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Violences faites aux femmes : "Aussi l'affaire des hommes"


Rédigé par Sylvain Amiotte le Jeudi 14 Décembre 2017 à 17:44 | Modifié le Jeudi 14 Décembre 2017 - 18:20


Une quinzaine d’hommes engagés contre les violences faites aux femmes sont venus témoigner en préfecture d’Ajaccio, jeudi matin. Avec un même message : accentuer les efforts de la société civile pour changer les mentalités.


Autour du préfet, des hommes issus de la société civile ont témoigné de leur engagement à lutter contre les violences faites aux femmes.
Autour du préfet, des hommes issus de la société civile ont témoigné de leur engagement à lutter contre les violences faites aux femmes.






Il a d’abord fallu éteindre une « petite polémique » née sur les réseaux sociaux. Non pas celle d’avoir décalé la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes du 25 novembre au 14 décembre, période de réserve électorale oblige. Mais celle de n’avoir invité que des hommes à cette rencontre organisée par la directrice régionale pour les droits des femmes, Marie-Ange Susini.

Le préfet Bernard Schmeltz s’en est empressé : « Il ne s’agit pas de priver les femmes du dialogue. Nous n’avons invité exceptionnellement que des hommes, non pas parce qu’ils parlent mieux que les femmes, mais parce que le problème des violences faites aux femmes est l’affaire de tous. On ne doit pas avoir un regard différent parce qu’on est un homme, ce serait inacceptable. » Et d’enfoncer le clou : « Les hommes aussi doivent s’exprimer, c’est parmi eux que se trouvent les auteurs. Je veux rassurer les sceptiques : nous continuerons à traiter le sujet avec des femmes. »
 
Marie-Ange Susini s’est elle même justifiée de son initiative par un constat : « Lors des manifestations que nous avons organisées toutes ces dernières années, les hommes étaient toujours en retrait. »

Une centaine de plaintes par an
 
Passé ce préambule symptomatique, une petite heure de paroles a suivi, à tour de rôle. Pompier, philosophe, chef d’entreprise… Avec un leitmotiv : la nécessité de libérer la parole en condamnant, encore et toujours, le moindre début de violence. Dans le cercle familial comme dans l’entreprise, à l’école comme à la maison.

Si une centaine de plaintes est déposée chaque année en Corse, - un chiffre stable -, « les statistiques montrent que ces femmes ont déjà renoncé sept fois auparavant », relève le procureur Eric Bouillard. Les signalements, eux, sont de plus en plus nombreux : « Le caractère inacceptable de ces violences doit être reconnu pour faire en sorte qu’ils progressent encore», insiste le représentant du parquet, souvent confronté au problème des preuves matérielles : « Faut-il attendre une fracture du crâne pour intervenir ? » La justice arrivant en bout de chaîne, « tout ne peut pas venir d’elle ».

Le rôle "central" de l'école

L’école notamment doit « jouer un rôle central dans ce combat, qui est celui de l’égalité », plaide Paul Digiacomi, proviseur du lycée Fesch. Rejet des discours misogynes, déconstruction des stéréotypes aliénants par des éducateurs « de plus en plus vigilants » : « C’est dans un engagement quotidien que nous parviendrons à réparer durablement l’injustice que représentent les violences faites aux femmes.» Un élève de terminale confirme : «On parle souvent de l’égalité hommes-femmes en histoire-géo. C’est grâce aux jeunes que ça changera. » 

Laurent Locandro, agriculteur bio, prend le relais : « Tout commence à la maison auprès de nos enfants. Il faut leur dire d’avoir le courage de dire non. Dans notre société individualiste, on consomme rapidement et on jette. C’est ce qui se passe avec les femmes. » Jean-Jérôme Tavera, référent violences de la FALEP (qui reçoit des femmes battues en accueil de jour), ne dit pas autre chose : « Il faut accentuer la vigilance auprès des jeunes face à tout ce qui circule sur les réseaux sociaux, et leur faire comprendre qu’une femme n’est pas un objet. »

Police : "On n'attend plus l'empilement des mains courantes"

Les mentalités évoluent, observe de son côté le commandant Jean-Jacques Rocca, chef d’état major de la police en Corse du Sud. « Dans les années 80-90, ces violences faisaient l’objet de mains courantes qui s’empilaient. Aujourd’hui, on les traite au jour le jour, on n’attend plus.» Le numéro spécial mis en place en Corse (0800 400 235) est passé d’aucun appel il y a quinze ans, à plus de 300 par an désormais.
 
« Sur les bancs du tribunal d’Ajaccio, on a vu l’évolution d’un mythe selon lequel la Corse serait protégée de ce type de violences», appuie le journaliste et rédacteur en chef de Corse-Matin, Paul Ortoli. Savoir nommer le mal puis agir pour le traiter, c’est ce que réclame au préfet le médecin François Pernin.

"Miroir grossissant"

« Les femmes ont longtemps servi aux hommes de miroir grossissant », tance encore l’écrivain François Orsoni, lisant un texte de Virginia Woolf. On en revient au message de départ, répété par le procureur : « Les violences faites aux femmes sont l’affaire de tous, mais c’est aussi l’affaire des hommes. »
Un message qu’il avait adressé aux jurés – masculins - lors d’un procès de viol intrafamilial il y a vingt-cinq ans, tandis que les femmes tirées au sort avaient toutes été récusées par la défense, celle-ci craignant leur trop grande sévérité. Les jurés avaient finalement infligé une lourde peine au coupable.
 
Numéro de téléphone régional pour les femmes victimes de violences : 0800 400 235



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