Jean Baptiste Arena, président de la Chambre régionale d’agriculture de Corse, vigneron et maire de Patrimoniu. Photo JB Andreani.
- Est-ce important d’être présent au salon ?
- Oui. C’est toujours important d’être présent au salon de l’agriculture qui est quand même un salon international où pendant huit jours passent des milliers de personnes. C’est un formidable lieu de rencontre avec les consommateurs, les clients, et une vitrine incontournable pour tous nos produits. Au-delà du monde agricole, c’est aussi une vitrine pour la Corse, pour ce que nous voulons pour la Corse de demain : un tourisme maîtrisé, équilibré et surtout réparti sur les quatre saisons. Nous faisons office bien entendu de courroie de transmission du monde agricole, mais nous sommes aussi là pour présenter une image de la Corse, autre que celle des cartes postales et du soleil, une image que reflète nos spécificités, notre terroir et nos produits.
- Pour vous, est-ce l’enjeu principal ?
- Il y a cet enjeu de vitrine, mais aussi un fort enjeu de lobbying. Le salon est l’occasion de rencontrer et de discuter avec les différentes gouvernances, qu’elles soient européennes ou françaises, qui passeront visiter le stand de la Corse. Il est très important aujourd’hui à l’heure de la négociation de la nouvelle PAC (Politique agricole commune) d’effectuer ce travail de pédagogie pour faire reconnaître nos spécificités, nos particularismes, et les faire prendre en compte afin qu’on puisse avoir une PAC véritablement adaptée à notre territoire corse, à savoir une île-montagne en Méditerranée. Face au réchauffement climatique, nous avons aussi besoin de faire du lobbying avec toutes les autres régions de l’arc méditerranéen. Avec nos amis de PACA et d’Occitanie, nous allons nous battre pour, au-delà des spécificités agricoles et de la multiplicité des filières, soit pris en compte le réchauffement climatique qui, dans le Sud, induit un bouleversement majeur pour l’agriculture, dans le végétal comme dans l’animal.
- Peut-on quantifier les retombées d’une présence au salon pour l’agriculture corse ?
- Pour nous, les retombées sont claires. Elles l’ont été dès la fin des années 70- début des années 80 quand les vignerons corses qui, à l’époque, n’étaient pas très structurés, sont montés au salon. C’est le salon de l’agriculture avec la recrudescence des bars à vin sur Paris qui a servi de vitrine à ce renouveau de la viticulture corse. J’en suis un pur produit parce que mes parents s’y sont fait connaître et, avec des gens comme Dominique Gentili, Yves Leccia, Christian Imbert, Jacques Bianchetti et Jean-Noël Luigi, ont su porter ce renouveau. C’est une preuve que le salon, au-delà, d’un lieu de convivialité, d’un lieu de partage et d’échanges, est aussi un lieu de promotion et de découverte des produits. C’est cet aspect découverte qu’aujourd’hui, nous voulons faire partager au monde de l’élevage pour contribuer à accélérer les labels de qualité, que ce soit le label rouge ou l’IGP pour l’agneau, le cabri et le veau corses.
- Ce salon 2026 est une édition historique sans bovins pour cause de dermatose nodulaire et de crise agricole. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
- C’est vrai, c’est historique ! Le salon de l’agriculture sans bovins perd un peu de son âme. Il est certain que beaucoup de visiteurs, de petits parisiens, venaient au salon pour voir les bovins, et que, sans les bovins, sans certaines odeurs, il manque quelque chose. Il faut espérer que la dermatose soit définitivement derrière nous et que, l’an prochain, nous pourrons retrouver un salon avec son âme et ses bovins. Ceci dit, cela ne change ni l’ambiance paysanne qui règne dans ce salon, ni les échanges que l’on va pouvoir nouer avec toutes les régions de France et d’Europe qui sont présentes.
- Des syndicats, comme la Coordination rurale, dénonce « un salon de la souffrance », déconnecté de la réalité brutale et du désespoir des agriculteurs. Qu’en pensez-vous ?
- Il est certain que beaucoup de technocrates et parfois aussi certains élus, qui passent au salon, sont complètement déconnectés du monde paysan. La Coordination rurale comme la Confédération paysanne ont raison, mais je pense que la politique de la chaise vide n’est pas la bonne solution. Au contraire, il faut être présents, salon après salon, jour après jour, pour, à travers l’opinion publique, exercer une pression positive sur ces gens-là qui sont, c’est vrai, complètement hors-sol par rapport aux réalités que connaissent aujourd’hui le monde rural dans son ensemble et le monde agricole et paysan en particulier. Il faut qu’à Paris, Bruxelles et Strasbourg, on entende ce monde rural qui se meurt.
- Lundi soir se tient à Paris, un évènement unique, Patrimonio Paradise, la soirée off autour du salon de l’agriculture. Est-ce une idée de maire ou de vigneron ?
- Patrimonio Paradise, c’est une idée d’amis, de copains de Patrimoniu, jaillie il y a trois mois, pour faire un petit off, un soir de salon. Je voudrais en profiter pour remercier Marie-Hélène Fabiani et tous les avocats corses du barreau de Paris, Félicia et Davina Samarcelli qui ont mis à notre disposition gracieusement toutes leurs compétences, notamment au niveau de la Com’. Tout comme Francois-Régis Gaudry, originaire du Nebbiu, qui nous a fait l’honneur d’être le parrain et qui, avec sa sœur Marielle, nous ont aussi beaucoup aidés en termes de communication. Je tiens à remercier également l’Association cycliste de Patrimoniu qui nous a permis de créer cet évènement à Paris, un évènement qui rassemble le monde agricole, le monde sportif et le monde culturel. Nous l’avons pensé, dans la suite du salon, comme une vitrine, mais pas seulement du vin de Patrimoniu, puisque que nous aurons comme invités d’honneur des vignerons de l’AOP Ajaccio et que de nombreux agriculteurs vont y participer à travers dix filières : l’AOP châtaigne, l’AOP charcuterie, le veau corse et l’agneau corse, l’AOP miel, l’AOP huile d’olive… C’est un panel très large avec des produits qui ne viennent pas seulement de Patrimoniu, mais aussi du Haut Nebbiu comme la farine de châtaigne de Muratu, l’agneau et le fromage de la famille Luciani d’Oletta. Nous voulons que la viticulture serve de locomotive à d’autres filières.
- Cet évènement a suscité un début de polémique en Corse concernant son financement. Que répondez-vous ?
- Cet évènement n’est pas subventionné. Il se fait sans aucune aide, sans aucune subvention. Je tenais vraiment, suite à ce début de polémique, à le préciser et à rassurer. Ni la Chambre d’agriculture, ni l’ODARC, ni le CIVIC corse, ni aucun organisme, ne soutient de manière financière cet évènement. Tout est fait en autofinancement. C’est avant tout une fête paesana qui va se dérouler à Paris. Le lundi a été choisi tout particulièrement parce que beaucoup de nos clients à Paris sont fermés ce jour-là et que c’est un moyen pour nous de les inviter. Nous voulons aussi que la diaspora et les étudiants corses puissent participer à cette montée de la Corse à Paris, et bien entendu, nos amis, venus du salon, qu’ils soient d’Occitanie, de PACA, du Pays basque ou de Catalogne. Patrimonio Paradise, c’est l’esprit de la San Martinu à Paris. Nous voulons à travers Patrimoniu, à travers l’esprit de la San Martinu et du partage, reproduire une petite San Martinu à Paris dans la convivialité, mais surtout faire bénéficier de l’image de Patrimoniu et de ce qu’elle représente à l’échelle de l’Europe, les autres filières de l’agriculture corse qui sont dans le besoin et faire découvrir tous ces produits d’excellence. Patrimonio Paradise, c’est aussi un clin d’œil à notre ancien président de l’AOP, Jean Laurent de Bernardi qui voit en Patrimoniu un paradis, le paradis de Patrimoniu que l’on veut mettre au service de la Corse comme laboratoire d’un point de vue qualitatif, mais aussi d’un point de vue philosophique et surtout d’un état d’esprit.
Propos recueillis par Nicole MARI.
- Oui. C’est toujours important d’être présent au salon de l’agriculture qui est quand même un salon international où pendant huit jours passent des milliers de personnes. C’est un formidable lieu de rencontre avec les consommateurs, les clients, et une vitrine incontournable pour tous nos produits. Au-delà du monde agricole, c’est aussi une vitrine pour la Corse, pour ce que nous voulons pour la Corse de demain : un tourisme maîtrisé, équilibré et surtout réparti sur les quatre saisons. Nous faisons office bien entendu de courroie de transmission du monde agricole, mais nous sommes aussi là pour présenter une image de la Corse, autre que celle des cartes postales et du soleil, une image que reflète nos spécificités, notre terroir et nos produits.
- Pour vous, est-ce l’enjeu principal ?
- Il y a cet enjeu de vitrine, mais aussi un fort enjeu de lobbying. Le salon est l’occasion de rencontrer et de discuter avec les différentes gouvernances, qu’elles soient européennes ou françaises, qui passeront visiter le stand de la Corse. Il est très important aujourd’hui à l’heure de la négociation de la nouvelle PAC (Politique agricole commune) d’effectuer ce travail de pédagogie pour faire reconnaître nos spécificités, nos particularismes, et les faire prendre en compte afin qu’on puisse avoir une PAC véritablement adaptée à notre territoire corse, à savoir une île-montagne en Méditerranée. Face au réchauffement climatique, nous avons aussi besoin de faire du lobbying avec toutes les autres régions de l’arc méditerranéen. Avec nos amis de PACA et d’Occitanie, nous allons nous battre pour, au-delà des spécificités agricoles et de la multiplicité des filières, soit pris en compte le réchauffement climatique qui, dans le Sud, induit un bouleversement majeur pour l’agriculture, dans le végétal comme dans l’animal.
- Peut-on quantifier les retombées d’une présence au salon pour l’agriculture corse ?
- Pour nous, les retombées sont claires. Elles l’ont été dès la fin des années 70- début des années 80 quand les vignerons corses qui, à l’époque, n’étaient pas très structurés, sont montés au salon. C’est le salon de l’agriculture avec la recrudescence des bars à vin sur Paris qui a servi de vitrine à ce renouveau de la viticulture corse. J’en suis un pur produit parce que mes parents s’y sont fait connaître et, avec des gens comme Dominique Gentili, Yves Leccia, Christian Imbert, Jacques Bianchetti et Jean-Noël Luigi, ont su porter ce renouveau. C’est une preuve que le salon, au-delà, d’un lieu de convivialité, d’un lieu de partage et d’échanges, est aussi un lieu de promotion et de découverte des produits. C’est cet aspect découverte qu’aujourd’hui, nous voulons faire partager au monde de l’élevage pour contribuer à accélérer les labels de qualité, que ce soit le label rouge ou l’IGP pour l’agneau, le cabri et le veau corses.
- Ce salon 2026 est une édition historique sans bovins pour cause de dermatose nodulaire et de crise agricole. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
- C’est vrai, c’est historique ! Le salon de l’agriculture sans bovins perd un peu de son âme. Il est certain que beaucoup de visiteurs, de petits parisiens, venaient au salon pour voir les bovins, et que, sans les bovins, sans certaines odeurs, il manque quelque chose. Il faut espérer que la dermatose soit définitivement derrière nous et que, l’an prochain, nous pourrons retrouver un salon avec son âme et ses bovins. Ceci dit, cela ne change ni l’ambiance paysanne qui règne dans ce salon, ni les échanges que l’on va pouvoir nouer avec toutes les régions de France et d’Europe qui sont présentes.
- Des syndicats, comme la Coordination rurale, dénonce « un salon de la souffrance », déconnecté de la réalité brutale et du désespoir des agriculteurs. Qu’en pensez-vous ?
- Il est certain que beaucoup de technocrates et parfois aussi certains élus, qui passent au salon, sont complètement déconnectés du monde paysan. La Coordination rurale comme la Confédération paysanne ont raison, mais je pense que la politique de la chaise vide n’est pas la bonne solution. Au contraire, il faut être présents, salon après salon, jour après jour, pour, à travers l’opinion publique, exercer une pression positive sur ces gens-là qui sont, c’est vrai, complètement hors-sol par rapport aux réalités que connaissent aujourd’hui le monde rural dans son ensemble et le monde agricole et paysan en particulier. Il faut qu’à Paris, Bruxelles et Strasbourg, on entende ce monde rural qui se meurt.
- Lundi soir se tient à Paris, un évènement unique, Patrimonio Paradise, la soirée off autour du salon de l’agriculture. Est-ce une idée de maire ou de vigneron ?
- Patrimonio Paradise, c’est une idée d’amis, de copains de Patrimoniu, jaillie il y a trois mois, pour faire un petit off, un soir de salon. Je voudrais en profiter pour remercier Marie-Hélène Fabiani et tous les avocats corses du barreau de Paris, Félicia et Davina Samarcelli qui ont mis à notre disposition gracieusement toutes leurs compétences, notamment au niveau de la Com’. Tout comme Francois-Régis Gaudry, originaire du Nebbiu, qui nous a fait l’honneur d’être le parrain et qui, avec sa sœur Marielle, nous ont aussi beaucoup aidés en termes de communication. Je tiens à remercier également l’Association cycliste de Patrimoniu qui nous a permis de créer cet évènement à Paris, un évènement qui rassemble le monde agricole, le monde sportif et le monde culturel. Nous l’avons pensé, dans la suite du salon, comme une vitrine, mais pas seulement du vin de Patrimoniu, puisque que nous aurons comme invités d’honneur des vignerons de l’AOP Ajaccio et que de nombreux agriculteurs vont y participer à travers dix filières : l’AOP châtaigne, l’AOP charcuterie, le veau corse et l’agneau corse, l’AOP miel, l’AOP huile d’olive… C’est un panel très large avec des produits qui ne viennent pas seulement de Patrimoniu, mais aussi du Haut Nebbiu comme la farine de châtaigne de Muratu, l’agneau et le fromage de la famille Luciani d’Oletta. Nous voulons que la viticulture serve de locomotive à d’autres filières.
- Cet évènement a suscité un début de polémique en Corse concernant son financement. Que répondez-vous ?
- Cet évènement n’est pas subventionné. Il se fait sans aucune aide, sans aucune subvention. Je tenais vraiment, suite à ce début de polémique, à le préciser et à rassurer. Ni la Chambre d’agriculture, ni l’ODARC, ni le CIVIC corse, ni aucun organisme, ne soutient de manière financière cet évènement. Tout est fait en autofinancement. C’est avant tout une fête paesana qui va se dérouler à Paris. Le lundi a été choisi tout particulièrement parce que beaucoup de nos clients à Paris sont fermés ce jour-là et que c’est un moyen pour nous de les inviter. Nous voulons aussi que la diaspora et les étudiants corses puissent participer à cette montée de la Corse à Paris, et bien entendu, nos amis, venus du salon, qu’ils soient d’Occitanie, de PACA, du Pays basque ou de Catalogne. Patrimonio Paradise, c’est l’esprit de la San Martinu à Paris. Nous voulons à travers Patrimoniu, à travers l’esprit de la San Martinu et du partage, reproduire une petite San Martinu à Paris dans la convivialité, mais surtout faire bénéficier de l’image de Patrimoniu et de ce qu’elle représente à l’échelle de l’Europe, les autres filières de l’agriculture corse qui sont dans le besoin et faire découvrir tous ces produits d’excellence. Patrimonio Paradise, c’est aussi un clin d’œil à notre ancien président de l’AOP, Jean Laurent de Bernardi qui voit en Patrimoniu un paradis, le paradis de Patrimoniu que l’on veut mettre au service de la Corse comme laboratoire d’un point de vue qualitatif, mais aussi d’un point de vue philosophique et surtout d’un état d’esprit.
Propos recueillis par Nicole MARI.
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