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"Une famille dans la mafia", le récit poignant d'une guerre des clans corses


Livia Santana le Mardi 27 Octobre 2020 à 10:00

Marie-Françoise Stéfani, journaliste corse, présente son premier livre "Une famille dans la mafia" aux éditions Plon. L'histoire dramatique de la famille Manunta déchirée par la violence des clans à Ajaccio dans les années 2010.



Marie-Françoise Stéfani journaliste et auteur de "Une famille dans la mafia" ©Michel Luccioni
Marie-Françoise Stéfani journaliste et auteur de "Une famille dans la mafia" ©Michel Luccioni
Une famille dans la mafia ça parle de quoi ? 
- Le 8 novembre 2011, une fusillade à l'encontre de la famille d'Yves Manunta, un nationaliste reconverti dans les affaires, a lieu à Ajaccio. C'est une époque très tendue. Dans la ville, la liste des meurtres s'allonge de semaines en semaines. Cette fois-ci, la violence est inédite. On a visé une petite fille et une femme, cela provoque une onde de choc qui se répand dans toute l'île. Cela parle aussi de pouvoir, de règlements de comptes entre plusieurs clans, de corruption à la chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud, cette manne financière où les présidents connaitront la prison, démissionneront ou seront assassinés. 

- Il y a eu un grand nombre d'assassinats pendant cette période, pourquoi avoir choisi cette famille en particulier ? 
- J'ai travaillé sur l'enquête et je l'ai suivie de très près grâce à mon métier. Quinze jours après la fusillade, j'ai recueilli le témoignage du père, Yves Manunta qui voulait se confier à la presse, ce qui est rare pour ce genre d’affaires. Chez lui, j'ai pu rencontrer sa fille de dix ans qui sortait d'une lourde opération, le bras en écharpe, le visage à la foi grave et innocent. Il faut dire que lors de l'attaque, la voiture dans laquelle la famille se trouvait avait été criblée de balles. Le véhicule aurait pu se transformer en caveau familial improvisé. Par la suite, le père va mourir et cela ira de drame en drame si bien qu'aujourd'hui l'histoire n'est pas finie.  Je voulais relater la violence qui visait cette famille même si bien sûr,  elle n'est pas la seule à la vivre puisqu'on considère que sur tout le territoire insulaire il y a près de 1000 orphelins de crimes de sang. 

- En lisant le livre on ne peut que ressentir l’impuissance de la justice face aux dérives mafieuses... 
- Oui, en Corse le taux d'élucidation des règlements de compte et des affaires d’assassinat est de 4%. La plupart des procès terminent par des non-lieux. Parfois la réponse judiciaire n'est jamais donnée. D'ailleurs, le taux d’acquittement est de 65% pour les affaires corses jugées à la cour d'appel d'Aix-en-Provence alors qu'il est de 10% sur le territoire national. Il y a encore des difficultés certaines à juger le crime organisé. Peut-être est-ce le résultat d’un traitement global de ces affaires, d'un dispositif législatif qui n’est pas assez précis ou encore du manque de moyens de la police ? Ce qui est sûr, c'est que les familles ont besoin de la justice pour apaiser leur souffrance, pour la mémoire de leur père, leur frère, leur époux...

- Le système mafieux est encore très présent sur l’île, c’est ce que vous avez voulu démontrer ?
- Effectivement, même si ce n'est pas la Mafia sicilienne avec une structure pyramidale bien définie, on peut quand même parler de Mafia en Corse puisqu'il y a pénétration des institutions économiques, de la police et des fois, des services de l'Etat. On le voit encore aujourd'hui à Ajaccio. La guerre des clans continuent, c'est l’histoire qui se répète.
 
- Des collectifs anti-mafia se sont constitués après l’assassinat du jeune nationaliste Massimu Susini, c’est une avancée pour la Corse ? 
- Les gens commencent à en avoir marre de cette violence récurrente. La contestation de la population est toujours une avancée mais ce n'est peut être pas suffisant. Le rapport de force entre la police et la mafia n’est pas égal. De plus, le banditisme exerce encore une certaine fascination chez les jeunes...
 
- Une famille dans la mafia, Vendetta, La guerre des parrains corses... on voit de nombreux livres sur la Mafia paraitre chaque année. C’est une prise de conscience des journalistes ?
- Sans doute. Le phénomène est devant nous et notre travail consiste à raconter ce qu’on voit. Le racket, la drogue, les assassinats ne s’arrêtent jamais. Ces terribles histoires on les relate dans nos journaux mais dans les livres on traite le problème différemment. Dans les "non-fiction stories" ou enquêtes-récits on essaie de rendre l'histoire plus facile à lire et à comprendre. D'ailleurs mon livre se lit comme un thriller non pas car je me suis essayée à un exercice de style, mais c'est l’histoire et tous ses rebondissements qui veulent ça. 
 
- Les lecteurs sont friands d’enquêtes ?
- Oui, parce que ce sont des affaires dont on parle souvent à demi-mot. Les livres ont le mérite d’écrire les choses noir sur blanc. Les lecteurs sont curieux d'apprendre ce qu'il se passe vraiment. Quand on voit tous ces assassinats on se demande dans quelle ville on vit. On se rend pas vraiment compte de ce qu’il se passe et pourtant la mafia touche toute la société, de près ou de loin, à des degrés vraiment différents.

©Michel Luccioni
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