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Quotas, balises, aides insuffisantes : les pêcheurs corses prêts à aller jusqu’au blocage des ports


Patrice Paquier Lorenzi le Vendredi 20 Février 2026 à 16:18

Une vingtaine de pêcheurs corses ont occupé ce vendredi matin, à Ajaccio, les locaux du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM). À l’initiative du syndicat U Sindicatu Pà A Difesa di i Piscadori Corsi, ils dénoncent un manque de transparence sur les autorisations européennes de pêche, la multiplication des contraintes réglementaires et des aides jugées insuffisantes. Et menacent de mettre en place diverses actions en amont de la saison estivale.



Une vingtaine de pêcheurs corses ont occupé ce vendredi matin, à Ajaccio, les locaux du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM)
Une vingtaine de pêcheurs corses ont occupé ce vendredi matin, à Ajaccio, les locaux du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM)
La tension couvait depuis plusieurs semaines sur les quais ajacciens. Elle s’est matérialisée ce vendredi matin par l’occupation pacifique des locaux du Comité régional des pêches par une vingtaine de marins pêcheurs membres du syndicat U Sindicatu Pà A Difesa di i Piscadori Corsi

Leur objectif : profiter d’une conférence de presse pour « remettre les choses sur la table » et alerter l’opinion sur ce qu’ils qualifient de « dérive opaque » dans la gestion de la pêche professionnelle en Corse. « Les pêcheurs ne sont ni informés, ni consultés, ni préparés », résume Joseph Sanna, secrétaire général du syndicat.

AEP, thon, espadon : la crainte d’un tour de vis généralisé
 
Au cœur des revendications : le manque de transparence du CRPMEM (Comité Régional des Pêches) concernant les autorisations européennes de pêche (AEP), notamment pour le thon et l’espadon. Joseph Sanna vise directement Daniel Defusco, le Président du Comité Corse. « Il ne nous défend pas. De plus, en tant que président de l’OP du Levant, il a une double casquette qui ne permet pas de défendre le pêcheurs corses, il doit quitter son poste ».

A un an des élections, la rupture semble consommée entre une grande partie des pêcheurs insulaires et le président du Comité Régional. Joint par téléphone, Daniel Defusco répond : « Je trouve ces comportements irrespectueux et je trouve cela lamentable de s'en prendre à nos salariés. On monte des dossiers pour eux, pour les aider et voilà leur réponse. C'est de la mauvaise foi, il y a beaucoup de mensonges, ils font de la politique en vue des prochaines élections. Les autorisations de pêches, ce n'est pas moi qui les donne, c'est l'Etat ».
 
Parmi leurs revendications, les pêcheurs redoutent une extension progressive des autorisations européennes de pêches – et donc des quotas – à un nombre croissant d’espèces. « Aujourd’hui ce sont certaines espèces, demain ce pourrait être l’ensemble de nos prises », s’inquiètent-ils. Pour beaucoup, les décisions « arrivent sans explication préalable » et les orientations stratégiques ne sont pas suffisamment partagées. Le sentiment dominant est celui de découvrir des dossiers déjà ficelés.
 
Autre point de crispation : la mise en place de balises de surveillance électronique (VMS) à bord des navires. Les marins dénoncent un dispositif imposé sans réelle concertation, avec des obligations techniques et financières qu’ils jugent disproportionnées. « On nous impose des charges supplémentaires alors que la profession est déjà fragilisée », martèlent-ils. « On veut nous mettre ce dispositif comme un bracelet électronique pour nous empêcher de sortir pêcher trop loin des côtes. C’est complètement irréel »,  appuient-ils dénonçant une règlementation les obligeant à rester à moins de 5 miles nautiques de leur port d’attache.
 
Des aides jugées dérisoires
 
Les critiques se sont également tournées vers la Collectivité de Corse (CdC) et l’Office de l’Environnement de la Corse (OEC), notamment concernant les aides octroyées. Selon les pêcheurs, ceux qui pratiquent la vente directe ne seraient pas éligibles à certains dispositifs, comme par exemple pour les chambres froides : « On va vendre nos poissons avec des pains de glace ? On nous dit que c’est trop cher et qu’il faut faire des devis en Sardaigne, on marche sur la tête ». « Où sont les aides de la Collectivité de Corse ? », interrogent-ils. Ils rappellent avoir entendu parler d’un plan d'un million d’euros d’aides, sans en voir concrètement la couleur
 
Les montants réellement perçus, « quelques centaines d’euros », pour certains d’entre eux, ne couvriraient même pas les frais d’entretien des bateaux. « Les pêcheurs ne sont pas des nantis. Loin de là, Certains contractent des prêts pour continuer à travailler », insiste Joseph Sanna.

« Si rien ne change, d’autres actions suivront »
Au-delà des revendications techniques, c’est un malaise plus profond qui s’exprime : celui d’une profession qui dit subir les évolutions réglementaires plutôt que les construire. Les pêcheurs réclament davantage de concertation, une feuille de route claire et une représentation qu’ils jugent « forte, structurée et tournée vers l’avenir ». 
 
Le message est clair : « Si on ne nous fait pas des propositions concrètes, on mènera d’autres actions. Et ce ne sera pas l’hiver prochain ». Les menaces, à peine voilées, pourraient les conduire à effectuer des actions d’envergure en amont de la saison estivale. L’occupation s’est déroulée sans incident, mais elle marque un tournant. Sur les quais d’Ajaccio, le climat reste lourd. Pour les marins corses, l’avenir de la pêche insulaire « se joue maintenant ».