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Sécheresse : Les agriculteurs sur le pied de guerre réclament des mesures d’urgence pour irriguer leurs cultures


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 21 Juillet 2017 à 00:35 | Modifié le Vendredi 21 Juillet 2017 - 03:00


C’est un véritable cri de colère et de détresse que les agriculteurs ont lancé, jeudi soir, à Ghisonaccia face à la pénurie d’eau qui menace leurs productions. Coincés entre la double obligation, à la fois, d’irriguer les cultures sous peine de les perdre, et de respecter les arrêtés préfectoraux d’interdiction d’arroser entre 10 et 18 heures, éleveurs, céréaliers, viticulteurs, agrumiculteurs et maraîchers… dénoncent une mauvaise gestion de la sécheresse et de la problématique hydrique, des horaires de restriction inefficaces et le risque d’amendes pour ceux qui passent outre. Inquiets face au spectre de rupture d’eau qui plane sur la Plaine Orientale à la mi-septembre, ils demandent la mise en place de mesure d’urgences et d’un plan à long terme, et ont déposé un préavis d’action. Explications, pour Corse Net Infos, de Joseph Colombani, président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de Haute-Corse.


Sécheresse : Les agriculteurs sur le pied de guerre réclament des mesures d’urgence pour irriguer leurs cultures
- Pourquoi les agriculteurs sont-ils en colère ? A cause des restrictions d’eau ?
- Oui ! Ils sont en colère parce qu’ils s’aperçoivent que les restrictions d’eau sont présentées comme l’alpha et l’oméga de la solution à la pénurie. La restriction d’eau peut être une réflexion, mais parmi d’autres, pour répondre à un besoin immédiat, une urgence. Mais si c’est la seule solution que l’on présente, ça ne peut pas passer ! Ça ne doit pas passer ! Si on était dans le désert de Gobi, on pourrait donner raison à l’administration, mais ce n’est pas le cas ! La Corse a une très forte pluviométrie, elle est largement arrosée, même inondée durant l’hiver. Les agriculteurs ne comprennent pas comment dans ces conditions, on manque d’eau ! Comment peut-on donner un sens à son travail, à sa profession, quand l’hiver, on demande une reconnaissance calamité pour les inondations et, l’été, une reconnaissance calamité pour la sécheresse ? C’est une atteinte à la dignité ! On ne veut plus travailler comme ça ! On veut produire !
 
- Les agriculteurs respectent-ils les arrêtés de restriction ?
- Oui ! Certains utilisent des outils, comme des vannes électroniques qui s’ouvrent ou se ferment aux heures les plus froides de la journée ou de la nuit. D’autres se lèvent la nuit, toutes les deux heures, pour ouvrir ou fermer les vannes. Certains affirment qu’ils ne peuvent pas les respecter. Nous sommes en train de travailler à trouver des solutions. Nous avons rouvert la station de Migliacciaru pour élaborer de nouvelles semences qui permettront de réaliser des économies d’eau et d’augmenter la production. C’est le B.A. BA.
 
- Quelle est la situation hydrique en Plaine Orientale ?
- Cette région, de Furiani à Ventiseri, consommait habituellement 1,5 million de m3 d’eau par semaine. Aujourd’hui, à cause de la sécheresse exceptionnelle que l’on subit depuis le printemps, elle en consomme 2,7 millions de m3. L’irrigation est 40 % supérieure à celle de l’été dernier, elle permet de compenser le manque de pluie. Si on n’irrigue pas, on tue la moitié des vergers, des champs de céréales et de fourrage. C’est là le problème : soit on arrose, soit on laisse crever ! Comme on sait que malheureusement cette situation ne fera qu’empirer, il faut se mobiliser pour obtenir des solutions durables.

- Les agriculteurs dénoncent l’inefficacité de ces coupures. Ne sont-elles pas utiles face au spectre de rupture d’eau à mi-septembre ?
- Les agriculteurs sont inquiets ! C’est pour ça qu’ils font des efforts, qu’ils acceptent de jouer le jeu de la solidarité. Ils se lèvent la nuit, mettent le réveil à 2 heures du matin pour faire des tours d’eau, alors qu’ils se couchent à minuit. Visuellement, pour la population, c’est une image impressionnante, mais les économies réalisées, c’est peanuts ! Le problème est ailleurs ! Il est dans le sous-développement structurel qui caractérise la problématique de l’eau en Corse. Les restrictions d’eau sont le révélateur d’un non-investissement !
 
- C’est-à-dire ?
- La Corse reçoit beaucoup d’eau dans un contexte de réchauffement climatique, d’importations massives de viande, de lait et de fourrage, et de 22 000 chômeurs. Tous ces paramètres mis ensemble montrent qu’il faut investir, qu’il faut croire en ce pays et en son développement économique, Cela nécessite des moyens, des idées et des projets. Il y en a ! Les agriculteurs sont capables de travailler à des économies d’eau, mais, en même temps, ils ne peuvent pas se contenter des 100 millions m3 qui sont retenus aujourd’hui alors qu’il tombe en Corse 10 milliards de m3 d’eau et que seul 1 % de cette eau est utilisé. C’est insupportable !
 
- Que demandez-vous ?
- Il faut prévoir des retenues d’eau, du transfert d’eau, de la rénovation de tuyaux, de l’extension et du renforcement de réseaux pour couvrir toute la Corse. Il faut mettre en œuvre le plan hydraulique qui a été défini et qui coûterait entre 250 et 300 millions € sur cinq ans. Le réchauffement climatique s’accélère, la consommation d’eau augmente, des habitudes touristiques ont été prises. Les touristes sont aussi des consommateurs, ils participent à la vie économique de l’île, il ne s’agit pas d’être contre eux, mais de gérer le développement. Pour cela, il faut investir. On ne peut pas se contenter simplement d’avoir des gendarmes qui viennent nous dire d’ouvrir ou de couper l’eau sans en mesurer les conséquences et sans savoir si ces coupures sont utiles ou pas aux heures où on nous demande de les faire, ou si nous avons les moyens de le faire.
 
- Des agriculteurs ont-ils déjà été verbalisés ?
- Pour l’instant, non ! Il y a juste eu des rappels à la loi. Mais, très vite, ça va déboucher sur des amendes. Le dilemme pour l’agriculteur est soit de laisser pourrir son mais ou ses clémentines, soit de payer 1500 € d’amende. Le calcul sera vite fait ! C’est un calcul économique ! Mais, on ne peut pas s’en contenter, il faut raisonner à plus long terme. Sans eau, il n’y aura plus d’extension des terres agricoles.
 
- Vous affichez votre détermination. Cette réunion est-ce une réunion de combat ?
- C’est une réunion syndicale qui vaut préavis d’action syndicale. Si, nous n’avons pas, très prochainement, de réponses concrètes à une demande que nous avons faite il y a trois semaines, notamment une rencontre au plus haut niveau au ministère ou au-delà, parce que c’est un problème qui dépasse le cadre du monde agricole, des actions seront faites sur les routes et dans tous les endroits où les agriculteurs manifestent traditionnellement.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

Le président de la FDSEA, Joseph Colombani, aux côtés de son homologue du syndicat des jeunes agriculteurs de Corse du Sud, Jean-Christophe ARRII, du président de l'Office hydraulique, Saveriu Luciani, et du président délégué de la Chambre d'agriculture, Jean-Marc Venturi.
Le président de la FDSEA, Joseph Colombani, aux côtés de son homologue du syndicat des jeunes agriculteurs de Corse du Sud, Jean-Christophe ARRII, du président de l'Office hydraulique, Saveriu Luciani, et du président délégué de la Chambre d'agriculture, Jean-Marc Venturi.



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