Corse Net Infos - Pure player corse

Centre d’enfouissement de Ghjuncaghju : le collectif Tavignanu Vivu mobilisé au tribunal administratif de Bastia


Léana Serve le Vendredi 13 Mars 2026 à 15:04

Une quarantaine de membres du collectif Tavignanu Vivu étaient présents ce vendredi matin, 13 mars, au tribunal administratif de Bastia. L’audience opposait la société Oriente Environnement, porteuse du projet de centre d’enfouissement de Ghjuncaghju, et la préfecture de Haute-Corse, qui a refusé une dérogation permettant la destruction d’espèces protégées dans la vallée du Tavignanu.



(Photos Gérard Baldocchi)


C’est un nouveau tournant dans le dossier du projet de centre d’enfouissement des déchets de Ghjuncaghju. Une quarantaine de militants du collectif Tavignanu Vivu se sont rassemblés ce vendredi matin, 13 mars, tribunal administratif de Bastia pour assister à l’audience opposant la société Oriente Environnement, porteuse du projet, et la préfecture de Haute-Corse. Pour rappel, le projet porté par la société prévoit de construire un centre d’enfouissement de déchets dans la basse vallée du Tavignanu, sur le site de Ghjuncaghju, permettant d’accueillir 70 000 tonnes de déchets ainsi qu’un dépôt amiantifère sur un terrain de 16 hectares. Lancé en 2016, il a rapidement suscité l’opposition des riverains, qui ont créé le collectif Tavignanu Vivu pour s’opposer à cette construction.
 

Depuis dix ans, le projet a été contesté sur plusieurs aspects, et le dossier a connu de nombreux rebondissements. Malgré l'autorisation accordée à la société par le Conseil d'État en avril 2021, le collectif Tavignanu Vivu a continué son combat, en déposant une pétition auprès du Parlement européen. De son côté, la préfecture de Haute-Corse a rejeté, par un arrêté préfectoral en date du 29 novembre 2023, la demande de dérogation au régime de protection des espèces déposée en juin 2023 par la SARL Oriente Environnement. C’est sur ce point précis que s’est penché ce vendredi 13 mars,  le tribunal administratif de Bastia.
 

En effet, la société Oriente Environnement demandait une dérogation au régime de protection des espèces protégées, qui aurait autorisé la destruction de certains habitats naturels nécessaires à la construction du centre d’enfouissement. En France, une telle dérogation n’est possible que si trois conditions sont réunies : le projet doit répondre à un intérêt public majeur, aucune solution alternative ne doit permettre de réaliser le projet autrement et l’impact sur les espèces et leur habitat doit être minimisé et encadré.
 

Alors que le Conseil national de protection de la nature (CNPN) avait émis un avis défavorable à ce sujet le 25 septembre 2023, le préfet de Haute-Corse avait suivi cet avis, l’arrêté indiquant que « ce projet ne permet pas de solution alternative, ne répond pas, par sa nature, et compte tenu de ses intérêts économiques et sociaux, à une raison impérative d'intérêt public et nuit au maintien […] des populations d’espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle » et « ne répond pas aux conditions permettant l'obtention d'une dérogation aux interdictions relatives aux espèces protégées ».
 

Pour le collectif, être présent à l’audience était crucial. Marie-Dominique Loye, porte-parole de Tavignanu Vivu, explique : « C'est très important d'être là aujourd'hui parce que si, par le plus grand des malheurs, le tribunal administratif accordait la dérogation espèce protégée, les travaux pourraient commencer. » Lors de l’audience, l’avocat d’Oriente Environnement a défendu le projet, affirmant qu’il relevait d’un intérêt public majeur pour la gestion des déchets en Corse. La préfecture et l’avocat du collectif ont répliqué, soulignant que le projet ne remplissait pas les critères nécessaires pour obtenir une dérogation aux interdictions relatives aux espèces protégées. Le rapporteur public, quant à lui, est allé dans le sens de la préfecture, et a proposé au tribunal de confirmer le refus du préfet.
 

Alors que le tribunal administratif a mis sa décision en délibéré et que le jugement devrait être rendu dans quelques semaines, les membres du collectif Tavignanu Vivu, réunis devant le tribunal à l’issue de l’audience, ont indiqué « espérer que tout ça soit bientôt fini ». « Les conclusions du rapporteur nous sont favorables », souligne Marie-Dominique Loye. « Cette portion de la vallée du Tavignanu est tout à fait protégée, et la demande de dérogation ne porte que sur huit espèces protégées, alors qu'il y en a 28 au total. Si le centre est construit, ce sera vraiment un énorme désastre, d’autant plus que c'est un site complètement instable et parcouru d'eau : il ne faut pas oublier qu'il y a des captages d'eau potable et d'eau agricole à 3 km en aval. Si les travaux commencent, on aura détruit complètement un site pour finalement arriver à une catastrophe écologique. »

Le collectif, qui a mené une opération de distribution de tracts le 7 mars dernier à Ajaccio, L’Île-Rousse ou Aleria pour informer et mobiliser les habitants au sujet du projet de centre d’enfouissement des déchets de Ghjuncaghju, se dit prêt à multiplier les actions en cas de décision défavorable du tribunal administratif de Bastia. « C'est sûr qu'on manifestera de façon tout à fait forte, sans qu'on ait décidé jusqu'à présent sous quelle forme, parce qu'on ne peut pas laisser passer un tel déni de réalité. Finalement, ce qui est en jeu, c'est la biodiversité, mais c'est aussi la santé du fleuve », conclut Marie-Dominique Loye.