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Union européenne : La Corse relève à Malte le défi de l’économie circulaire pour défendre la spécificité insulaire


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 9 Mars 2017 à 15:39 | Modifié le Samedi 11 Mars 2017 - 00:13


Après la Pologne la semaine dernière, c’est à Malte que le Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) et son président, Gilles Simeoni, défendent, ces 8 et 9 mars, la spécificité des îles et la nécessité de prendre en compte, dans les futures politiques européennes, le fait et les contraintes insulaires. Un voyage important avec la participation à un cycle de conférence sur l’économie circulaire, initié par la Corse en juillet dernier à Bastia, et à l’assemblée annuelle de la Commission des îles, qui débattra des problèmes de cohésion, de transition énergétique, d’économie, de transports… et élira son nouveau président. Gilles Simeoni, qui a posé sa candidature, a, de nouveau, martelé sa foi dans la nécessité d’une forte coopération inter-îles. Cette première journée de travail a finalisé la construction d’un lobbying pour arracher à Bruxelles des programmes et des fonds dédiés. Elle a posé, la Corse, comme interlocuteur incontournable.


Le président de l'Exécutif de Corse, Gilles Simeoni, aux côtés de Ian Borg, représentant de la présidence maltaise du Conseil européen, Vasco Cordeiro, président du gouvernement des Açores et président de la CRPM (Conférence des régions périphériques maritimes), Georges Hatzimarkos, gouverneur de la région Sud-Est Egée et actuel président de la Commission des îles, et des représentants des 23 îles.
Le président de l'Exécutif de Corse, Gilles Simeoni, aux côtés de Ian Borg, représentant de la présidence maltaise du Conseil européen, Vasco Cordeiro, président du gouvernement des Açores et président de la CRPM (Conférence des régions périphériques maritimes), Georges Hatzimarkos, gouverneur de la région Sud-Est Egée et actuel président de la Commission des îles, et des représentants des 23 îles.
La défense et la prise en compte de l’insularité, c’est, pour la Corse et ses consœurs méditerranéennes, l’urgence européenne du moment. A Varsovie, au Comité des régions qui discutait, la semaine dernière, de la future politique de cohésion territoriale (cf article par ailleurs)... à Malte, cette semaine, où il est question d’économie circulaire, le Conseil exécutif de la CTC laboure le sillon tracé depuis le début de la mandature nationaliste : la coopération stratégique avec les autres îles de la Méditerranée dans un double objectif affiché : passer par dessus la tutelle parisienne et construire un lobbying pour obliger Bruxelles à prendre en compte les problèmes des îles par des politiques spécifiques. « La dimension insulaire, qui est particulièrement prégnante, reste mésestimée et mal prise en compte par l’Union européenne », pose, d’emblée, Gilles Simeoni, le président de l’Exécutif corse, dans sa première allocution pendant la conférence sur « l’économie circulaire, la cohésion territoriale et l’insularité», organisée par la Présidence maltaise du Conseil de l’Union européenne (UE) et la région de Crète, avec le soutien de la Direction générale de l’environnement et de la Commission Européenne.
 
Un enjeu crucial
L’urgence pour les îles méditerranéennes est de peser sur les débats concernant la programmation des politiques communautaires post-2020. Dans un contexte de Brexit et de diminution redoutée des fonds européens, les îles craignent d’être, encore et toujours, les laissés pour compte du développement. L’enjeu est crucial dans des domaines aussi divers que les transports, les déchets, l’eau, l’économie, le tourisme… La Corse, étant très impliquée dans le processus, Gilles Simeoni a fait le déplacement, entouré d’une partie de son Conseil exécutif. A ses côtés, Marie-Antoinette Maupertuis, déléguée aux affaires européennes et internationales, Fabienne Giovannini, chargée de l'aménagement du territoire, de l'urbanisme, de l'énergie et du foncier, et Jean-Félix Acquaviva, chargé des infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires et ferroviaires. Ils doivent intervenir pendant ces deux jours devant leurs homologues européens.
 
Des défis et des opportunités
C’est la crise récurrente des déchets à laquelle l’Exécutif corse a du faire face, dès sa prise de fonction en décembre 2015, et l’urgence à régler qui l’a poussé à trouver des solutions et à se tourner vers l’économie circulaire. Les îles étant des vases clos, des écosystèmes fermés, elles peuvent s’avérer un laboratoire intéressant pour un modèle dont le principe est de tout recycler, limitant, notamment, les coûts d’exportation et d’importation. Dans ce domaine, la dimension insulaire est particulièrement prégnante. C’est ce qui a persuadé la Commission européenne d’accepter l’invitation corse en juillet dernier à Bastia et d’initier ce cycle de conférences sur le sujet qui s’est poursuivi en Crête en novembre. « L’économie circulaire offre des défis et des opportunités de développement dans la résolution de problèmes chroniques et communs, notamment dans les domaines des déchets et de l’eau. En tant qu’île, on peut travailler ensemble pour l’utiliser à fond afin de créer de nouveaux marchés, renforcer les marchés existants et optimiser l’utilisation de nos ressources. Il faut surtout travailler sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Pour que l’économie circulaire soit efficace, il faut avoir une approche collective », déclare Jose Herrera, ministre du développement durable, de l’environnement et du changement climatique de Malte, en ouverture de conférence.

Fabienne Giovanini, Gilles Simeoni, Jean-Félix Acquaviva et Nanette Maupertuis, à la conférence des îles à Gozo..
Fabienne Giovanini, Gilles Simeoni, Jean-Félix Acquaviva et Nanette Maupertuis, à la conférence des îles à Gozo..
Des îles en réseau
En novembre dernier, la réunion de Crète a abouti à une proposition de mise en réseau des îles de Méditerranée et de création d’un groupement européen de coopération territoriale (GECT) dont le siège serait en Crète. « La nouvelle donne de l’UE remet en question le développement durable et la protection de l’environnement. Il y a de nouveaux besoins à pourvoir et une crise à surmonter. Nous avons construit des habitats sans logique et nous avons gaspillé nos ressources naturelles. Il faut désormais appliquer un nouveau modèle plus efficace, passer à l’économie circulaire concernant, notamment, la gestion des déchets. L’Europe s’est engagée dans cette voie et nous y serons », affirme Stavros Arnaoutakis, gouverneur régional de Crète. Le but est d’utiliser tous les dispositifs et programmes que l’UE pourrait mettre à leur disposition. Mais pas seulement ! L’économie circulaire est, aussi et surtout, une clé d’entrée dans une problématique plus globale. C’est un moyen détourné pour les îles de forcer Bruxelles à prendre en compte le caractère insulaire et d’obtenir des fonds spécifiques dans l’énergie, le transport et les aides d’Etat. L’objectif est d’en faire une priorité pour la prochaine programmation. « Nous avons besoin de fonds pour couvrir l’insularité dans la mer adriatique et ionienne, faciliter l’accessibilité et préserver notre environnement », ajoute le gouverneur crétois.
 
Un manque de compréhension
Les Grecs, venus en nombre, expliquent que la dimension insulaire recouvre plusieurs réalités différentes et avancent le concept de « multi-insularité ». Il est vrai que le pays compte une multitude d’îles dont plus d’une centaine habitées. « La présidence de Malte, une région insulaire avec des problèmes similaires aux nôtres, est une opportunité en or de promouvoir les problèmes des îles. L’UE ne comprend pas les problèmes des petits pays et des îles, quand on doit gérer 1000 ports, 117 îles habitées, des problèmes de communication et de transport. Aucun citoyen d’Europe continentale ne peut comprendre les problèmes du citoyen d’une petite île qui doit payer les mêmes taxes, mais n’a pas les mêmes droits, n’a pas d’école pour ses enfants, pas accès à un hôpital sur l’île… et pourtant c’est un citoyen européen. Il est difficile de comprendre que 10 kg de béton ne coûtent pas le même prix à Athènes que sur une île distante de 600 kms. Un citoyen insulaire ne peut pas payer 3 fois plus que le citoyen du Pirée pour construire sa maison. L’application d’une clause de compétitivité des entreprises est fondamentale. Il y a des écarts de compétitivité de 200% ! Plus de 30 stations dans les îles grecques ne sont pas connectées avec le réseau d’électricité et brûlent du mazout, facteur polluant qui tombe sous le coup des limitations européennes », plaide Giannis Gianelis, secrétaire général de la politique des îles grecques. Les îles ne veulent plus être perçues seulement comme des destinations touristiques pour l’été, mais exigent d’obtenir la possibilité de bâtir un développement territorial équilibré, comme les autres régions d’Europe.

Gilles Simeoni à la conférence sur l'énergie circulaire à Valletta à Malte.
Gilles Simeoni à la conférence sur l'énergie circulaire à Valletta à Malte.
Une nouvelle règle du jeu
Tous les intervenants saluent et se rangent derrière la position corse et ses propositions en matière de stratégie politique vis-à-vis de Bruxelles. « Nous venons ici avec beaucoup d’humilité par rapport aux Etats et aux régions institutionnellement plus avancées que les nôtres, mais avec la force de nos convictions et la volonté de contribuer à définir, avec vous, la nouvelle règle du jeu qui va organiser les rapports avec l’UE. L’un des enjeux est de dire qu’il y a, en Méditerranée, des territoires mus par des intérêts communs qui peuvent être appréhendés à travers la reconnaissance du fait insulaire », précise Gilles Simeoni. « Nous sommes au quotidien confrontés à un certain nombre de difficultés et à des attentes de nos populations. Quand nous sommes arrivés aux responsabilités, la nécessité de renforcer l’engagement européen de la Corse, de développer une politique interinsulaire en Méditerranée et de renforcer la part de l’économie circulaire dans notre économie globale nous est apparue comme une priorité absolue ».
 
Une dynamique d’ensemble
Expliquant que la Corse avait pris du retard dans tous les domaines, Gilles Simeoni décrit la gestion corse des déchets « digne du tiers monde dans une île où 30% du PIB (Produit intérieur brut) est lié au tourisme ! Nous aurons le même problème au printemps. Nous refusons d’exporter nos déchets et de les faire naviguer en mer Méditerranée qui est un sanctuaire naturel. Ce n’est pas possible ! Nous devons changer, mais nous savons que, pour changer, il faut nous appuyer sur une dynamique d’ensemble. C’est la raison pour laquelle il est essentiel que cette coopération, que nous construisons, se décline de façon très opérationnelle ». Prenant également l’exemple de l’eau, autre question-clé de l’économie circulaire, il indique que la Corse « est un château d’eau. Il tombe 8 milliards de m3 d’eau par an. Nous utilisons 1% de cette ressource, tout le reste est perdu ! Cette eau, nous voulons la gérer pour notre tourisme, mais un tourisme durable, pour nos agriculteurs, mais aussi en concertation avec nos voisins sardes qui sont à 1 km de nous et n’ont pas d’eau. Nous voulons inscrire cette vision de la gestion de nos ressources dans un dialogue productif avec l’ensemble de nos voisins de Méditerranée ».
 
Une logique d’émancipation
Le président de l’Exécutif corse martèle, ensuite, la nécessité de construire une force politique européenne interinsulaire pour faire pression sur Bruxelles et définit la méthode. « Nous sommes animés d’un volontarisme et d’une foi sans limite dans la coopération inter-iles. Nous sommes pour une politique de petits pas et de gestes concrets. Nous voulons que, chaque fois que cela est possible, les îles actent, ensemble, des décisions et se donnent les moyens de parler d’une même voix vis-à-vis des instances européennes. Nous sommes pour un dialogue constructif, mais nous voulons que le Conseil de l’Europe sache que les îles de Méditerranée ne sont plus dans une logique de dépendance par rapport au reste de l’Europe, mais dans une logique d’émancipation. Nous comptons beaucoup sur la présidence maltaise. Mais, pour être écouté et entendu, il faut parler ensemble d’une même voix et à voix haute ».

Pas d'aumône
Une stratégie actée par les autres îles qui ont partagé, ensuite, tout un faisceau d’expériences et d’initiatives mises en place sur leurs territoires pour faire remonter les problématiques. « Nous ne demandons pas l’aumône, mais un fonds dédié aux îles pour faciliter la vie des citoyens », s’insurge Olympia Stylianou, Directrice du ministère de l’agriculture, du développement rural et l’environnement de Chypre. Si la détermination est fortement partagée, l’inquiétude est patente. Tous savent que, malgré l’appui de Malte, les négociations seront très difficiles, voire très ardues, pour imposer la clause d’insularité. Au moment où Bruxelles réfléchit à rayer la politique de cohésion territoriale des futurs programmes européens et où l’important fonds Juncker ignore les problématiques insulaires, l’avenir apparaît plus qu’incertain…

N.M.
 




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