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Saveriu Luciani : « Le surpresseur de Tagliu Isulacciu est un outil stratégique majeur pour le développement de l’agriculture corse »


Nicole Mari le Lundi 8 Juin 2020 à 20:09

Le surpresseur de Tagliu Isulacciu, dont le chantier a démarré en juillet 2019, sera raccordé au réseau hydraulique et mis en service le 24 juin, sans coupure d’eau pour les abonnés. L’annonce a été faite, lundi matin, sur place, par le conseiller exécutif et président de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC), Saveriu Luciani, en présence du Conseil d’administration de l’OEHC et des maires de Tagliu Isulacciu et de Penta-di-Casinca. Saveriu Luciani explique, à Corse Net Infos, que cet outil stratégique, qui est une double prouesse financière et technique, concrétise l’autoroute de l’eau prévue dans le plan Acqua Nostra 2050. L’objectif est de transférer l’eau brute du Nord de la Plaine Orientale où elle est en surplus vers le Sud déficitaire pour pallier les pénuries qui s’annoncent.




Saveriu Luciani, conseiller exécutif et président de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC), entouré de Marie-Thérèse Mariotti, maire de Taglio-Isolaccio, de Yannick Castelli, maire de Penta-di-Casinca, et du Conseil d’administration de l’OEHC.
Saveriu Luciani, conseiller exécutif et président de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC), entouré de Marie-Thérèse Mariotti, maire de Taglio-Isolaccio, de Yannick Castelli, maire de Penta-di-Casinca, et du Conseil d’administration de l’OEHC.
- Le surpresseur de Tagliu Isulacciu est terminé. Qu’est-ce qu’il change dans l’alimentation en eau brute de la Plaine Orientale ?
- Moins de 11 mois après le démarrage du chantier le 5 juillet 2019, en ce début de saison d’irrigation, l’OEHC termine la réalisation d’un outil stratégique majeur pour le développement de l’agriculture corse. Les délais ont été tenus, et nous entamons les travaux de raccordement du surpresseur au réseau, avant une pleine mise en service dans quelques jours. Cet outil, qui fait partie du schéma opérationnel d’Acqua Nostra 2050, engage une nouvelle phase de l’aménagement hydraulique de la Plaine Orientale en permettant d’augmenter progressivement les volumes de transfert d’eau brute du Nord vers le Sud. Il s’inscrit dans une politique de sécurisation d’autoroute de l’eau entre Golu et le Fium’Orbu pour répondre aux besoins agricoles du Sud de la Plaine, très demandeuse en termes de ressources hydriques.
 
- C’est-à-dire ?
- La Plaine Orientale, qui est le plus vaste réseau hydraulique de l’île, est alimentée, au Nord par le Golu et le barrage de Calacuccia, via la réserve de Guazza (300 000 m3), au centre par le barrage d’Alisgiani (10,5 millions m3) et la réserve de Peri associée à une station de pompage, au Sud par la rivière du Fium’Orbu, via la retenue de Trevadine qui permet, d’octobre à mai, le remplissage des réserves basses situées en plaine : Bacciana (2,3 millions m3), Teppe Rosse (2,3 millions m3) et Alzitone (5,5 millions m3). Chaque année, en fin de période d’irrigation, des ressources restent mobilisables au Nord, environ 5 millions m3 sur le barrage de Calacuccia et 2 millions m3 sur les stockages d’Alisgiani et de Peri. L’enjeu est de transférer une partie de cette réserve en eau, 3 à 4 millions de m3, vers les réserves basses du Sud et de substituer, au moins partiellement, le Golu à la ressource Alisgiani. Actuellement, à l’aval de la réserve de Guazza, la mise en pression de l’eau prélevée sur le Golu est assurée par la station de pompage de Casamozza qui n’est pas utilisée au maximum de ses possibilités, du fait d’une capacité de transfert limitée vers le Sud.

Le surpresseur.
Le surpresseur.
- D’où l’importance, que vous qualifiez de « stratégique », de l'ouvrage de Tagliu Isulacciu ?
- Oui. Il est stratégique par sa taille et son débit d’équipement nominal de 600 l/s. Il permettra de respirer. En période hivernale, de se substituer au barrage d’Alisgiani, en injectant au Sud jusqu’à 30 000 m3/jour. En période d’irrigation, le débit supplémentaire mobilisable peut atteindre 300 l/s, soit 50% de la capacité nominale du surpresseur. A terme, les volumes seront énormes, pratiquement l’équivalent d’un barrage sera transféré du Nord au Sud de la Plaine, mais l'outil n’atteindra sa pleine capacité qu’après des renforcements de réseau en amont entre Casamozza et Tagliu. Ce sera la seconde phase, qui a été votée par l’Assemblée de Corse en juillet 2019, avec un budget prévisionnel de 5,5 millions €, dans le cadre du PEI (Programme exceptionnel d’investissements) IV. Au total, 7,5 millions € auront été engagés.
 
- Le financement du surpresseur a finalement été arraché de justesse au PEI ?
- Oui. Le surpresseur a coûté environ 2 millions € et a été négocié alors que nous avions déjà consommé l’enveloppe du PEI dévolue à l’hydraulique, partie Eau brute. Nous avons réussi à l’intégrer grâce à la fongibilité dans la phase opérationnelle, comme d’ailleurs l’opération de Sartène, et à le sortir en moins de 11 mois. C’est une double prouesse, l’une financière et l’autre technique. Nous avons estimé notre proposition hydraulique globale à 91 millions €, nous l’avons transmise à l’Etat et à la CdC. Une autre prouesse qu’il faudra négocier.
 
- Quand le surpresseur sera-t-il opérationnel ?
- Il sera complètement opérationnel dès cet été. Les travaux de raccordement sur le réseau d’eau brute principal débuteront le lundi 15 juin pour une durée raccourcie à 9 jours. Ils auraient dû provoquer la coupure de la desserte en eau brute d’environ 180 abonnés situés entre I Fulleli et Figarettu. Grâce à la détermination des équipes de l’OEHC de réduire au maximum l’impact des travaux, surtout pour les agriculteurs, ce raccordement se fera, finalement, sans coupure d’eau. Le 24 juin, les canalisations devraient être raccordées.

L'ouvrage de Tagliu Isulacciu.
L'ouvrage de Tagliu Isulacciu.
- Qu’en est-il de l’opération de vidange du barrage de l’Alisgiani qui était programmée cette année ?
- C’est une opération de maintenance lourde que nous effectuons sur nos barrages et qui devait débuter en septembre. Il est possible que le chantier soit décalé à septembre 2021, nous ne savons pas encore. Quoi qu’il en soit, cela signifie que le barrage d’Alisgiani, qui est le plus important du parc, sera consigné, avec un abaissement significatif du plan d’eau, le surpresseur prouvera, là encore, son utilité en permettant de pallier la ressource manquante. De fait, toute la partie agricole de la Plaine Orientale disposera, en plus de la prise du Fium’Orbu et de la réserve de Peri, de la ressource du Golu, via la station de pompage de Casamozza et le surpresseur de Tagliu. Avec un surpresseur à terme à hauteur de Bravona, et les travaux que nous effectuons en ce moment, entre Trevadine, le barrage de Sampolo – qui alimentent les réserves basses du Sud – et la Plaine, l’autoroute de l’eau sera pratiquement installée entre Casamozza et le Fium’Orbu.
 
- La campagne d’irrigation agricole vient de débuter, quel est l’état de la ressource en eau brute ?
- Le même qu’en 2019. Nos réserves étaient, avant le début de cette campagne, autour de 99%. C’est une situation aujourd’hui optimale. Nous ne devrions pas avoir de problème au niveau de la ressource. Sauf que nous savons que l’été sera plus chaud que la moyenne. Le phénomène d’évapotranspiration sera, donc, certainement plus important. Il faut s’attendre à une surconsommation de l’eau agricole. Or, nous n’avons pas vraiment de manteau neigeux, de réserve de neige, il faut, donc, comme tous les ans, rester prudent. La sécheresse, aujourd’hui, n’est plus une exception, elle va devenir une normalité, chaque usager doit faire une gestion raisonnée, durable, de la ressource.
 
- Justement, où en est le plan Acqua Nostra 2050 ?
- La trame du plan devrait être présentée au Conseil d’administration de l’OEHC fin juin, au CESEC et à l’Assemblée de Corse, fin juillet. Son objectif sera de répondre au véritable défi d’une meilleure gestion de l'eau et d’économie de la ressource. Nous sommes dans un changement de paradigme absolument vital pour la Corse d’adaptation aux contraintes du changement climatique qui passe, d’abord, par la construction de nouveaux équipements, stockages et ouvrages structurants, mais aussi par une révolution culturelle et culturale de nos comportements. Il n’y a pas que les équipements qui comptent, mais aussi la prise de conscience collective des populations, usagers, collectivités, monde agricole, qu’il faut relever ce défi de l'eau et changer nos pratiques, nos modes de gestion et notre rapport à l’eau.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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