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« Corse, terre d’accueil, terre d’exil : 1914-1918 » le nouveau livre de Simon Giuseppi


Rédigé par le Lundi 25 Décembre 2017 à 22:15 | Modifié le Lundi 25 Décembre 2017 - 23:12


« Corse, terre d’accueil, terre d’exil : 1914-1918 » le nouveau livre d’histoire de Simon Giuseppi, a été lancé officiellement à la foire de Bocognano le 15 décembre dernier Pourquoi le choix de Bocognano ? Un rappel de la présence de colonies de réfugiés serbes à Bocognano et Ucciani pendant la Grande Guerre …


Zoran Radovanovic entouré du maire de Bocognano, Achille Martinetti, et quelques habitants, se recueille sur le tombeau du regretté médecin serbe (Photo : Corse Matin) -	Couverture du livre « Corse, terre d’accueil …
Zoran Radovanovic entouré du maire de Bocognano, Achille Martinetti, et quelques habitants, se recueille sur le tombeau du regretté médecin serbe (Photo : Corse Matin) - Couverture du livre « Corse, terre d’accueil …

 
Un samedi de novembre 2014 le géant serbe Zoran Radovanovic s’est recueilli dans l’ancien cimetière de la commune de Bocognano et, drapé des couleurs de sa patrie, il a embrassé la pierre tombale d’un des siens, médecin[[1]] évacué en Corse début 1916 qui a rendu de grands services à la communauté serbe établie dans le village et aux habitants des environs.
Cette cérémonie s’inscrivait dans les commémorations du centenaire du déclenchement des hostilités de la Grande Guerre. Radovanovic, instituteur et historien serbe, se trouvait alors en Corse, à l’invitation de l’association Per a Pace[[2]], pour présenter un livre qui serait bientôt traduit en français, a-t-il annoncé. Dans cet ouvrage, est rassemblée la mémoire de nombreuses familles serbes exilées et réfugiées sur notre île. « Près d’un millier de Serbes » affirme-t-il, « ont été installés à Bocognano et ses environs sur les 5000 présents en Corse. Nous ne savions rien de cela il y a peu. C’est sur les indications des membres de l’association Per a Pace que j’ai débuté ce travail de recherche. J’ai ainsi retrouvé plusieurs photographies et étudié quelques archives privées qui m’ont permis de raconter la vie de ces familles dans l’île ».



La publication du travail de Radovanovic permettra un jour aux Corses de confronter les récits des Serbes eux-mêmes au travail de Simon Giuseppi (3) qui vient de paraître et qui est basé, par contre, sur l’analyse des archives préfectorales corses.
Un chapitre de « Corse, terre d’accueil, terre d’exil  - 1914-1918 » est consacré à l’odyssée des Serbes évacués en Corse. L’auteur insère l’épisode dans son contexte historique et donne la raison de la prise en charge de la population en détresse par la France. « Mon peuple (attaqué par l’empire austro-hongrois) s’est enfui de sa patrie en traversant les montagnes albanaises … Ils sont arrivés en Grèce à Corfou d’où ils ont été transportés en France et plus précisément en Corse par les bateaux, on ne sait pas exactement encore pourquoi le gouvernement français a choisi de les placer en Corse mais on sait qu’il y avait des accords franco-serbes à l’époque » - avait expliqué Radovanovic. En effet, après l’assassinat à Sarajevo (Serbie) de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône de l’empire des Habsbourg, les Allemands poussent leurs alliés au sud à se servir de ce prétexte pour attaquer et annexer la Serbie ; dans un premier temps les Serbes réussissent non seulement à résister mais même à infliger des défaites humiliantes à leur voisins puissants, mais fin 1915 les armées réunies austro-hongroise et bulgare écrasent les Serbes, obligeant son armée, sa population civile et son roi à fuir dans des conditions épouvantables jusqu’à la côte albanaise et la Grèce. 

La Russie intervient alors pour avertir ses alliés que si ces Serbes n’étaient pas secourus elle se retirerait de la guerre : la France les récupère et les transporte sur son territoire. Les 5000 Serbes qui ont étéplacés en Corse ne représentaient qu’une petite partie du total : les autres ont trouvé refuge le long de la Côte d’Azur, en Bretagne, etc.
Radovanovic affirme qu’un millier de Serbes étaient logés à Bocognano et dans les environs. Le chiffre, maintes fois répété et ainsi passé dans l’histoire, est bien entendu grandement exagéré. Entre Bocognano et Ucciani, environ 300 Serbes constituaient deux petites colonies distinctes de 150 chacune. On le sait de source sûre …


On le sait car les deux colonies ont été créées et financées par une sorte de ONG d’origine britannique qui avait été à côté des Serbes dans leur défaite en Serbie, les avait accompagnés dans leur fuite et était arrivée avec eux en Corse. La Mission Anglaise, menée par son directeur, Sir Edward Boyle, se doublait d’un Hôpital des Dames Ecossaises. C’est Boyle lui-même qui donne tout l’historique de la Mission et de ses établissements à Ajaccio, Bocognano, Ucciani, Piana et Sari d’Orcino dans ses rapports au Préfet Henry, rapports qui peuvent être consultés librement dans les archives départementales de la Corse du Sud. Les Anglais et les Français partageaient ainsi les frais de l’aide humanitaire apportée à ces malheureux.


Les recherches de Simon Giuseppi concernent non seulement les 4 500 à 5 000 réfugiés serbes mais plusieurs autres catégories d’étrangers présentes en Corse pendant la Grande Guerre. Son livre complète l’histoire des 1000 internés civils austro-allemands de Corbara[[1]] avec celle du millier détenu dans les anciens couvents de Cervione, Oletta, Morsiglia et Luri. Puis il examine le cas des 5 000 prisonniers de guerre, allemands, turcs et bosniaques pour la plupart, détenus dans les anciens pénitenciers de Casabianda, Chiavari et Castelluccio, dans les citadelles de Bastia et Corte et sur des chantiers agricoles, forestiers, ou d’infrastructure routière et d’assainissement dispersés dans toute l’île. Le cas des 750 réfugiés israélites syriens occupe un chapitre ; ce sont ces Juifs ou ceux d’entre eux qui sont restés en Corse à la fin de la Grande Guerre qui seront protégés par des particuliers à Asco ou ailleurs et sauvés de la déportation dans les camps d’extermination allemands pendant le deuxième conflit mondial. La guerre en Méditerranée qui rendait si dangereuses les communications entre la Corse et le continent n’est pas oubliée : le conflit a donné naissance à de nouvelles technologies – l’aviation militaire, le sous-marin, le ballon d’observation et le dirigeable – Simon Giuseppi rapproche ces avancées au cas de notre île. 
Le lien entre les Balkans et la Corse ne se limite pas à l’accueil des réfugiés serbes dans l’île entre 1916 et 1918. N’oublions pas la participation de très nombreux militaires corses dans les terribles combats de reconquête menés par l’Armée d’Orient. Parmi les victimes figure le Lieutenant François Bonelli, originaire de Bocognano et inhumé avec une centaine de ses camarades corses dans le cimetière militaire de Monastir ; il est mort pour la France le 8 octobre 1916, dans sa 37ième année.
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[1] Il s’agit d’un jeune médecin, Gustave Hakl décédé à Bocognano en 1918.
[2] Per a Pace est une ONG née en Corse en 1992 au moment de la guerre dans les Balkans  Son président actuel est Jacques Casamarta. A l’occasion de la visite de Radovanovic à Ajaccio, l’association a présenté un spectacle « Lettre des Balkans »  mis en scène par Francis Aïqui et une exposition « 14-18 – Regards sur la Corse et les Balkans » ;
[3] Simon Giuseppi “L’internement à Corbara en Corse de civils austro-allemands 1914-1920 » - Editions Alain Piazzola, Ajaccio, juin 2014. Prix du Livre Corse 2015. Prix Don-Joseph Morellini 2015.
 




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