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Bastia : La Société des Sciences va honorer la mémoire du Chanoine Letteron


Rédigé par le Vendredi 17 Novembre 2017 à 15:47 | Modifié le Vendredi 17 Novembre 2017 - 18:35


La Société des Sciences historiques et naturelles de la Corse a organisé, vendredi, comme elle le fait tous les ans au mois de Novembre, son traditionnel colloque dans le cadre de la salle de délibérations du Conseil départemental de la Haute-Corse. L'événement, devenu incontournable à Bastia, qui s'est ouvert en présence de François Orlandi, président du Conseil départemental et Philippe Peretti, adjoint au maire de Bastia en charge du Patrimoine, rassemblé un public averti qui, tout au long de la journée, a pu apprécier une dizaine d'interventions toutes axées sur le thème du "Patrimoine architectural civil et militaire de la Corse : Histoire, technique, conservation". Dernière manifestation d'une année, riche, qui s'achève pour les membres de la Société des Sciences mais qui ne les empêche pas de se projeter, d'ores et déjà, vers le mois d'Avril prochain pour célébrer, avec un éclat particulier, le centenaire de la disparition du fondateur de la Société : le chanoine AugusteLetteron*. les explications de Joseph Puccini, secrétaire général de la SSHNC


Bastia : La Société des Sciences va honorer la mémoire du Chanoine Letteron
*Lucien-Auguste Letteron (1844-1918) est un historien de la Corse.
Né en 1844 dans l’Yonne, fils de sabotier, Lucien Auguste Letteron, ordonné prêtre en 1866, enseigne au petit séminaire  d’Auxerre de 1864 à 1874. Il poursuit en même temps ses études et est reçu à l’agrégation  des lettres. Il décide alors de se consacrer entièrement à l’enseignement, il est nommé successivement au lycée de Sens et au lycée de Châteauroux.
En 1878, il est nommé au lycée de Bastia, dont il est le seul professeur agrégé, et où il restera jusqu’à l’âge de la retraite en 1905. Pendant cette période, il forme vingt-six générations d’élèves de seconde puis de rhétorique, qui recevront un enseignement solide en littérature, grammaire, latin et grec. Le professeur est consciencieux, il enseigne de façon traditionnelle et efficace, il corrige les copies régulièrement et suit ses élèves et leurs lectures.


Ecclésiastique d’un tempérament timide, il passe son temps libre à lire les auteurs classiques et contemporains pour ses cours et découvre l’histoire de la Corse. Pour en faire connaître les sources historiques et scientifiques, il prend l’initiative de fonder à Bastia  une société savante, à l’instar de celle de son département d’origine, la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, dont il était membre depuis 1876. Il rassemble autour de lui dès l’année 1880 des notables éclairés pour créer une société dont l’objet sera de « recueillir et publier les documents et mémoires concernant l’histoire de la Corse et développer en Corse l’étude des sciences naturelles ».
De 1881 à sa mort, le 28 avril 1918, le chanoine Letteron passe ses loisirs de professeur à recopier dans les salles de lecture des bibliothèques et des archives tous les textes inédits qu’il trouve, les édite, les fait imprimer, corrige les épreuves et les publie dans le Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de la Corse créé en 1881, il y publie aussi les travaux des autres membres de la Société. Cette activité d’érudit le conduit à classer les fonds des ouvrages manuscrits et des recueils de documents d’archives  conservés à la bibliothèque municipale de Bastia. Il jouit à Bastia et en Corse d’une grande notoriété.
Une rue de Bastia - carrughju diritu pour les Bastiais - porte son nom. (Source Wikipedia)



Les résumés de toutes les communications

Kewin Peche-quilichini, INRAP et UMR 5140,
Marie-laurence Marchetti, CTC, Aurélien Tafani, University of South Florida

Le casteddu de Cucuruzzu est implanté à 711 m d’altitude sur un éperon dominant la partie septentrionale du plateau de Levie, au cœur de l’Alta Rocca, dans le sud de la Corse. il s’agit d’un complexe dominé par une tour retranchée derrière une imposante enceinte. un habitat léger est dispersé au pied de cette muraille et plusieurs villages et sépultures sous abri sont connus dans un rayon de quelques centaines de mètres autour de la fortification. L’ensemble est fouillé à partir des années 1960 par R. Grosjean puis F. de Lanfranchi. dans le cadre d’un programme de conservation et de valorisation mené par la collectivité territoriale de Corse, une fouille préventive y a été réalisée par l’Inrap en 2015. ces recherches ont permis de confirmer et compléter le schéma chronologique de structuration du casteddu. La torra est élevée au Bronze moyen alors que l’enceinte est fonctionnelle au moins dès le début du Bronze final. au cours du premier âge du fer, le complexe subit quelques modifications architecturales et est transformé en zone sépulcrale alors que les habitats ouverts (nuciaresa, Saparaccia, riccu, cruci) se développent autour de la vieille forteresse. l’état des connaissances sur ce casteddu en fait l’un des principaux jalons de définition de ce type de site pour le Sud de la Corse durant la seconde moitié de l’âge du Bronze.

 

 

Baricini, une rocca seigneuriale dans le Sud de la Corse (état des rercherches) Gilles Giovannangeli

Le Casteddu di Baricci – Baricini dans les sources médiévales – fut une des dernières forteresses privées tenues par les turbulents seigneurs cinarchesi dans la corse méridionale. a la différence des autres châteaux de « l’au-delà des Monts » largement arasés, la singularité de ce site majeur dans l’histoire du quattrocento insulaire tient à l’existence d’un imposant bâtiment enchâssé dans les rocheux à une vingtaine de mètres en contrebas du piton fortifié. l’ensemble du périmètre occupé a fait l’objet ces dernières années de relevés topographiques et architecturaux. associée à une prospection élargie sur les flancs du massif rocheux et à la collecte d’une riche documentation écrite, cette étude a permis de mieux cerner la complexité de cette résidence fortifiée et de son environnement immédiat au XVe siècle dans la dernière phase de son histoire, juste avant sa chute en février 1503 aux mains des troupes de l’office de St Georges suivie de son abandon définitif. Pourtant la confrontation des chroniques corses, des sources gé- noises et de l’enquête sur le terrain suscite aussi de nouvelles interrogations sur la forme de cette fortifi- cation, sur la chronologie de son occupation ainsi que sur ses relations avec les habitats environnants.

 

 

Étude archéologique de trois sites castraux : Serravalle, Motti et San Colombanu

Daniel Istria, Emilie Tomas, Florian Leleu

en réponse à un projet d’étude archéologique portant sur trois sites fortifiés (San colombanu (Rogliano, Haute-Corse), castellu di Motti (Luri, Haute-Corse), et castellu di Serravalle (Prato-di-Giovellina, Haute-Corse), un récolement de l’ensemble de la documentation et une analyse de l’architecture des monuments ont été réalisés. commanditée par les Services du Ministère de la culture (Services régional de l’archéologie et des Monuments historiques), cette étude avait pour finalité de déterminer les séquences chronologiques de l’évolution de ces sites en offrant en conclusion un diagnostic archéologique des vestiges.
dans le cadre limité de cette intervention, trois archéologues ont investi le terrain afin de réaliser l’enregistrement des informations essentielles à la compréhension de ces sites. les observations stratigraphiques ont été facilitées par le bon état de conservation de ces vestiges puisque certaines élévations atteignent encore jusqu’à 10 m de hauteur. en revanche, on déplore la réalisation de certains travaux de restauration qui masquent ou parfois même, ont entièrement détruit les vestiges médiévaux. le volet archéologique a consisté à réaliser des relevés topographiques, photogrammétriques, à examiner les rela- tions stratigraphiques, et à analyser les mortiers (ou les matériaux de construction); autant d’outils

d’analyse qui permettent de dresser les caractères généraux des sites.
les trois castelli présentent de nombreuses affinités. érigés à l’initiative de seigneurs, ils occupent le som-

met de promontoire rocheux, limitant tout regroupement de l’habitat autour du château. Protégés par les pentes vertigineuses comme pour le castellu di Motti ou par d’imposants remparts comme pour le castellu de San colombanu, les matériaux de constructions employés sont locaux et la source d’approvisionnement ne semble pas changer du moins pour les premières phases de construction. l’exemple du castellu de Serra- valle est intéressant dans la mesure où le travail de la pierre ne s’est pas limité aux chaînages d’angle. le donjon qui s’élève à plus de 5 m de hauteur est bâti avec des blocs de calcaire qui sont simplement dégrossis ou taillés à la broche pointée. a l’inverse, la partie haute de la construction est appareillée au moyen de moellons de granite brut ou à peine dégrossis prélevés in situ. un soin esthétique est également apporté aux ouvertures comme par exemple les meurtrières qui sont quelques-fois réalisées avec des blocs de calcaire.

après la première phase d’édification d’une tour et d’une enceinte, c’est à partir du Xiiie-XiVe siècle, que les castelli se présentent comme de véritables résidences seigneuriales. alors que l’emprise défensive est élargie et renforcée, les castelli sont dotés de nouveaux bâtiments : citerne, salles de vie souvent aménagées sur deux niveaux, espaces de circulation etc. les dispositifs défensifs sont amenés à évoluer durant le XVe et la première moitié du XVie siècle avec l’adaptation architecturale de l’utilisation d’armes à feu.

La particularité de ces fortifications, du moins pour les castelli de Motti et de San colombanu, est d’avoir été occupé en continu du Xiie siècle jusqu’au XVie siècle ; comme le renseigne la documentation ancienne recueillie.

Suite à cette première enquête de terrain, l’étude archéologique a permis de constituer des dossiers documentaires et archéologiques qui faisaient défaut. Grâce à ce diagnostic qui présente les généralités de ces sites, des réflexions et des problématiques ont pu être proposées afin de construire au mieux les futures investigations patrimoniales.

 

Étude du bâti historique du centre ancien de Bastia

émilie tomas (archéologue médiéviste, arkemine Sarl)
Florian Leleu (archéologue photogrammètre, arkemine Sarl) avec la participation d’Arnaud Coutelas (archéologue, arkemine Sarl)

Une étude du bâti du centre historique de Bastia a été réalisée en 2015 préalablement à l’élaboration d’une zone de présomption de prescription archéologique de cette commune. cette mission avait pour objectif de caractériser le bâti civil médiéval et moderne sur un échantillon de cent soixante-trois de- meures qui sont situées entre le vieux port et les boulevards Gaudin et Paoli. ce travail devait permettre de constituer un outil d’analyse scientifique permettant de caractériser le bâti civil afin d’aborder des problématiques relatives à :

– son évolution à travers l’histoire ;
– son développement morphologique ;
– et ses caractéristiques architecturales.
Pour ce faire, trois études intrinsèques ont été menées : documentaire, archéologique et cartographique. la conjugaison de ces trois analyses permet d’acquérir et d’accroître notre connaissance sur ce patrimoine ; elles sont ainsi un véritable outil de gestion patrimoniale qui au fil et à mesure des futures actions de terrain pourra être enrichi et complété. cette recherche affine de fait, notre vision de l’évolution morphologique et chronologique de la trame urbaine.

contrairement à la ville génoise de Bonifacio, Bastia ne conserve pas d’élévations propres à ses origines. le bâti historique témoigne en revanche de son évolution, de l’adaptation des hommes à occuper cet espace urbain qui, jusqu’au début du XXe siècle, était relativement restreint. en effet, les activités liées à la culture étaient prépondérantes au cœur de la trame urbaine comme l’illustrent parfaitement les sources iconographiques représentant vignes, jardins d’agrément, et bassins.

aujourd’hui les demeures observables sont composées de diverses techniques d’appareillage semblant être en contradiction avec la faible variété de nature des matériaux de construction qu’ils soient naturels (schiste et cipolin) ou anthropiques (briques et mortiers de chaux). Malgré la diversité de l’environnement géologique, les choix de matériaux (locaux) se sont toujours portés sur les mêmes roches et formations sableuses. Pour les mortiers de maçonnerie, cette homogénéité est étonnante et on peine à lire une quel- conque évolution chronologique ; sans doute que les recettes étaient depuis longtemps éprouvées, et que les sources de sable lavé auront longtemps été suffisantes. la diversité des techniques se repère déjà à l’échelle de l’édifice et de ses façades. ceci est en grande partie à associer à des reprises ou à des transformations des immeubles, tels des rehaussements ; donc à la vie de l’édifice, vie toujours riche en contexte urbain.

au-delà de la technique de construction, quelques façades se démarquent par des éléments caractéristiques de l’architecture du XViie siècle. en effet, c’est à cette période que depuis l’Italie se diffuse, et particulièrement par les maîtres maçons génois, un modèle de porte formé de deux piédroits quelques fois décorés d’un bossage sculpté en pointe de diamant. les piédroits sont alors composés avec des pierres de section rectangulaire ou carrée. l’ensemble étant surmonté d’un fronton ouvert au centre duquel pou- vait être logé une bas-relief ou un médaillon. Si certaines façades conservent des marqueurs de la qualité sociale des occupants d’autres possèdent des témoignages de l’imprégnation religieuse des propriétaires. linteaux historiés ornés de symboles, d’inscription ou encore de date et niches à Vierge sont observables sur plusieurs façades.

 

 

Maestri Ticinesi au service de l’architecture civile, militaire de la Corse : Monique Traeber-Fontana

Dès 1997, la Fagec publiait dans un de ses Cahiers Corsica consacré à l’art baroque en corse un article intitulé « l’importance des Maestri Ticinesi pour le développement de l’art baroque à Rome, à Gênes et au nord des Alpes » ainsi qu’une première liste de 36 Maestri Ticinesi connus pour avoir exercé leur activité en corse ou pour la corse entre le XVe et le XiXe siècle.

Les Maestri Ticinesi sont ces artisans, artistes, architectes et ingénieurs originaires du Sud de la Suisse, une région montagnarde trop pauvre pour nourrir tous ses enfants. depuis le Xiiie siècle, un certain nombre d’entre eux ont été régulièrement contraints de se spécialiser et de quitter leur patrie pour gagner leur vie.

Ils jouissaient d’un statut d’artistes « libres », qui leur permettait de travailler partout même s’ils étaient étrangers. devenus des médiateurs naturels entre les différentes cultures, ils n’ont dès lors cessé d’enrichir leur langage artistique.

les activités des Maestri Tinicesi relèvent de traditions ancestrales, dont certaines remontent à l’antiquité. ces artistes et artisans avaient en outre coutume de transmettre leur savoir en famille, de père à fils, d’oncle à neveu ou encore à filleul.

une de leurs spécialités était d’abord l’art du Stuc à base de chaux et de poudre de marbre, mais aussi la technique du Stuccolucido, très présente et magnifiquement conservée en corse.

il est surprenant de constater que la contribution de ces Maîtres suisses au concert artistique européen soit pratiquement ignorée à ce jour. Se dispensant de les reconnaître comme tels, la littérature spécialisée va jusqu’à les qualifier abusivement de « lombards ».

il reste qu’entre le Xiiie et le XiXe siècle, plus de 13.000 Maestri Ticinesi ont effectivement oeuvré à travers le monde connu puisqu’on peut en repérer de la Suède à l’Egypte et de la Russie à l’Amérique.

il n’est pas indifférent d’imaginer qu’au XViie siècle, plus de 1.000 d’entre eux travaillaient à Rome.

en corse, du XVe au XiXe siècle, nous avons pu répertorier près d’une centaine de Maestri Ticinesi et de Maestri Comacini (de como) : ils étaient ingénieurs, architectes, maçons, tailleurs de pierre et de marbre, sculpteurs, stucateurs, peintres ou ébénistes.

Pourtant, depuis plus d’un demi-millénaire, les échanges inévitablement poursuivis entre Maestri Ticinesi et Maestri corses semblent assez mal connus de la plupart des historiens.

À titre d’exemples, j’évoquerai 14 Maestri ticinesi qui, à des siècles différents, exercèrent leurs talents dans ou pour notre île. en voici la liste:

– 4 Maestri originaires de Bissone, ticino, du XVe s., sculpteurs de marbre et ingénieurs de fortifications.

– 3 Maestri du XVie s. au service des fortifications corses. 1 Maestro du XViie s. au service de Porto Vecchio.

– 1 ingénieur du XViiie s. au service de trois fortifications corses, ainsi que 4 Maestri du XViiie s. au service de plusieurs églises baroques corses.

– 1 Maestro du XiXe s. au service de l’église St. Jean Baptiste de Bastia

un vœu s’impose : afin d’assurer la conservation la plus respectueuse du patrimoine civil et militaire de la corse, il serait temps de dresser à l’intention des responsables, un guide des recommandations techniques indispensables à la mise en route de toute future restauration.

 

 

La Fortezza di San Fiorenzo nel quadro della politica fortificatoria della Repubblica di Genova in Corsica e Terraferma (secoli XVI e XVII) Renato Gianni Fidella

Si è voluto prendere in considerazione il forte di San fiorenzo nella sua più recente versione cinque- centesca, come esempio materiale della pianificazione e della realizzazione di costruzioni difensive sul territorio dello stato genovese in un arco temporale che copre ben oltre un secolo, arco che fisseremo convenzionalmente entro limiti funzionali al nostro discorso, che partono dalla Guerra di corsica (1553- 1559) e si chiudono con il bombardamento navale francese su Genova del maggio 1684.

questa fortificazione si presta, infatti, a rappresentare efficacemente l’inizio di una ripresa dei lavori di difesa, dopo l’impegnativo avvio nel 1538 e il prosieguo nella costruzione della cinta bastionata della ca- pitale, ripresa che investe tempestivamente e prioritariamente proprio l’isola di corsica, dopo l’abban- dono da parte degli occupanti francesi e al suo ritorno nei domini della repubblica, conseguenti al trattato di cateau cambresis (1559). San fiorenzo costituisce inoltre uno dei primi casi della politica di di- smissioni e demolizioni di strutture fortificatorie genovesi che nella seconda metà del XVii secolo interes- serà, anche con differenti motivazioni, soprattutto il medio Ponente ligure coincidente con la città di Savona e il suo immediato circondario.

la valenza militare della posizione allora occupata dal piccolo centro abitato di San fiorenzo, in fondo all’omonimo golfo alla radice occidentale del capo corso, si manifesta pienamente già nei primi momenti dell’attacco francese del 1553 quale punto preferenziale per l’arrivo di nuove truppe e rifornimenti dalle basi provenzali. la posizione viene occupata dalle forze del maresciallo di thermes il 25 agosto di quel- l’anno, solo due giorni dopo il loro sbarco e i lavori per il rafforzamento della posizione devono essere ben presto iniziati, anche perché da lì dovevano partire gli attacchi verso la piazzaforte di calvi rimasta in mano genovese per tutto il periodo della guerra, come vera e propria spina nel fianco degli occupanti. non a caso poi, quando, con tutte le altre città fortificate dell’isola saldamente in possesso dei francesi, nel novembre successivo prende il via la controffensiva guidata da andrea doria, la sua flotta approda proprio a nel golfo di San fiorenzo la cui fortezza viene subito messa sotto assedio. questa struttura di- fensiva, di cui non conosciamo l’aspetto, doveva essere abbastanza solida e ampia per contenere una guarnigione di oltre 2000 uomini, fattori che le consentirono di resistere al cannoneggiamento ed agli as- salti delle truppe del doria per quasi tre mesi prima di capitolare. tuttavia i Genovesi, dopo aver tenuto il forte fino all’agosto del 1554 decisero poi di abbandonarlo distruggendone le mura, probabilmente per- ché le febbri malariche ne falcidiavano il presidio, consentendone la rioccupazione francese che vi si mantenne fino alla restituzione dell’isola alla repubblica.

nell’ambito, quindi, della susseguente ristrutturazione difensiva della corsica da parte dello stato geno- vese, che vedrà estesi interventi in tutte le città costiere, si decise di costruire l’unica fortezza isolata pro- prio a San fiorenzo affidandone la progettazione, a fine 1562, all’ingegnere militare ticinese Giovan Giacomo Paleari detto il “fratino”, allora al servizio dell’alleato spagnolo.

i lavori di costruzione, probabilmente facilitati dai materiali residui rimasti della fortificazione francese, procedettero velocemente tanto che le prime artiglierie vi furono piazzate solo alcuni mesi dopo. l’im- pianto delle murature, che conosciamo dalla documentazione grafica d’archivio e che attualmente affiora ancora in parte dal terreno, è caratterizzata da due baluardi disposti a tenaglia sul lato verso terra e da tre semplici puntoni nelle fronti meno esposte che si affacciavano sul mare. tale soluzione, che abbando- nava le complicate bastionature ad elementi pentagonali con fianchi ritirati in favore di piattaforme sem- plificate, dovette favorire indubbiamente la speditezza dell’esecuzione.

la vita operativa del forte di San fiorenzo doveva però durare per meno di un secolo: infatti, esso si tro- vava da qualche tempo già sguarnito di uomini e artiglierie, quando se ne iniziò la demolizione della cinta nel 1658. come si diceva questa opera di dismissione, dovuta a cambiamenti della situazione geopolitica ma anche a motivazioni di riduzione delle spese per il presidio, visti i magri stanziamenti disponibili per le spese militari della repubblica, verrà più estesamente replicata un paio di decenni dopo con l’abbattimento dei diversi forti di Vado ligure e delle mura bastionate di Savona oltre alle sue importanti postazioni distac- cate che rappresentavano un precursore ante litteram del fronte trincerato di primo ottocento.

Le fortificazioni urbane di Corsica nei documenti e nei disegni dell’Archivio di Stato di Genova Sara rulli

l’analisi delle fortificazioni urbane genovesi in corsica - trattata attraverso lo studio di carte, manoscritti e disegni conservati presso l’archivio di Stato di Genova e relativi ai contesti urbani e alle cittadelle forti- ficate di aiaccio, Bastia, Bonifacio, calvi, corte e Portovecchio – è di particolare interesse per la possibi- lità di tracciare un’ampia panoramica delle modalità compositive-strutturali, delle caratteristiche di inserimento nel territorio, delle tipologie architettoniche adottate, dell’uso dei materiali e delle finiture e, infine, del rapporto che questi manufatti instaurarono con il contesto architettonico locale, con quello ge- novese e, più in generale, con quello mediterraneo.

la lettura critica di alcuni manoscritti e l’analisi dei documenti grafici (cartografie più o meno ampie, rilievi conoscitivi dello stato di fatto, progetti, realizzati e non, redatti in planimetria, alzato, sezione, asso- nometrie, vedute “prospettiche”, spesso redatti con indicazioni e legende) restituisce un’ampia panora- mica anche sulle caratteristiche storiche del territorio circostante e della sua gestione e, al contempo, getta ampia luce sui “protagonisti” di questa “stagione”: dalla committenza alle maestranze, dagli inge- gneri agli architetti ai cartografi che in corsica, su mandato del Governo genovese, operarono secondo modalità comuni a quelle messe in atto nel Genovesato.

 

 

Une approche historique des maisons rurales en Corse

Lucette et Jacques Poncin

la maison rurale traditionnelle des villages corses reste pour beaucoup liée à un autrefois à la fois pro- che et immémorial, souvent idyllique, mais généralement immobile, comme si le passé se réduisait au temps des grands- et des arrière grands-parents. il existe certes des constantes : le matériau qui est la pierre locale, le volume simple, mais les percements étroits et la construction en hauteur, « d’au moins trois niveaux », est loin d’être systématique.

les méthodes les plus sérieuses d’étude de l’habitat rural établissent une typologie propre au paysage architectural actuel, font une approche ethnologique..., mais il manque la dimension historique. or nous avons la chance en corse d’avoir de nombreux éléments de datation inscrits dans la pierre et nous pouvons remonter jusqu’au début du XVe siècle. Jean Pietri en a recensé une cinquantaine dans la pieve de Brando. de plus, dans les villages de l’intérieur où l’économie des moyens était la règle, même chez les sgio et qui ne se sont guère développés au XXe siècle, de nombreuses maisons ont conservé les parties les plus solides de leurs murs d’origine : chaînages d’angle, ouvertures. la date de construction inscrite sur le linteau de la porte d’entrée (ou ailleurs), en concordance avec l’appareil des pierre et la modénature, a permis de distinguer les époques. avec une marge d’erreur faible si on reconnaît les réemplois - toute pierre taillée d’un édifice non utilisé ou en ruines est récupérée - en s’interrogeant sur la cohérence de l’ensemble. et si on ne cherche pas à expliquer la construction de certains éléments d’architecture (ni- ches, pierres dépassantes...) par un usage plus récent.

ce sont souvent les maisons les plus négligées, parfois abandonnées, qui nous ont permis une lecture attentive des murs construits pour rester en pierres apparentes, à la différence des villes où briques et moellons disparates sont masqués par les enduits. les techniques diffèrent selon la pierre et l’époque, l’appareillage est plus ou moins savant. Mais la maîtrise du constructeur réside dans le chaînage d’angle qui nécessite des pierres calibrées, encastrées et bien disposées, le traitement des ouvertures : ainsi le lin- teau qui supporte une forte charge est surmonté d’un arc de décharge en pierres et les jambages sont soignés. il s’agit en fait de maisons de notables, Nobili, Caporali, Signori, les seules édifiées pour durer. leur architecture utilise, avec retard, un vocabulaire apporté par les maîtres-maçons, inspiré par les églises, les villes, et exprimé avec liberté. il faut y voir l’effet de savoirs-faire venus de l’extérieur, de modes plus que la persistance de traditions.

nous pouvons ainsi dégager :

–  des demeures médiévales (XVe siècle–première moitié du XVie siècle), aussi bien dans le delà des Monts  que dans le deçà,  comportant fenêtres géminées, portes à linteau sur corbeaux ou ouvertures avec arcs en plein cintre – la plus remarquable et la plus connue étant la maison Ferdinandi à Pozzo di Brando ;
–  des maisons fortes et tours de défense, les Torri, édifiées au pire moment des attaques barbaresques  (fin XVie siècle notamment) dans bon nombre de villages ;
–  des demeures renaissance « tardive » (fin XVie siècle–début XViie siècle), remarquables par leurs ouvertures et l’appareil des pierres ;

–  d’autres « classiques » (XViie siècle - XViiie siècle) avec, dans le Sud, des appuis moulurés, des pierres en saillie (« branchetti »), des niches ;
–  des maisons « urbaines » plus vastes, plus confortables, aux XiXe siècle–début XXe siècle avec portes d’entrée cintrées et balcons...
cet inventaire né d’observations dans les villages fournit une approche plus diversifiée d’une architec-
ture qui dépendait du rang social des propriétaires, de la maîtrise de maîtres-maçons souvent d’origine italienne, d’influences diverses, des plus proches (églises, villes) aux plus lointaines : continent italien, français...
cette approche est à affiner, même si le souci de confort, de « modernité » a contribué et contribue en- core à dénaturer ou supprimer les spécificités de ce patrimoine fragile et peu protégé.

 

Les maisons fortes de Corse, les palazzi du 16e siècle
Une architecture défensive et un luxe ostentatoire
Jean-charles Ciavatti (chercheur à l’inventaire du Patrimoine / caoa de la haute-corse)

Construites au cours du XVie siècle, époque ou le péril barbaresque est omniprésent en Méditerranée et en corse, ces maisons ont marqué durablement l’architecture de nos villages. ces case forte ont été édifiées dans de très nombreux villages de l’île, aussi bien ceux dominant le littoral (cap corse, Plaine orientale, Balagne) que ceux de l’intérieur (Castagniccia, Alta Rocca...).
ces maisons, contemporaines des tours littorales (ou postes d’observation), partagent avec ces dernières une architecture de défense, contrastant très fortement avec les remarquables maisons « renaissance », réalisées en corse au siècle précédent. Si les maisons du 15e siècle disposent d’un ou deux niveaux d’habitation, éclairés par de larges baies cintrées, géminées ou triphorées, les maisons fortes du 16e siècle adoptent une structure de plan centré et une hauteur importante, à plusieurs niveaux, percés de baies peu nombreuses et de petites dimensions.
du fait de leur architecture, ces maisons en imposent et sont, encore aujourd’hui, les premières maisons du village que l’on voit. en les regardant dans le détail, les éléments défensifs apparaissent d’emblée : meurtrières, archères, canonnières, mâchicoulis, assommoir, échauguettes...
cette première étape passée, le regard se porte ensuite sur des éléments d’architecture et des petits détails qui participent du décor de ces édifices : les chaînages d’angles sont (très) savamment appareillés ; les niches à pots de chambre, qui flanquent certaines baies, sont soigneusement découpées et/ou sculptées ; les armoiries des commanditaires sont sculptées dans des plaques de marbres, placées au-dessus de l’entrée. quelques survivances du siècle précédent s’ajoutent au décor des façades, notamment des baies géminées, de petites dimensions mais richement ornées.
l’intérieur n’est pas en reste, les salles d’apparat, aux volumes souvent impressionnants, sont couverts de hautes voûtes d’arêtes ou en arc-de-cloître. ces pièces sont parfois dotées de cheminées somptueuses, en pierre taillée et sculptée. les éléments les plus communs, comme les éviers, ménagés dans l’épaisseur des murs, sont eux aussi de belle facture et témoignent encore aujourd’hui des fastes de l’époque.
cet important corpus, réparti sur l’ensemble de notre territoire, nous rappelle non seulement une période sombre de notre histoire mais il témoigne également de la richesse des commanditaires de ces mai- sons et de la virtuosité de leurs maîtres d’œuvre.
Solidement campées sur leurs bases, ces maisons fortes n’en demeurent pas moins un patrimoine fragile, menacé par les assauts du temps mais aussi et surtout par des restaurations maladroites, l’abandon et la négligence des propriétaires d’aujourd’hui.

 

Le palais des Gouverneurs de Bastia à la fin du XXe siècle (1963-1999)
Janine Serafini

1963-1999, c’est la période durant laquelle j’ai occupé le poste de conservateur du Musée d’ethnogra- phie corse de Bastia.
lors de ma prise de fonction, les travaux de réfection avaient déjà débuté. depuis 1956, l’architecte des bâtiments civils et palais nationaux, Louis de Casabianca était intervenu sur le bâtiment qui n’était encore que la caserne Watrin. il avait engagé la remise en état des façades côté cour et de quelques salles des ailes sud, ouest, et de la partie de l’aile nord, vouée normalement à la démolition et qui put quand même être sauvée.

dans les années 1970, l’édifice changea de statut devenant monument historique. des travaux importants furent entrepris par les architectes en chef Mh qui transformèrent le palais avant ceux entrepris à partir des années 2000 pour l’aménagement du musée.

c’est l’histoire de cet édifice durant 36 ans que je souhaite évoquer.

 

 

Les sources, un outil de connaissance et de valorisation du patrimoine : documenter l’architecture publique corse du XIXe siècle - Audrey Giuliani

La signature du traité de Versailles, le 15 mai 1768, engage, au-delà du passage d’une puissance poli- tique à une autre, un véritable transfert culturel. l’île jusqu’alors italienne, passe dans une nouvelle aire culturelle, celle de la France. ce processus s’opère dans de nombreux domaines dont ceux de l’architecture et de l’urbanisme.

envoyés de Paris afin de pallier au manque d’infrastructures, ingénieurs des Ponts et chaussées et architectes départementaux travaillent à l’aménagement de l’île. il s’agit de développer les principaux ré- seaux de communication et de doter les villes de bâtiments publics, allégories parfaites du pouvoir en place. les architectes locaux s’illustrent plus largement dans la commande privée mais artisans, artistes insulaires ou italiens participent activement à cette politique de grands travaux.

Par les rouages administratifs liés à la commande publique, une importante documentation existe. celle-ci dévoile une correspondance fourmillant de renseignements, des plans d’une grande beauté et certains projets réalisés par de grands noms de l’architecture.

ces archives manuscrites et imprimées sont aujourd’hui essentielles afin de connaître l’histoire, l’évolution du projet mais surtout l’édifice en tant que tel.

Ainsi, grâce à des exemples précis, nous tâcherons d’illustrer combien le travail de recherche en histoire de l’art et cette riche documentation sont importants afin de préserver et valoriser ce patrimoine, dont les bâtiments comptent aujourd’hui encore parmi les plus emblématiques de nos cités.




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