Une semaine après l’adoption par l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle pour « une Corse autonome au sein de la République », le mouvement indépendantiste Nazione a tenu une conférence de presse ce mardi matin à Bastia pour dénoncer, par la voix de Petru-Antone Tomasi, « un recul pour le combat national corse ». Une « position de rejet du statut de Beauvau qui n’est pas nouvelle pour Nazione, mais que nous souhaitions réitérer au vu de ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale française ». « Alors que la version initiale du texte excluait déjà l'ensemble des éléments fondamentaux de la revendication nationale corse, le contenu de la nouvelle mouture s'est dégradé davantage », estiment-ils, évoquant « quatre vices rédhibitoires », à commencer par « la négation des droits du peuple corse relégué, sur sa propre terre, au rang d'une simple “communauté” ».
Selon eux, « le choix de graver cette appellation au sein de la Constitution française n'est pas seulement une régression d'un point de vue symbolique, elle comporte également des implications juridiques très concrètes ». « En effet, du point de vue du droit constitutionnel comme du droit international public, seuls les peuples disposent de droits collectifs et notamment du droit à l'autodétermination. À défaut de reconnaissance expresse des droits nationaux du peuple corse, il aurait donc mieux valu laisser cette question ouverte - et donc ne rien dire - plutôt que d'acter juridiquement l'existence d'une “communauté insulaire” dépourvue de droits politiques propres. »
Ils dénoncent aussi le vote de l’amendement 111, assurant l’égalité de tous les citoyens vivant en Corse, qui « renoncerait au statut de résident, à la corsisation des emplois, à la co-officialité de la langue et au corps électoral corse ». « L'enjeu d'un nouveau statut pour la Corse consiste à arracher, de toute urgence, des mesures de sauvegarde pour permettre la préservation de nos terres et de nos maisons, la protection de l'emploi corse, la pérennité de la langue ainsi que le respect du fait démocratique corse. [...] Rappelons que par cet amendement, le projet de statut prévoit désormais explicitement qu'il ne peut être dérogé au principe d'égalité afin de reconnaître aux Corses des droits spécifiques au prétexte qu'une personne qui est “Corse depuis un jour” doit avoir les mêmes droits qu'une personne qui est “Corse depuis toujours”. Il est, à ce propos, totalement incompréhensible que les députés autonomistes aient soutenu cet amendement qui est une renonciation expresse au statut de résident ou à la co-officialité, ce alors, que les responsables autonomistes n'ont de cesse de répéter, au mépris de la réalité, que le présent statut permettait la mise en œuvre de ces revendications. »
Nazione dénonce aussi « l'absence d'un véritable pouvoir législatif, donc d'une réelle autonomie » dans le texte adopté par les députés. « Contrairement à l'ensemble des régions autonomes d'Europe, la Corse ne disposerait pas, avec ce statut, du pouvoir de voter librement ses propres lois sans contrôle du Parlement français. Il appartiendra au Parlement français de déterminer les domaines dans lesquelles l'Assemblée de Corse pourra voter des “normes” spécifiques [...]. En d'autres termes, le Parlement français conservera la maîtrise du périmètre de “l'autonomie” et le pouvoir de réduire, pour des raisons de pure opportunité politique, le champ d'intervention de la Collectivité de Corse. On est donc très loin du droit commun de l'autonomie des îles et régions européennes. »
À travers ce discours, le mouvement entend « rejeter sans ambiguïté ce statut contraire aux intérêts vitaux du peuple corse et appeler les militants du mouvement national à en faire autant afin de tourner, très vite, la page de “Beauvau” au profit d'un nouveau cycle politique, construit dans l'unité sur des bases résolument différentes ». « Nous souhaitons que ce texte n'entre pas en vigueur de cette façon, car il serait un obstacle, un verrou à l'ensemble de ce que nous revendiquons, et quand je dis nous, je parle des nationalistes mais aussi des Corses par leur vote depuis maintenant plus d'une décennie », affirme Petru-Antone Tomasi. « Comme on sait que la France n'a pas révisé sa Constitution pour la Corse en 68 ans, on sait bien que le fait d’accepter ce statut bloquera les choses pendant très longtemps, pendant des décennies potentiellement, et au regard de la situation que prend la Corse avec les effets conjugués de la colonisation de peuplement et de la spéculation foncière et immobilière, cela serait catastrophique pour notre peuple. »
Il précise qu’en cas de référendum, « nous serions défavorables à ce texte » et appelle les nationalistes à « se désolidariser de ce texte qui est mauvais ». « Par notre discours et nos actions, nous nous efforçons de populariser notre projet politique, notamment sur l'ensemble des thématiques que nous avons développées, le statut de résident, la corsisation des emplois, le corps électoral de Corse, la co-officialité de la langue, et nous allons continuer en ce sens. Il ne peut plus y avoir de doute sur ce que contient ce statut, il n’y a ni peuple, ni autonomie, ni statut de résident, ni co-officialité, ni corsisation des emplois… Quand on est nationaliste corse, peut-on accepter cela ? Pour nous, la réponse est non. »
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