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Travail le 1er mai : entre satisfaction et incompréhension chez les artisans corses


Léana Serve le Lundi 27 Avril 2026 à 10:48

En autorisant certains artisans à faire travailler leurs salariés le 1er mai, le gouvernement répond à une demande ancienne. Si fleuristes et boulangers corses saluent une mesure favorable à leur activité, les bouchers dénoncent une décision inéquitable.



C’est une annonce que de nombreux professionnels attendaient depuis longtemps. Il y a quelques jours, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé qu’à partir de cette année, les artisans fleuristes et les boulangeries-pâtisseries artisanales seraient autorisés à faire travailler leurs salariés le 1er mai. Étant le seul jour férié obligatoirement chômé et payé, les gérants ne pouvaient jusqu’alors pas faire travailler leurs salariés le 1er mai, sous peine d’une amende de 750 euros par salarié concerné, allant jusqu’à 1 500 euros pour un mineur. Désormais, les professionnels pourront faire travailler leurs salariés le 1er mai, à condition qu’ils soient volontaires avec un accord écrit. Un projet de loi est d’ailleurs prévu, et la mesure pourrait entrer en vigueur dès le 1er mai 2027 après adoption par le Parlement, bien que des dérogations soient déjà prévues pour cette année pour les commerces artisanaux.
 

En Corse, cette annonce est bien accueillie chez les fleuristes, qui réclamaient cette mesure depuis plusieurs années. « Nous étions en relation très étroite avec nos artisans fleuristes de toutes les régions de France, et il y a eu une grande mobilisation là-dessus, d’autant plus que les maraîchers étaient aussi avec nous, parce que les plantations étaient faites et les commandes passaient », explique Louise Nicolaï, présidente du syndicat régional des fleuristes de Haute-Corse. « Bien entendu, nous pouvions travailler sans les salariés, mais c'était un souci pour les artisans, puisque c'est un jour où on fait un gros chiffre d'affaires, c’est un bien pour notre trésorerie. Nous l’attendions et nous avons été entendus. »
 

Du côté des boulangers, cette décision répond également à une demande faite il y a plusieurs années. « On sait très bien que les jours fériés, les gens aiment bien trouver une boulangerie ou un glacier ouvert pour aller avec les enfants », souligne Marc Ventura, président du syndicat de la boulangerie-pâtisserie de Corse. « Je pense que c’est important pour la population que ce soit ouvert, parce que les gens ont tendance, surtout lorsqu'il fait beau, à sortir en famille, à consommer, et à se faire plaisir, tout simplement. Mais nous, ce qui nous dérangeait le plus, c’était surtout qu’on nous empêche de travailler alors que les grandes chaînes de distribution boulangère ou de supermarchés pouvaient ouvrir et vendre du pain, des croissants, des pains au chocolat… C’était une concurrence déloyale. »
 

Selon Louise Nicolaï, cette mesure est aussi une bonne chose pour les salariés qui souhaitaient travailler le 1er mai. « Leur journée est payée double, et en général avec un jour de récupération », précise-t-elle. « Je dirais que 90 % de nos collaborateurs sont favorables à travailler ce jour-là, parce que ça augmente un petit peu leur pouvoir d'achat. Et surtout, pourquoi ils n’auraient pas été autorisés à travailler alors que des vendeurs peuvent installer des stands dans la rue pour vendre le muguet ? Nos clients étaient aussi avec nous pour nous appuyer, et ils sont très contents qu'on puisse les servir ce jour-là aussi. »
 

Pas encore d’autorisation pour les bouchers et poissonniers
 

Si certaines professions pourront faire travailler leurs salariés le 1er mai, d’autres n’ont pas eu l’autorisation de le faire. C’est notamment le cas des bouchers, qui se sentent mis de côté par le gouvernement. « Pourquoi les autres et pas nous ? », martèle Louis Constant, président du syndicat de la boucherie-charcuterie-traiteur de Haute-Corse. « Le président national est monté au créneau, il n'accepte pas le fait que nous n'ayons pas été reçus. Il a été décidé que les artisans bouchers qui voudraient travailler et faire travailler leurs salariés le feront en leur faisant signer une attestation, et ce sera bien sûr du volontariat. Mais nous sommes toujours dans l'illégalité, alors si demain nous avons un contrôle, nous ferons remonter au niveau national. »

Reste à savoir si les bouchers corses prendront le risque de faire travailler leurs employés ce jour-ci. « Les bouchers qui n’ont qu’un employé dans leur entreprise ne vont sûrement pas se mettre dans l'illégalité », estime Louis Constant. « Ils vont sûrement travailler seuls, souvent que le matin, pour ne pas prendre le risque de faire venir un salarié parce que l'amende est quand même dissuasive, même si le syndicat national nous suit et nous défendra s'il arrive quelque chose. Il y aura peut-être un ou deux bouchers qui vont le faire parce qu'ils n'ont pas le choix, mais sinon, je pense que la majorité ne prendra pas le risque. »