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Cinéma en Corse : les chiffres qui masquent la réalité


Laurent Hérin le Mercredi 25 Septembre 2019 à 18:32

Les chiffres ne disent pas toujours la vérité. Une récente étude du CNC livre des résultats étonnants sur la fréquentation des salles obscures en Corse. Décryptage.



Les cinémas corses se vident-ils ?
Les cinémas corses se vident-ils ?
L’étude annuelle du CNC sur la fréquentation des salles de cinéma vient d’être dévoilé par le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée). Vus de Paris, les chiffres sont sans appel : les films américains réalisent plus de la moitié des entrées. Un constat qui pourrait sembler amer et signifier que le public corse se délecte uniquement de grosses « américanades » au détriment d’un cinéma moins populaire tandis que son indice de fréquentation est un des plus faibles de France ?
Pas si simple.
Sinon que dire de cette étude publiée en 2018 qui, à l’inverse, classait la Corse comme la région la plus cinéphile de France (lire ici) ?


Une donnée confirmée cette année encore : « Sur l’ensemble de la France, la part des entrées réalisées dans les cinémas Art et Essai est de 35,7 %. Cependant, pour trois régions françaises cette part est supérieure à 50 % (la Corse, la Bretagne et la Bourgogne-Franche-Comté) » mais qui apparaît très vite faussée, en Haute-Corse par exemple, puisque « La Haute-Corse (2B) et le Territoire-de-Belfort (90) sont les seuls départements à ne compter qu’un seul établissement classé. Pour 14 départements métropolitains, plus de 85 % des écrans de cinéma sont classés Art et Essai. »
 

Du coup, les chiffres de cette étude très "jacobine" sont à regarder avec plus d’attention et oublient, une fois de plus, de prendre en compte la spécificité de la région. La suite de ce bilan annuel précise : « En 2018, la fréquentation en Corse atteint 600 000 entrées. Le prix moyen par ticket est de 6,60 €, soit 4 centimes de moins qu’au niveau national. Enfin, la part de marché des films américains est particulièrement élevée. »
 

Autre paradoxe, le CNC annonce que « en 2018, les Corses sont allés en moyenne 2 fois au cinéma avec un taux d’occupation des fauteuils de 17 %, ce qui représente le plus haut niveau de l’ensemble des régions françaises » et, dans le même temps que « l'indice de fréquentation est plus fort en Ile-de-France (4,24 entrées par habitant sur l’année), en Provence-Alpes-Côte-D’azur (3,45) […] C’est en Corse (1,97) que l’indice de fréquentation est le plus faible. » Il faudrait savoir…
Une étude qui ne prend pas non plus en compte l’importance et les résultats des Festivals de l’île qui attirent chaque année un public toujours plus nombreux : Arte Mare, Corsica.doc, Ciné passion, Le Festival de Lama, Ciné Lisula Musica, le Festival Italien, etc.
 

Daniel Benedettini, gérant du cinéma Le Régent à Bastia, l’explique très bien au micro de nos collègues de France 3 Via Stella : « C'est un chiffre de fréquentation par rapport au nombre d'habitants, mais c'est un chiffre faussé par la réalité du marché insulaire. On a beaucoup de cinéma de plein air, et l'été, on passe de 300.000 à plus d'un millions d'habitants... Alors évidemment, le ratio en bénéficie. Mais il ne reflète pas la réalité de la fréquentation annuelle des cinémas corses. »
Il y a évidemment plus de cinémas en plein air en Corse qu’en Île de France et même si la programmation de ces écrans, ouverts uniquement en saison, a tendance à se diversifier, ils proposent en majorité des blockbusters.
De la même façon, ces écrans ouverts 2 mois dans l’année faussent les chiffres du CNC : « la Corse compte 19 établissements cinématographiques et 29 écrans dont 10 en Corse-du-Sud et 9 en Haute-Corse. »
Sérieusement ?
Il y a bien un cinéma-théâtre à Propriano, le tout nouveau complexe Galaxy de Lecci (ouvert début août, il n'entre pas dans les résultats 2018), La Cinémathèque de Corse, celui de Marignana et enfin L’Ellipse d’Ajaccio. : 5 et non pas 10 en Corse-du-Sud. Quant à la Haute-Corse, on peut compter L’Alba de Corte, Le Fogata de L’Île-Rousse, L’Excelsior de Prunelli-di-Fiumorbo, le 7e Art de Furiani, le Studio et le Régent à Bastia : 6 au total contre les 9 annoncés.

Enfin, l’étude est souvent tronquée parce qu’il manque des résultats sur la région (voir les deux graphiques en pièce jointe).
Reste l’avis du très décrié nouveau président du CNC, Dominique Boutonnat, qui pense que « cette étude confirme l’attachement des Français à la salle, l’importance du cinéma dans notre société. A une époque où les images se substituent les unes aux autres, le cinéma demeure le premier loisir culturel des Français, le plus populaire. »
Alors tout va très bien Madame la Marquise…