Corse Net Infos - Pure player corse

Robert Chantereau dévoile "U Granaghju", second single avant un album introspectif en langue corse


Matteo Lanfranchi le Jeudi 16 Juillet 2026 à 19:56

Après "À Scaldacci" sorti en février, Robert Chantereau dévoile "U Granaghju", un nouveau single en langue corse, disponible depuis le 3 juillet sur les plateformes. Deux titres qui préparent le terrain d'un album attendu le 6 octobre, construit comme une introspection autour d'une maison chargée de mémoire. Un projet entièrement réalisé au Studio ATOM de Lucciana, avec un mastering signé Matt Colton, ingénieur récompensé aux Grammy Awards.



Le grenier, le foyer : chaque titre explore une pièce de cette maison intérieure. "La thématique de l'album est liée à la visite d'une maison, à l'introspection qu'on pourrait faire en visitant la maison de l'enfance, une maison chargée de vécu", explique Vincenzu Lota, compositeur, réalisateur artistique et producteur du projet. "À Scaldacci, c'était le feu, le foyer, la cheminée. U Granaghju, c'est le grenier, une autre pièce qui éveille beaucoup de souvenirs." Particularité : aucun de ces deux singles ne figurera sur l'album. "L'album est un concept en lui-même, on ne pouvait pas en extraire des chansons avant sa sortie. Ces titres-là étaient en plus, on s'est dit qu'on allait les sortir avant, comme des bonus tracks, pour que les gens commencent à s'habituer à l'univers."


La langue corse comme matière sonore, pas comme étendard

Chanté en corse, le projet refuse pourtant l'étiquette de la chanson traditionnelle insulaire. "Ce n'est pas un album de chansons corses au sens propre du terme", précise Vincenzu Lota. "La langue fait partie de l'histoire du chanteur, l'auteur est corse. On a voulu garder la musicalité et le message que porte la langue, mais l'apporter avec une couleur plus internationale." Une approche qui semble porter ses fruits au-delà de l'île. "On a eu des retours de la presse à l'étranger, et des chroniqueurs ont relevé que même sans comprendre la langue, elle ne devient pas un frein pour saisir l'univers de la chanson." Mieux, elle peut susciter la curiosité. "Ne pas connaître la langue peut inciter l'auditeur à se demander : c'est quelle langue, qu'est-ce qu'il y a derrière au niveau culturel et musical ?"

Les textes sont signés Tittò Limongi, associé au projet dès son origine. "Il a eu carte blanche parce qu'il a fait partie de l'évolution du concept, il a apporté des idées", souligne Vincenzu Lota, qui décrit un travail d'aller-retour entre mélodies et paroles pour que chaque texte épouse la musicalité recherchée.


Une esthétique folk-rock qui assume ses imperfections

Le son du projet, décrit comme un folk-rock organique, mêle les sonorités folk des années 70 à une production contemporaine. Mais c'est surtout le mot "organique" qui porte l'intention. "On a voulu garder quelque chose de profondément humain", explique le producteur. "Certains percevront peut-être de la fragilité dans la voix ou dans certains instruments, mais c'est justement le but. On ne voulait pas chercher le trop parfait, aseptiser, alors que c'était possible en production. On voulait que les gens reconnaissent que derrière, il y a des humains qui ont des choses à raconter, chacun apportant sa contribution en gardant ses propres imperfections."

C'est cette philosophie qui a guidé le choix de Matt Colton, ingénieur mastering des Metropolis Studios de Londres, connu pour son travail sur l'album "i/o" de Peter Gabriel et ses collaborations avec The Cure, Depeche Mode ou The Rolling Stones. "Je voulais quelqu'un dans la continuité de la philosophie de l'album", raconte Vincenzu Lota, qui a travaillé à distance avec lui. "C'est quelqu'un qui aime tout ce qui touche à l'humain, il aime quand les choses ne sont pas surchargées, quand il peut donner de la place à chaque instrument, à la profondeur. Il m'a dit qu'il adorait travailler sur ce projet."


Une résidence italienne pour souder le groupe

Si les deux singles ont été enregistrés à distance, l'album a bénéficié d'une étape déterminante : une résidence mi-avril à la Villa Clodia, à Manziana, en Italie, réunissant l'ensemble des musiciens, corses et italiens. "Ça nous a permis d'aller chercher une vraie dynamique de groupe et de travailler tous les arrangements pour que chacun trouve sa place sans marcher sur les pattes d'un autre instrument", explique Vincenzu Lota. "Ça a permis de trouver le vrai noyau du projet. Et humainement, au-delà de l'aventure musicale, c'est une aventure humaine très forte."

Autour de Robert Chantereau au chant, le projet réunit Mickaël Serra aux guitares, Massimo Sanna à la basse, Francesco Gazzara aux orgues et claviers, et Vincenzu Lota à la batterie, aux chœurs et à la réalisation. Quant à l'album du 6 octobre, il gardera encore une part de mystère. "C'est une introspection autour d'un lieu qui ravive les souvenirs, un lieu qui permet de comprendre qui on est. Pour savoir où on va, il faut savoir d'où on vient." Reste ce que le producteur souhaite pour les auditeurs de "U Granaghju" : "Qu'ils puissent se projeter dans le grenier de leur enfance. Cette pièce mystérieuse, qui a pu faire peur, mais qui regroupe énormément de souvenirs. Qu'ils se disent : j'ai vécu une émotion en écoutant ce titre."