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Corsica Grana célèbre dix années d’engagement pour une filière végétale insulaire durable


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Samedi 27 Juin 2026 à 15:14

Préserver la biodiversité tout en développant une véritable filière économique locale, telle est l’ambition de Corsica Grana depuis sa création en 2016. Réunis au Parc de Saleccia pour célébrer les dix ans de la marque, producteurs, scientifiques et partenaires ont dressé le bilan d’une décennie d’engagement en faveur des plantes corses et affiché leur volonté de faire entrer durablement le végétal insulaire dans les politiques publiques et les jardins de demain.



Dix ans après sa création, la marque Corsica Grana poursuit son développement pour favoriser la production locale de plantes et de semences issues du patrimoine végétal corse. Réunis jeudi au Parc de Saleccia, producteurs, scientifiques, élus et partenaires ont dressé le bilan d’une décennie d’actions tout en esquissant les défis des années à venir. Renforcer la commande publique, structurer la filière semences et faire de la plante corse une évidence dans les aménagements paysagers de l’île.
 
Créée en 2016 par l’Office de l’Environnement de la Corse et animée par le Conservatoire Botanique National de Corse, la marque Corsica Grana est née d’une ambition simple, celle de préserver la biodiversité végétale insulaire tout en structurant une véritable filière économique autour des espèces sauvages corses.
Son principe repose sur une traçabilité complète. Pour porter le label, les plantes et semences doivent être issues de populations naturelles corses, récoltées, multipliées et produites en Corse. Une garantie qui protège à la fois la biodiversité et l’identité génétique de la flore insulaire.
En dix ans, Corsica Grana a réuni quinze structures adhérentes, dont six producteurs, quatre associations et cinq structures collectrices de graines. Aujourd’hui, près de 50 000 plants sont produits chaque année, représentant une quarantaine d’espèces maîtrisées et une dizaine de nouvelles espèces en cours de développement.
 
Une réponse aux enjeux de biodiversité
Pour Lou Barbe, chargé de mission au Conservatoire Botanique National de Corse, Corsica Grana dépasse largement le simple rôle de label. « Corsica Grana est une marque collective propriété de l’Office de l’Environnement de la Corse. Elle fonctionne comme un label qui permet de valoriser et de soutenir la production locale de végétaux indigènes. Son objectif est de favoriser la production de plantes sauvages que l’on trouve naturellement en Corse, en garantissant leur qualité et leur traçabilité».
 
L’enjeu est considérable lorsque l’on sait que, avant la création de la filière, près de 95 % des plantes commercialisées en Corse étaient importées, principalement d’Italie ou du continent.
« Nous aimerions que la marque ne reste pas à un niveau confidentiel », poursuit-il. « Nous savons produire ces espèces. Nous avons les connaissances, les producteurs sont motivés. Maintenant, il faut franchir un cap en faisant entrer Corsica Grana dans les grandes jardineries mais aussi dans la commande publique».
 
 
Faire entrer les plantes corses dans les marchés publics
Pour les responsables de la marque, l’avenir passe désormais par les collectivités.
Lou Barbe estime que les communes, communautés de communes ou établissements publics ont un rôle majeur à jouer. « Le but n’est pas de dire qu’il faut planter uniquement du local partout. Nous voulons simplement rééquilibrer les choses pour soutenir le tissu économique corse tout en protégeant notre patrimoine naturel».
Si la demande des particuliers progresse, plusieurs freins demeurent. « Produire local coûte forcément plus cher qu’importer des plantes produites à grande échelle à l’étranger. Mais ces végétaux sont de meilleure qualité, mieux adaptés et participent à la préservation de notre environnement. Il faut aussi accepter le temps de la plante. On ne passe pas d’une graine à un arbre de cinq mètres en quelques mois».
 
Le Conservatoire plaide ainsi pour davantage de contrats de culture, permettant aux collectivités de programmer leurs plantations suffisamment en amont afin de sécuriser à la fois les commandes et le travail des pépiniéristes.
 
Une filière relancée par les producteurs
Parmi eux figure Jonathan Becciu, des Pépinières de Ferrucciu, engagé dans Corsica Grana depuis trois ans. Il constate une véritable dynamique après une période plus difficile. « La marque avait un peu de mal à repartir après le décès de Stéphane Rogliano. Aujourd’hui, plusieurs acteurs se mobilisent pour la relancer. Nous avons vraiment à cœur de la faire évoluer». 
Grâce au développement de la collecte de graines locales, il voit déjà les bénéfices pour son activité. « Cela va nous permettre de produire davantage localement avec un meilleur contrôle de nos productions».
Face au changement climatique, il estime que les plantes corses représentent une réponse particulièrement pertinente. « Avec les températures actuelles, les espèces exotiques auront de plus en plus de difficultés. Les végétaux locaux sont naturellement adaptés à notre climat». 
Il observe déjà une évolution des pratiques.
« De plus en plus de particuliers choisissent des immortelles, des santolines ou du romarin corse. Les professionnels commencent également à créer des jardins très peu arrosés, plantés à l’automne pour permettre un bon enracinement. Au printemps, ils nécessitent très peu d’eau».
 
Pour lui, la préservation de la ressource en eau rejoint désormais les enjeux de biodiversité.« Dans ce contexte de restrictions d’eau et de canicules, produire et planter localement prend tout son sens». 
 
Xylella Fastidiosa, un tournant
Les intervenants sont revenus sur la crise provoquée en 2015 par l’apparition de la bactérie Xylella fastidiosa, qui a profondément marqué les esprits.
Vice-président du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel, François Casabianca considère que cette crise a constitué un véritable électrochoc. « Xylella a été une prise de conscience pour toute la Corse. En parallèle, Corsica Grana apparaissait comme une solution permettant de sécuriser une production locale de végétaux certifiés».
Selon lui, l’insularité constitue aujourd’hui un véritable atout. « Notre isolement peut devenir une protection si tous les acteurs jouent le jeu. Les risques liés aux échanges internationaux continueront d’exister. Il faut donc renforcer notre capacité à produire localement». 
Il rappelle que la souche présente en Corse s’est révélée beaucoup moins destructrice que celle qui a ravagé les oliveraies des Pouilles.
« Nous avons eu beaucoup de chance. Mais les bactéries évoluent constamment. D’où l’importance de limiter les introductions de végétaux venus d’ailleurs». 
 
Un cadre juridique désormais favorable
Professeur émérite à l’Université Côte d’Azur et membre du comité de marque, Gilles Martin estime que les évolutions récentes du droit offrent désormais un véritable levier aux collectivités.« Aujourd’hui, les marchés publics permettent d’intégrer des critères environnementaux. Les décideurs peuvent désormais exiger des plantes labellisées Corsica Grana dans leurs appels d’offres».
Selon lui, cette possibilité reste encore trop peu exploitée.
« Il faut maintenant que les élus et les collectivités s’emparent pleinement de ces outils. Corsica Grana répond à toutes les exigences juridiques en matière de transparence et de non-discrimination».
Il se veut toutefois optimiste.
« La prise de conscience progresse. Petit à petit, nous construirons une véritable filière corse de production végétale».
 
Dix ans pour préparer l’avenir
Au-delà du bilan, cette journée anniversaire a surtout permis de tracer les perspectives des prochaines années.
Le développement d’une filière régionale de collecte de graines, la révision du référentiel technique de la marque, son intégration dans la commande publique et la montée en puissance des producteurs doivent permettre à Corsica Grana de changer d’échelle.
Le choix du Parc de Saleccia, acteur historique de la préservation de la flore corse et partenaire des premières expérimentations de la marque, illustrait parfaitement cette ambition, faire de la richesse végétale de l’île non seulement un patrimoine à préserver, mais également une ressource économique durable au service des générations futures.