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Jean Christophe Angelini : « L'heure n’est ni la fin de Femu a Corsica, ni la fin du PNC »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 24 Juin 2018 à 00:53 | Modifié le Dimanche 24 Juin 2018 - 06:13


L’heure n’est ni au divorce, ni à la dissidence, ni à la fin du PNC. C’est en substance le message martelé par le secrétaire général du PNC, Jean Christophe Angelini, samedi après-midi à Corte lors de l’assemblée générale de son mouvement. Balayant d’un revers de main la polémique, il assure œuvrer pour créer le parti Femu a Corsica qu’il a toujours appelé de ses vœux, tout en taclant en filigrane l’absence de débats, de pluralité et d’équilibre qui y présiderait. Plaidant désormais pour un fédéralisme des structures, il justifie la poursuite de l’aventure PNC par les nécessités de l’heure, notamment celle de répondre aux attentes du peuple corse, le refus de toute compromission avec l’Etat, et le retour aux fondamentaux politiques. Avec un leitmotiv : la marche vers l’autodétermination. Interview.


Jean Christophe Angelini, secrétaire général du PNC.
Jean Christophe Angelini, secrétaire général du PNC.
- Le PNC signe son retour politique. Est-ce la fin de l’union Femu a Corsica ?
- Toute la Corse sait, depuis quelques temps, que le moment de la dissolution brutale et immédiate du PNC n’est pas venue. Pour autant, faut-il nécessairement caricaturer les positions et dire que c’est la fin de l’union de Femu a Corsica ou de la majorité ? Ce n’est pas vrai ! Nous avions dit, en juillet et en octobre, que nous ferions une nouvelle assemblée générale qui permettrait aux militants de s’exprimer. Très majoritairement, les militants veulent continuer dans la voie du PNC sans tourner le dos aux engagements qui ont présidé à la constitution de Femu. Nous l’avons dit depuis des mois à nos partenaires d’Inseme. Nous avons mis à l’étude des propositions de statut conformes à nos engagements d’octobre dernier, aux travaux des ateliers de Femu auxquels nous avons beaucoup contribué, et aux engagements que nous avons pris devant les électeurs.
 
- Vous avez répété que Femu est un outil. Qu’entendez-vous en faire ?
- C’est un outil et surtout ça ne doit pas être une diversion ! Parler de Femu ne doit pas nous faire oublier de parler du reste, c’est-à-dire la réussite de la collectivité unie et du projet politique que nous devons mettre en œuvre. Nous sortons d’une phase de négociations avec l’Etat qui a été calamiteuse. La majorité n’est pas en cause, le responsable est l’Etat. Faut-il pour autant s’en satisfaire ? Non ! En nous inspirant des modèles catalans, basques et autres, en Europe et au-delà, nous pouvons déployer une stratégie d’autodétermination qui nous permette de réussir sur le terrain, de rassembler le mouvement syndical, associatif, culturel, militant… pour mettre l’Etat en échec sur un certain nombre de plans. C’est tout à fait pertinent ! Cela nous amène aussi à parler d’un projet de société et d’un projet politique. Qu’attendent de nous les Corses ? Des réponses concrètes au sujet du quotidien : les déchets, le transport, l’économie, les TPE, le pouvoir d’achat, la lutte contre la précarité… Pour toutes ces raisons, nous devons résolument nous déployer dans le cadre du PNC, de Femu et de la majorité territoriale.
 
- N’y-a-t-il pas antinomie ?
- Non ! Il n’y a pas d’antinomie, pas d’opposition, pas de conflit. Dramatiser les enjeux, caricaturer les positions, dire que cette vérité, qui est en nous, est contraire à toute autre n’est pas rendre service au débat démocratique. Faire Femu, ce n’est pas respecter la volonté d’une composante uniquement, c’est accepter un débat démocratique entre tous ceux qui l’ont construit. C’est ce que les militants ont voulu exprimer.
 
- Que reprochez-vous clairement et concrètement à Inseme ?
- Clairement et concrètement : rien ! N’attendez pas de moi que je polémique ou que j’ouvre un front personnel avec qui que ce soit ! Je dis simplement que les militants du PNC affirment depuis des mois que le moment de leur dissolution immédiate et brutale n’est pas venue ! Lorsque nous avions annoncé que nous ferions une nouvelle assemblée générale, nous avions prévenu que nous tiendrons compte des évolutions intervenues dans l’intervalle. Nous l’avons fait ! Au bout de six mois, nous ne disons pas que nous voulons briser Femu et que c’est la fin de la construction de Femu a Corsica. Nous disons simplement que la conduire aux conditions voulues, pour ne pas dire dictées par tel ou tel en particulier, n’est plus possible et qu’il faut accepter les conditions générales !
 
- Qui est le « tel » dont vous parlez ?
- Cela pourrait être moi ! Je ne demande pas que Femu corresponde en tous points à ce que je revendique. Je demande simplement qu’elle corresponde à la réalité d’un débat démocratique et plurielle. Nous avons formulé un certain nombre d’exigences, il est temps qu’on en tienne compte. Elles peuvent être soumises à l’examen et à la critique, mais le moment n’est pas venu de dire aujourd’hui que Femu s’arrête. Femu continue ! Le PNC continue ! Avons-nous annoncé que nous créons un groupe PNC à l’Assemblée ? Non ! Avons-nous annoncé que nous quittons nos fonctions de conseillers exécutifs ? Non ! Avons-nous annoncé que nous en finissons avec les engagements que nous avons pris et rendus publics en octobre dernier ? Non ! Nous avons simplement rappelé qu’ils fallait les adapter à la donne nouvelle qui se caractérise par un échec des négociations avec l’Etat, une attente militante très forte sur le terrain et le souhait des militants du PNC de conserver pour l’instant un certain nombre de repères. Ce n’est pas la fin de Femu ! Ce n’est pas la fin de la majorité ! Ce n’est pas, non plus, la fin du PNC !
 
- Que vous inspire la lettre de Gilles Simeoni qui sonne comme un rappel à l’ordre ?
- C’est une contribution aux débats ! Comme l’assemblée générale ! Il l’a écrite, il le dit lui-même, en qualité de militant, parmi des milliers de militants. Il n’y a pas de difficulté à ce qu’un militant s’exprime, comme je l’ai fait moi-même aujourd’hui. C’est cela qui est important ! Femu, nous l’avons créée ensemble, nous devons continuer à la porter ensemble. Le binôme, nous l’avons fondé ensemble avec des milliers de militants ou d’amis. Ce n’est pas aujourd’hui l’un sans l’autre ou l’un contre l’autre !
 
- Entre vous, il y a des tensions ?
- Il n’y a pas de majorité sans tensions, pas d’exercice de responsabilité sans contradiction et pas de communauté d’hommes sans propositions qui, à un moment donné, peuvent s’opposer ! Ce n’est pas grave ! C’est le fait démocratique ! Je suis parfaitement à l’aise ! Ce sont des partenaires, des amis et des militants, ce ne seront jamais des adversaires ! Il faut qu’on sorte de ce prisme dans lequel on nous a tous enfermés pendant longtemps : c’est ce Femu-là ou rien d’autre ! Il n’y a personne qui me met en garde ! Il n’y a pas d’intrusion dans les débats du PNC ! Ce que les militants décident, ils le décident souverainement ! Je ne vois pas en quoi c’est attentatoire à quoi que ce soit ! C’est tout à fait conforme !
 
- Gilles Simeoni appelle à une réunion cet été. Y participerez-vous ?
- Bien sûr ! Comme je participe régulièrement à toutes les réunions. J’y ferai valoir mon point de vue qui est partagé très au-delà du PNC. Des militants d’Inseme et de Femu en appellent à une structure fédérale ou fédéraliste. Ils n’attendent pas un parti comme il a peut-être été envisagé à un moment donné. Le débat est ouvert et libre. Il est faux d’affirmer qu’il y aurait les unionistes du côté d’Inseme et les briseurs d’union du côté du PNC. Il n’y a ni unionistes, ni briseurs d’union, juste des militants qui veulent un chemin durable. Nous avons, pendant cinq ou six ans, prêché, seuls dans le désert, la construction de Femu !
 
- C’est peut-être pour cette raison que les gens ne comprennent pas les motifs de la querelle actuelle ?
- Les gens et les Nationalistes comprennent qu’on propose un chemin qui ne tourne pas le dos aux engagements pris, mais qui respecte la pluralité d’opinions et de projets. Je n’ai pas d’inquiétude de ce point de vue-là ! Je sais que le message est compris. Je sais la manœuvre qui a consisté, à un moment donné, à nous désigner comme les responsables de la division et qui a a totalement échoué. Je rencontre très souvent les Corses, certains me parlent de Femu, mais beaucoup plus me parlent de leurs problèmes, du quotidien et des difficultés qu’ils rencontrent. Nous voulons leur apporter des réponses.
 
- Donc, pas de divorce, pas de rupture, mais une crise de couple ?
- Non ! Ni divorce, ni rupture, ni crise de couple ! On ne fait pas chambre à part ! On continue dans la voie du dialogue et de l’union. L’essentiel, c’est qu’on s’entende sur un projet politique. Quel est le projet de la majorité territoriale ? Nous avons été élus sur un programme, pas sur un projet. Avons-nous anticipé ? Trois députés sur quatre, la majorité absolue, 56% des voix, qu’Emmanuel Macron nous rejetterait comme il l’a fait ? Non ! On en tient compte et on s’adapte, ou on reste au mois de juillet et au mois d’octobre. Les militants vivent au rythme de leur peuple, ils ne sont pas déconnectés, ils voient, entendent et savent ce que les gens pensent et disent. Nous devons le prendre en compte et formuler les termes d’un projet.
 
- Vous annoncez reprendre, dès lundi, le combat pour l’autodétermination. Est-ce une façon de mettre vos partenaires au pied du mur ?
- Nous parlons depuis des décennies d’une démarche d’autodétermination. Nous avons suivi avec intérêt un certain nombre d’exemples. Nous pensons que le moment est venu de les prolonger en Corse. Si la négociation avec l’Etat s’était mieux passée, si nous étions sur le point d’obtenir l’autonomie législative et règlementaire et l’autonomie fiscale, j’aurais peut-être tenu des propos différents. Mais nous ne pouvons pas, alors que nous avons dit en décembre dernier que ces sujets relevaient de la survie de notre peuple, nous contenter d’un refus total et retourner à l’Assemblée comme si de rien n’était ! Ce n’est pas possible ! Réinvestir le terrain nous paraît conforme aux souhaits des militants de Femu comme à ceux de tous les militants nationalistes, de la majorité et au-delà.
 
- En avez-vous discuté avec les autres composantes de la majorité territoriale ?
- Très régulièrement ! Lors d’une dernière coordination, nous avons parlé d’ajustement stratégique et de nécessité de penser et d’agir différemment. Nous étions au colloque au Palais Bourbon qui a fini de démontrer qu’accepter en l’état l’article qui nous est proposé par le gouvernement serait catastrophique. Je crois moyennement aux vertus du débat parlementaire et à la capacité d’obtenir ce que nous n’avons pu obtenir en six mois de négociations et de rapport de forces. Donc, la stratégie est simple : continuer de dialoguer avec l’Etat, mais organiser le mouvement national sur le terrain pour qu’il arrache des avancées plus significatives. Cela me paraît à portée de main ! Mais il n’y a pas d’autonomie politique sans développement économique et social. Tant qu’on aura 80 000 personnes qui souffrent de pauvreté et de précarité et des entreprises qui ferment tous les jours, on pourra parler d’autonomie politique tant qu’on veut, on n’avancera pas.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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