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Tocca' à voi : " Le livre sur papier, victime de la guerre contre le coronavirus"


Jacques RENUCCI le Vendredi 19 Juin 2020 à 10:03

Jean-Jacques Colonna d'Istria, ancien libraire, "éditeur et passeur", nous livre ses réflexions sur le sujet



@scudoedition
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A l’instar des cafés, restaurants et autre officines - soit-disant - de non première nécessité, les libraires ont dû fermer leur porte dès le premier jour du confinement. Les éditeurs attendent leur réouverture pour éditer et les lecteurs l’ouverture des librairies pour lire… Les manifestations annuelles autour du livre sont annulées ici en Corse, comme sur le continent et les projets de création sont reportées ... à l’an prochain, comme le premier Festival littéraire Romain Gary qui devait avoir lieu à Sarrola-Carcopino les 24 et 25 mai. Encore faudra-t-il que le livre sur papier n’ait pas disparu ? Y aura-t-il encore des livres en France dans un an ? En attendant la réalisation du rêve « Festival Romain Gary », force est de constater que la guerre dans laquelle nous sommes malgré nous embarqués aura eu aussi comme conséquence de mettre à mal le livre sur papier. S’en relèvera-t-il d’ailleurs ?


Il est étrange de constater tout le mal que l’on s’efforce de faire pour sa disparition au profit de « l’édition numérique », jusqu’ Amazon, bouc émissaire en l’occurrence, souvent vilipendé voire banni par de « vrais lecteurs », Amazon tueur des librairies, mais chez qui le lecteur en manque pouvait encore jusqu’à ces jours-ci commander un livre par correspondance, et à qui l’on vient d’interdire de vendre et d’envoyer des livres : « Le tribunal de Nanterre interdit à Amazon la livraison de produits non-essentiels comme les ordinateurs, smartphones et les produits culturels. La livraison de jeux vidéos, livres ou DVD est interdite pendant un mois » (15 avril 2020).
Cette discrimination vient s’ajouter à la fermeture des librairies depuis de plus de deux mois, après d’autres mesures tout aussi discriminatoires mais moins spectaculaires prises par la Poste par exemple : l’envoi d’un livre de plus de 3 cm d’épaisseur - soit un livre de poche - «  bénéficie » obligatoirement du tarif colissimo- 4 fois plus cher que le tarif « lettre » (Bonjour l’aide à la lecture !) ; la Poste encore, qui revient sur la possibilité d’envoi de livres dans sa boite aux lettres (pourtant un vrai service pour les ruraux) - ce qui facilitait le travail de l’éditeur ou du libraire - sur la pression des transporteurs privés…)


Le livre est donc la cible et la victime d’une autre guerre, pernicieuse, incisive, discrète mais efficace : Concernant le cas spécifique de sa maison d'édition, Antoine Gallimard a confié perdre actuellement "plus de 90%" de son chiffre d'affaires malgré l'essor des ventes de livres en format numérique » (Livre-hebdo du 15 avril). Les éditeurs en général de 50 à 100 %... mais encore une fois, à qui profite le crime ? sans le vouloir, Antoine Gallimard vient peut-être de nous donner la clef du mystère … Autre constat que celui de l’éditeur de Camus et de Marguerite Yourcenar, est la multiplication des offres de l’édition de livres numériques par la plupart des éditeurs, les grands comme les petits, des villiprantins comme les Corses…
Des milliers de livres en numérique sont offerts ces jours-ci sur toutes les plate-forme de distribution du livre ; « Livre-Hebdo arrête sa publication sur papier ; De grands éditeurs bradent de centaines de titres en numérique…
La panacée, la voilà !


Assistons-nous, impuissants - nous en sommes les victimes - à une révolution que l’on nous imposerait  : la disparition du livre sur papier au seul profit du numérique ?
Reste à savoir qui sont les donneurs d’ordre ? Qui se cache derrière ceux qui ont décidé de ce changement de gouvernance ? Les GAFA ? De gros éditeurs ? Des groupes d’investisseurs…ou tout simplement l’appât du gain ? 
Peut-être faut-il rappeler en effet que l’édition numérique est virtuelle et qu’elle offre de multiples avantages à l’éditeur, eu égard à l’édition traditionnelle sur papier : pas de stock, pas d’achat de papier; pas d’imprimante ni d’encre, pas de frais de transport, pas de manutention…juste un fichier à réaliser (L’éditeur sur papier est obligé de passer par là lui aussi, mais pour lui ce n’est que la première phase de son travail et celle qui coûte le moins) et c’est tout. D’ailleurs, et l’on peut légitimement se demander pourquoi le livre numérique est proposé quasiment au même prix public que le livre sur papier… alors que son coût est à diviser par x ? Quand un livre sur papier est vendu 10 € chez votre libraire, il a coûté 2 ou 3 euros à l’éditeur alors que le même livre papier vendu lui aussi 10 € lui aura coûté deux fois plus….


Ceci peut peut-être expliquer cela et peut aussi expliquer ce décollage fantastiquement organisé de l’édition numérique. Le confinement aura permis de mettre au jour, brutalement de changement de paradigme. Certes il ne sera pas le seul et il faut s’attendre à d’autres coups de Jarnac de la part de ceux qui décident de l’avenir du monde, de notre avenir. Merci monsieur le confinement ! Il y a des événements inattendus et imprévisibles qui bousculent la vie d’un être humain, par hasard bien sûr !
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colonnadistria.jj@wanadoo.fr. Éditions du SCUDO. San Benedetto 20167 Alata.

 



















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