente, l'outil des régions européennes pour innover et se développer


Nicole Mari le Samedi 16 Novembre 2019 à 17:44

Comment les régions intermédiaires d’Europe peuvent-elles mener la transition vers une planète saine et un nouveau monde numérique tout en développant l’économie locale et la prospérité des populations ? C’est tout l’enjeu de la spécialisation intelligente qui a été mise en place en 2014 par l’Union européenne dans le cadre de la politique de cohésion. La Smart Region 3.0 Conference, la Conférence des régions intelligentes, qui s’est tenue les 14 et 15 novembre à Bruxelles, a été l’occasion de mieux comprendre et de promouvoir cette nouvelle stratégie, mais aussi de partager les expériences et les bonnes pratiques afin que les smart projets aient le maximum d’impact concret sur le terrain.




Cozzano, l'exemple corse d'un smart village.
Cozzano, l'exemple corse d'un smart village.
Plus de 180 stratégies intelligentes ont déjà été mises en œuvre dans des régions dites intermédiaires. Plus de 18 000 projets locaux ont été réalisés depuis 2014, date de la mise en place de la spécialisation intelligente par l’Union européenne (UE). L’idée de départ est simple : les changements climatiques, technologiques et démographiques transforment nos sociétés et notre mode de vie. Si les pays au niveau national ou les grandes régions dynamiques de l’espace communautaire ont les moyens politiques, technologiques et financiers de s’y adapter et de réussir cette transition vers une économie verte et digitale, qu’en est-il des régions et des îles, une bonne centaine au total, moins développées et moins bien pourvues ? Qualifiées d’intermédiaires, elles ne bénéficient pas de l’aide que l’UE apporte aux régions les moins développées et se retrouvent souvent démunies ou mal armées pour affronter et réussir cette inévitable transition. Devant l’inefficacité de certains de ses programmes globaux et uniformes, la Commission européenne a compris que les régions avaient besoin de différenciation et imaginé une nouvelle politique dite de « Smart spécialisation 3.0 », qui se veut mieux adaptée à la réalité et à la spécificité d’une région pour l’aider à devenir une Smart région, c’est-à-dire une région intelligente. Des stratégies de spécialisation intelligentes ont, donc, été introduites dans la politique de cohésion comme base des investissements dans la recherche et l'innovation.

Johannes Hahn.
Johannes Hahn.
Des défis spécifiques
A Bruxelles, la conférence des Smart Region 3.0 a été l’occasion de dresser un premier bilan de cette nouvelle politique pour l’améliorer et la booster lors de la prochaine programmation. « La spécialisation intelligente des régions a été mal accueillie, il y a six ans, quand nous avons décidé de l’intégrer à la politique de cohésion. Aujourd’hui, on accepte le principe que chaque région a besoin d’un plan stratégique et de s’appuyer sur les forces de tous : l’autorité politique régionale, l’université, le secteur économique, l’Europe, la société civile... », reconnaît, en ouverture de la session plénière, Johannes Hahn, commissaire européen chargé de la politique régionale et urbaine, de la politique de voisinage et des négociations d'élargissement. « La numérisation est la clé de la croissance et de la compétitivité, mais le risque est fort qu’elle creuse les divisions sociales et environnementales en Europe, en plus du changement climatique. Il faut s’assurer qu’aucune région ne soit abandonnée. Certaines régions font face à des défis spécifiques. Les régions moins développées sont souvent mal connectées au monde de la recherche et de l’innovation, le lien y est souvent trop faible entre les industriels et l’université. Or, ce sont les chercheurs et les entrepreneurs qui font le travail sur le terrain. Il faut, donc, que l’autorité régionale serve de catalyseur. On a, aussi, pour cela, besoin d’une coopération interrégionale stratégique plus forte, de faire la promotion de liens entre les écosystèmes régionaux dans des secteurs comme la modernisation industrielle, l’agroalimentaire ou l’énergie, et de promouvoir les chaines de valeurs. Nos régions doivent être pleinement intelligentes pour pouvoir saisir toutes leurs chances et utiliser toutes leurs ressources ».
 
Devenir smart
Mais comment devenir une smart région? « Par la spécialisation ! En fournissant des solutions adaptées aux différents types de régions. C’est cela être Smart ! C’est choisir de ne pas développer tel secteur de l’industrie parce qu’il est à la mode, mais parce qu’il fait sens en termes d’activités et de caractéristiques de la région. C’est partir des bases de la région et développer des projets qui vont dans le sens de l’économie moderne, de la digitalisation, mais qui sont en connexion avec ces bases territoriales », explique Joaquim Oliveira Martins, Directeur adjoint du Centre pour l’entrepreneuriat, les PME, les régions et les villes (OCDE). La stratégie est adaptable, mais toutes les régions, surtout celles qui en ont le plus besoin, ont-elles les moyens de la mettre en œuvre ? « Oui ! L’argent public est restreint partout, mais il y a beaucoup d’initiatives. En France, on n’arrive même pas à dépenser l’enveloppe des fonds structurels européens qui est pourtant bien moindre que celle du Portugal. Il n’y a pas de projets ! Alors qu’il y a des régions rurales qui pourraient, par exemple, négocier une connexion plus rapide à Internet. C’est indispensable ! Sans quoi, ce n’est même pas la peine de penser le développement ». Pour lui, la question est moins celle de l’argent que de la stratégie : « Prenons l’exemple concret du déploiement d’une stratégie intelligente. Une région au fin fond du Sud de l’Irlande a été capable de négocier avec les compagnies d’électricité et de téléphone et a, aujourd’hui, l’Internet le plus rapide du pays. Elle est en train de devenir un petit hub de l’industrie digitale parce que la vitesse de connexion à Internet permet de délocaliser un certain nombre d’activités. Une région doit être capable de définir une stratégie et de coordonner les différents acteurs locaux, mais aussi les différents niveaux de gouvernance ».

Dominique Foray.
Dominique Foray.
Une stratégie en trois étapes
Le principe est simple : pour se doter d’un plan stratégique d’innovation et de développement, les régions doivent, d’abord, connaître leurs forces et leurs opportunités. « Vouloir transformer les régions n’a rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est de se baser sur les opportunités de chaque région plutôt que de multiplier les modèles. Ensuite, il s’agit de se concentrer stratégiquement sur un ou deux thèmes et pas de se disperser pour que l’énergie et les fonds, qu’on y met, soient plus efficaces », commente le Professeur Dominique Foray, directeur du collège du management de la technologie à l’École Polytechnique fédérale de Lausanne, qui a dirigé le programme européen RIS 3 de spécialisation intelligente régionale. Il définit trois étapes à suivre. La première est l’identification de domaines et secteurs « où l’on veut opérer des changements de direction et trouver des opportunités ». Ceci, « dans un processus participatif, un effort conjoint du monde académique, des industries et des politiques ». La seconde est de traduire ce domaine prioritaire en une feuille de route qui identifie les atouts et les obstacles et met en place une boîte à outils. « Par exemple, pour l’agriculture, vendre de nouveaux produits n’est pas suffisant, il faut aussi former les agriculteurs, leur montrer les nouveaux projets qu’ils peuvent développer ». Toujours en tenant compte des spécificités locales : « Beaucoup de régions ont opté pour la numérisation du secteur touristique, mais toutes n’ont pas les mêmes besoins. Il faut vérifier la pertinence des projets, comment les lier ensemble, s’assurer qu’ils vont dans la même direction et évaluer leur impact en termes de transformation ». La troisième étape est la mise en œuvre du projet. « Cela ne fonctionne que si la région transforme bien sa feuille de route en actions concrètes. Elle doit être bien consciente de ses possibilités, faire le bilan de ce qui existe et de ce qui manque. Il est important que les leaders locaux comprennent bien ces dispositions et jouent le jeu. La smart spécialisation est un instrument efficace, rigoureux et logique, facile à utiliser et qui permet d’atteindre des résultats concrets ».
 
Des réussites avérées
La smart spécialisation est, de fait, un outil qui permet de maximiser l’utilisation des fonds européens, de les consacrer aux activités pertinentes et surtout de ne pas les attribuer à celles qui ne le sont pas. C’est, estime Krzysztof Krystowski, président de l’association polonaise de clusters « la question-clé. Les clusters sont un outil pour mettre en œuvre cette spécialisation intelligente. Pour construire des projets, il faut des relations fortes entre les acteurs concernés et basées sur la confiance. Cela permet, au final, de s’attaquer à des projets plus complexes et ambitieux, même si on commence par des projets à toute petite échelle ». Un avis partagé par Daniela Ferrara, directrice de la Coordination en Emilie-Romagne, première région d’Italie à avoir mis en place une politique régionale de Recherche & Innovation. « Grâce au programme de développement rural et aux fonds FEDER et FSE, nous avons développé des réseaux de haute technologie. Cela nous a permis d’inclure des secteurs comme la culture ou le tourisme et créé des clusters appropriés, mais aussi, pour la première fois, de réunir tous les acteurs dans un processus participatif pour discuter de la chaine de valeurs qu’il fallait développer. C’est une grande réussite ».

Smart Region : La spécialisation intelligente, l'outil des régions européennes pour innover et se développer
Une agence d’innovation
Créer une agence d’innovation, comme l’a fait en France, la région du Grand-Est, est une clé du succès : « C’est une agence régionale, financée par la Chambre de commerce et d’industrie du Grand Est et par les trois conseils régionaux. Nous travaillons étroitement avec les PME pour concevoir des opportunités. Nous avons bénéficié de fonds de la DGRegio pour développer des projets à grand impact. Nous avons aussi discuté avec les régions voisines, la Wallonie, la Saare, les cantons de Suisse du Nord, le Luxembourg… pour voir ce que nous pouvions faire mieux ensemble que séparément pour transformer les écosystèmes », précise Jean Jacques Bernardini, vice-directeur de l’agence. L’idée est d’utiliser le programme INTERREG pour développer des synergies et rassembler plus de fonds européens. « Les agences d’innovation ont un rôle crucial pour attirer les entreprises, identifier les projets et les goulets d’étranglement et faire que ces goulots deviennent des opportunités. Il faut aussi impliquer les citoyens pour qu’ils bénéficient directement de ces projets. La réussite est là : la région de Strasbourg est considérée comme la plus innovante en matière de santé électronique ».
 
Les bonnes solutions
Pour Bruxelles, la recette réside dans la possibilité d’impliquer toutes les personnes concernées de près ou de loin par le secteur ou le projet, notamment les PME et les acteurs de la société civile. C’est crucial pour Alban Maggiar, vice-président de la SME United, l’association des artisans et des PME belges : « Il y a, en Europe, 24 millions de PME qui dépendent des marchés locaux et régionaux, qui fournissent des produits et des biens locaux et assurent l’emploi local. Mais il existe des différences énormes entre les régions, de fortes disparités face à l’emploi et ces disparités grandissantes ont des répercutions politiques et électorales et favorisent la montée des extrêmes. Les citoyens se sentent exclus de l’Europe, nous devons trouver des solutions. Les bonnes solutions ne peuvent se développer que si chaque région, qui est confrontée à ses propres défis, implique, pour les relever, tous les acteurs régionaux dans un partenariat, et si les fonds européens - FEDER, Fonds de cohésion, Fonds social - sont décentralisés. La politique des PME et la politique régionale vont de pair ». Qu’est-ce qui pose problème aux PME ? « L’accès aux compétences, surtout en matière de numérisation, et l’accès aux financements. Il faut que les régions revoient leur politique en la matière ».
 
Les nouvelles priorités
Au delà des régions comme l’Emilie-Romagne, des villes, comme Porto, ont adopté cette smart stratégie, mais aussi des villages comme Cozzano en Corse, ou encore des communautés interrégionales qui veulent combiner leurs atouts face à l’innovation mondiale. Le modèle se développe ailleurs, en Tunisie par exemple, ou dans des pays qui ont du mal à mettre en œuvre des stratégies adaptées aux défis du développement durable. L’enjeu est essentiel pour la nouvelle Commission européenne qui a défini deux priorités pour la période 2021-2027 : le numérique et, surtout, une grande ambition environnementale avec le pacte vert et l’obligation pour chaque région de contribuer à la transformation climatique. Elle a, également, défini trois orientations clés pour faire de la spécialisation intelligente un outil de transformation économique efficace : stimuler la croissance par l'innovation dans les régions en transition, soutenir le rattrapage des régions en matière d'innovation, et intégrer les économies régionales dans les chaînes de valeur mondiales. Certaines régions et villes ayant jugé le cadre trop difficile à mettre en place, le nouveau règlement sera plus simple et plus flexible, les régions vont donc mieux comprendre ce qu’elles ont à faire et pourquoi. L’Europe a décidé d’écouter les citoyens qui conçoivent et mettent en œuvre le développement régional et de laisser aux acteurs locaux le soin d'agir là où ils sont les mieux placés pour le faire.
 
N.M.




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