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Du grenier d’Ajaccio aux grandes scènes : le souffle ambitieux du trompettiste Raphaël Horrach


Jeanne Soury le Dimanche 22 Février 2026 à 16:00

Aujourd’hui étudiant au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon, le jeune trompettiste corse Raphaël Horrach trace son chemin entre travail acharné, concours internationaux et passion intacte. Mais tout a commencé loin des grandes scènes, dans un grenier poussiéreux d’Ajaccio.



(Photos : Paule Santoni)
(Photos : Paule Santoni)
À 24 ans, Raphaël Horrach parle de la musique comme d’une évidence. Et pourtant, rien ne prédestinait ce jeune Ajaccien à une telle carrière. C’est au détour d’une rencontre, presque accidentelle, que sa vie bascule.
 
L’histoire pourrait sortir d’un roman. Tout commence dans un grenier d’Ajaccio, entre poussière et souvenirs d’enfance. En ouvrant une vieille malle en cuir ayant appartenu à son père, Raphaël découvre une trompette oubliée. Ce n’était qu’un hobby paternel, un instrument laissé de côté. Mais pour le jeune garçon, c’est une véritable révélation. « J’ai commencé la musique en apprenant seul, ou avec mon père, quelques chansons et des comptines », se souvient-il.
 
Très vite, Raphaël fait ses premiers pas à l’école de musique municipale d’Ajaccio. Les cours s’enchaînent, les scènes se multiplient. À l’Espace Diamant, vers huit ans, il joue devant un public pour la première fois. Pas de trac. Juste la sensation naturelle d’être à sa place.
 
Quitter la Corse, poursuivre le rêve
 
Grandir en Corse, puis partir. Comme beaucoup de jeunes musiciens, Raphaël doit quitter son île pour suivre sa vocation. Son parcours le conduit d’abord au Conservatoire à rayonnement régional de Paris, puis à Lyon, où il peut obtenir une licence et un master complets. Aujourd’hui en première année de master, il sait que, dans le monde de la musique classique, le diplôme n’est qu’une étape. Ici, rien n’est jamais acquis. « Même après les études, il faut gagner un concours pour intégrer un orchestre, obtenir un poste d’enseignant, ou conquérir les scènes internationales pour devenir soliste », confie Raphaël.
 

Son quotidien ? Entre sept et dix heures de travail par jour, une discipline d’athlète invisible. Mais la difficulté principale n’est pas là. « Comme dans tous les instruments en général, on est en permanence jugé sur nos performances, explique-t-il. Les cours ne se déroulent pas dans un amphithéâtre au fond de la classe : il faut jouer tout le temps, devant tous les camarades et professeurs ».
 
Et pourtant, arrêter n’a jamais été une option pour le jeune homme : « Ce n’est pas vraiment du travail pour moi. Je fais de ma passion mon métier ».
 
Miami, Munich… et le monde qui s’ouvre
 
Le travail de Raphaël trouve déjà sa récompense de la manière la plus prestigieuse. Son parcours est jalonné de moments forts, à commencer par son premier grand prix remporté à Miami, lors de son tout premier voyage seul aux États-Unis. Un défi autant personnel que musical. Plus récemment, il participe au prestigieux ARD International Music Competition à Munich, l’un des concours les plus réputés au monde dans la musique classique. Là-bas, tout semble hors du commun : des salles immenses, des orchestres d’exception, une atmosphère presque cinématographique. « Quand je suis monté sur scène pour la finale, je me suis dit : c’est ton moment, c’est à toi », confie-t-il.
 
À seulement 24 ans, le jeune Ajaccien a déjà remporté tous les concours qu’il pouvait viser. Mais loin de s’arrêter là, il continue d’avancer, guidé par la passion et l’envie de se dépasser toujours plus.
 
Un cœur corse dans le répertoire
 
Parmi toutes les œuvres que Raphaël a jouées dans sa carrière, une se détache particulièrement : le concerto d’Henri Tomasi, compositeur méditerranéen profondément lié à la Corse et enterré à Penta-di-Casinca.
 
Une pièce exigeante, riche en couleurs et en nuances, où la trompette dialogue avec l’orchestre et la harpe, créant des sonorités lumineuses et chaleureuses. Omniprésente dans les concours, cette œuvre est surtout chère à son identité. « C’est un des compositeurs qui m’inspirent », confie-t-il.
 
Et si Raphaël rêve de scènes internationales, il attend avec impatience de revenir sur son île.
Plusieurs concerts à l’étranger sont déjà prévus, mais son récital cet été au festival des Chœurs de Sartène occupe une place particulière dans son cœur : « C’est la première fois que je vais jouer à un festival organisé par des Corses, en tant que Corse. J’ai super hâte ! »

 

Toucher les gens, autrement                            
 
Au fil des concerts, Raphaël découvre une vérité simple : la musique peut atteindre là où les mots échouent. Il se souvient d’une femme rencontrée lors d’une tournée avec Gautier Capuçon, venue malgré la maladie et le deuil récent de son mari. Elle racontait combien la musique l’avait aidée à tenir. Ce jour-là, il comprend que jouer n’est pas seulement performer : c’est transmettre, toucher des émotions que rien d’autre ne peut atteindre.
 
Mais la trompette n’a jamais enfermé Raphaël dans une bulle. Il aime sortir, voir ses amis, marcher, aller à la plage, pêcher, skier. La musique structure sa vie, mais ne la limite pas. Et si son palmarès est déjà impressionnant, le jeune prodige continue d’ambitionner. L’un de ses plus grands rêves : faire composer un concerto pour lui et en créer la première partie à la
Philharmonie de Berlin.
 
Interrogé sur une vie sans musique, il sourit : « Je crois que j’aurais aimé faire une école hôtelière. » Mais le destin en a décidé autrement : c’est une trompette qui a guidé ses pas… et nos oreilles s’en réjouissent.