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Sébastien Ristori : « Les hauts niveaux boursiers d’aujourd’hui peuvent masquer le désastre de demain »


La rédaction le Lundi 23 Août 2021 à 21:45

Analyste financier, diplômé et certifié en management et finances par l’Université de Corse, Paris Dauphine et HEC Paris, Sébastien Ristori qui est par ailleurs directeur du groupe Barnes Corse et enseignant en finance d’entreprise, nous explique dans cette interview comment l'épidémie de Covid pourrait remettre en cause la reprise de l'économie mondiale



Sébastien Ristori
Sébastien Ristori
D’après la presse économique, le CAC 40 atteint son plus haut niveau depuis 20 ans avec 6 300 points. Cela veut-il dire que l’indice est condamné à redescendre et que personne ne gagne d’argent en bourse ?
- C’est être myope que de comparer 2021 avec 2000. Un euro d’il y a 20 ans ne vaut pas 1 euro aujourd’hui. Ici, le mécanisme est le même. Pour mesurer la rentabilité réelle du CAC 40, il faut lire l’indice CAC 40 PX1GR, c’est-à-dire dividendes réinvestis, car, comme je trouve délicieux de le répéter, quand un actionnaire perçoit son dividende, il ne s’enrichit pas, car la valeur de son action cotée en bourse baisse du montant du détachement du dividende. Une partie de son patrimoine est transformée en liquidité, et ce dernier reste donc inchangé. Le CAC 40 traditionnel affiche une valeur ou ont été, périodiquement, détachés des dividendes. La véritable performance est de plus de 18 000 points actuellement, soit +130% en 20 ans.

- Les plus grands indices boursiers sont-ils également à leur plus haut niveau depuis 10 ans, malgré le khrack de 2020 ?
- Les plus grandes valeurs boursières sont à leur plus haut niveau comme le CAC 40 GR. Le DAX, principal indice boursier allemand, en dividendes réinvestis, qui comprend des sociétés comme Siemens, Adidas, Allianz, BMW, Bayer a augmenté de 21% par rapport à sa valeur initiale d’avant le premier confinement. L’indice S&P 500 TR (dividendes réinvestis), qui comprend Apple, Amazon, Microsoft, Facebook, Pepsi, WaltDisney, Johnson&Johnson grimpe de 75% de sa valeur ante-COVID-19. La reprise économique est non seulement au rendez-vous sur ces valeurs mais l’économie est en pleine forme, malgré une pandémie et des variants aux coins du monde. Ici, tout est une histoire de confiance.
 
- Quelle est l’origine de la hausse rapide de ces valeurs ?
- La première source est l’interventionnisme immédiat des banques centrales et des états. Il faut savoir que le marché financier et l’économie réelle sont connectées : On va chercher de l’argent pour se financer sur les marchés. Et l’argent, ça se rembourse et ce n’est pas gratuit. Les banques ont des créances sur des entreprises cotées, les ménages s’endettent pour acquérir un capital action, le marché est une immense source de financement. Son effondrement conduirait irrémédiablement à l’insolvabilité et à l’appauvrissement de ceux qui en dépendent. Je ne prendrai que deux exemples : La réserve fédérale américaine (la FED) et la banque centrale européenne (BCE). Ces deux régulateurs de la monnaie ont été extrêmement rassurants sur les taux en vigueur. Pour ne pas durcir l’accès aux crédits, les taux directeurs ont été abaissés au plus bas afin d’alléger le poids des charges financières des ménages et de ne pas risquer une crise d’insolvabilité. La FED s’est d’ailleurs substituée aux marchés financiers en gageant des bons du trésor américains, normalement valeur refuge historiques des investisseurs, où ces derniers se sont d’ailleurs rués vers ces obligations d’état faisant s’écrouler leur rendement (ce qui en soi, remet en question le concept de valeur refuge !). La FED a également déclenché un vaste programme de prêts aux entreprises privées pour maintenir leurs capacités d’investissements et de financement. Tout comme la BCE en Europe, ou pour conserver la liquidité du marché, elle a mis en œuvre un vaste programme d’achat d’obligations privées pour 1 850 Millards d’euros sur le marché secondaire, libérant les capacités des banques et rassurant les investisseurs. La BCE a assoupli les règles en matière d’octroi de crédit pour permettre aux banques de préserver les capacités de financement des entreprises. Le maintien à des taux directeurs proches de 0 facilite l’accès au crédit à la sortie de cette crise et la confiance des ménages est au rendez-vous.
 
- Mais les valeurs des titres montent encore, les gens consomment et les résultats semestriels des sociétés battent des records de performance. Que se passe-t-il ?
- Rappelons un principe mathématique sur la valeur d’une action. Quiconque détient un titre a un élément patrimonial. La valeur d’un titre financier est essentiellement réalisée par rapport au coût du capital. Si une entreprise a une rentabilité attendue de 10%, que l’action cote à 1 000, et que le résultat attendu est de 10, alors le rendement sera 10% (100/1000). Voilà qui tombe bien ! Maintenant, si l’entreprise génère du 130, alors cela signifie que l’entreprise dégage du 13% pour l’actionnaire (130/1000). La valeur de l’action va grimper à 1 300 – à peu près – et nous reviendrons à un taux de rendement habituel, de 10% (130 / 1300). La valeur a grimpé de 300 (c’est ca qui enrichit un actionnaire). Dans la théorie, les cours s’ajustent en fonction des taux de rentabilités exigés. Les analystes financiers font des projections de trésorerie, et grâce à des méthodes d’actualisation, estiment la valeur d’une action, et conseillent d’acheter (action sous-évaluée) ou de vendre (action sur-évaluée). Les résultats publiés des sociétés affichent des niveaux records. Le luxe avec LVMH et Hermès par exemple affichent d’excellents résultats, le digital, la santé, l’électronique sont en plein boom. La vaccination suit son rythme, et les indicateurs de bonne santé financière sont au rendez-vous. Les valorisations sont réalisées sur la base des données actuelles et si elles sont justes mathématiquement, sont biaisées économiquement.
 
- Si elles sont biaisées, cette hausse permanente ne va-t-elle pas aboutir à un krach ?
- Tous les krachs de l’histoire sont différents. Il y a généralement un krach quand il y a une augmentation rapide de la valeur des actions sans lien direct avec la croissance et les rendements futurs ! Pour le moment, sachant que nous sommes toujours en pandémie et en incertitude du lendemain, que la finance fait l’actualité comme étant co-responsable du dérèglement climatique, il serait malhonnête de dire que les valeurs sont à un niveau cohérent. Un adage des marchés financiers rappelle que « les arbres ne montent pas au ciel ». Les valeurs sont clairement très élevées, déconnectées des actualités qui arrivent. Les mesures de soutien des états prendront fin et devront être remboursées, la monnaie créée à l’occasion par les banques centrales devra être détruite et les taux directeurs devraient rester bas pour les deux prochaines années. Les banques centrales pourront toujours se pencher sur le report du remboursement de la dette publique des états, mais le scénario le plus probable reste l’ouverture d’une nouvelle période d’austérité et d’une maitrise accrue des comptes publics. Et si cette période s’ouvre, la baisse de la consommation entrainera une baisse des profits et une diminution drastique de la valeur de certains actifs. 
Mais la tendance pourrait être différente : s’il n’y a pas encore de sentiment d’euphorie collective à l’heure actuelle car les résultats sont bel et bien là, il y a une absence d’anticipation sur les sujets de demain et une reconstruction évidente des modes de consommation. Les valeurs leaders d’hier ne seront pas forcément celles de demain, et nous devrions assister à des transferts de richesse d’un secteur d’activité à d’autres. Tout ceci tient au succès de la vaccination et à l’absence d’un confinement généralisé qui mettrait, cette fois-ci, l’économie au tapis ! L’arsenal de mesures des banques centrales et des états est, cette fois-ci, épuisé.
 

 















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