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Procès en appel des gîtes ruraux : Paul Giacobbi affirme "avoir été trahi" par son cabinet !


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 14 Février 2018 à 21:44 | Modifié le Jeudi 15 Février 2018 - 00:59


Coup de grisou dans l'univers feutré de la Giacobbie ! Au 3eme jour du procès en appel des gîtes ruraux, l'ex-député, Paul Giacobbi, président du Conseil départemental à l'époque des faits, reconnaît et déplore la fraude aux subventions, tout en continuant de clamer son innocence et son ignorance. Dans cette affaire de détournements de fonds publics au bénéfice de ses proches, il affirme avoir été "trahi" tout à la fois par Jean Leccia, assassiné en 2014, et par son cabinet, composé de deux conseillers, Dominique Domarchi et Augustin Viola, qu'il accuse "d'avoir abusé de sa confiance" par "intérêt personnel".


Paul Giacobbi, ex-député, ex-président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, président du Conseil général de Haute-Corse à l'époque des faits.
Paul Giacobbi, ex-député, ex-président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, président du Conseil général de Haute-Corse à l'époque des faits.
« J’ai été trahi ! ». Paul Giacobbi a, finalement, infléchi sa ligne de défense. Il est vrai que la précédente n’avait guère payé puisqu’il a été, non seulement reconnu coupable du délit de détournement de fonds publics dont on l’accuse, mais présenté aussi comme « le grand ordonnateur » et « le principal bénéficiaire » politique d'un système clientéliste au profit de ses proches et au préjudice du département de Haute-Corse. Il avait été condamné en janvier 2017 à 3 ans de prison, 100 000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité. Il a, donc, pris, en appel, de nouveaux avocats et adopté une nouvelle stratégie. Il entend désormais « défendre mon honneur ». S’il continue, comme en première instance, à clamer son innocence et son absolue ignorance des pratiques douteuses qui sévissaient sous sa présidence, il change de ton et de registre. Il passe du déni total - « Je n'en sais rien. Je n'en ai aucune idée. C'est curieux ! Que voulez-vous que j'en sache ! Je ne comprends pas. Je ne me l'explique pas », s’écriait-il en novembre 2016 – et de la description d’une administration parfaite, à la reconnaissance tardive et implicite d’une négligence : « Appelons un chat, un chat : il y a eu fraudes, il y a eu des vols… C’est affreux ! J’ignoraismais ça ne veut pas dire que je ne suis pas responsable ».

La trahison des conseillers
Comme en première instance, Paul Giacobbi met en cause Jean Leccia, alors directeur, assassiné en mars 2014, mais, - et c’est la surprise ! – lâche son cabinet et les deux conseillers qui le composaient, Dominique Domarchi, également assassiné, et Augustin Viola. « J’ai été surtout trahi par mes conseillers, mais j’en veux à Jean Leccia, il savait… Il aurait pu me dire s’il avait des pressions... Il était le garant d’un bon fonctionnement ». Il n’hésite même plus à mettre la charge : « Mes conseillers n’étaient pas des électrons libres, mais - et c’est ma faute ! - ils ont échappé à ma vigilance dans un but d’enrichissement personnel, familial et clientéliste, ils l’ont fait pour eux. Ça les servait eux pas moi ! ». Pressé de questions par la présidente de la Cour d’appel de Bastia, Véronique Maugendre, il va encore plus loin : « Il y a sans doute des choses que Mr Leccia me cachait. Il a été assassiné. On ne sait pas pourquoi, comme Mr Domarchi. Ça peut avoir un lien avec le Département. On se perd en conjectures... ». Pour sa part, précise-t-il « il ne subissait pas de pressions », mais il était « souvent absent » en raison de son mandat de député. « Je déléguais beaucoup… les dossiers de gîtes ne relevaient pas de mon périmètre… Je ne suis jamais intervenu ». Le cabinet, ajoute-t-il, détenait « une partie du pouvoir d'initiative » sur le budget des aides et subventions. En première instance, il n’avait pourtant rien à en dire et lui déniait tout pouvoir. Il était alors formel, ce n’était que « Des conseillers à la politique, pas à l'administration : ils peuvent traduire la rumeur publique, faire remonter ce que disent les maires… ».  Interrogé, mercredi matin, sur son intimité avec lesdits conseillers, il botte en touche : « Dominique Domarchi et Mimi Viola faisaient partie de mes amis, mais n'étaient pas une seconde famille pour moi ».
 
La faute des élus
Ensuite, l’ancien patron du département rejette, comme l’avait fait son avocat en première instance, une partie de la responsabilité sur le dos des élus de la Commission du monde rural, censée valider les subventions, et du Conseil général qui les votait. « L’Assemblée faisait ce qu’elle voulait… Je ne peux pas croire que les élus ne s’intéressaient pas aux dossiers de subventions quand certains dossiers concernaient des proches des membres de la Commission du monde rural... La commission, visiblement, ne fonctionnait pas normalement... Peut être les dossiers n’étaient-ils pas présentés, mais rien ne l’empêchait d’aller au fond des choses... ». A la présidente Maugendre qui s’étonne avec insistance que les bénéficiaires des aides lui soient proches, il répond : « Certes, il y a mon filleul, mon chauffeur ou la secrétaire de la mairie de Venaco, mais il y bien d’autres dossiers où ce n’est pas des proches… À chaque fois, je constate que ce sont des proches de gens qui sont plus proches de Mr Viola que de moi ». Pas rancuniers pour deux sous, le président et le rapporteur de la Commission du monde rural incriminée, respectivement Jacques Costa et Pierre Marie Mancini, ajoutent un maigre filet d’eau à son moulin. « Le cabinet faisait tout… Les fonctionnaires se plaignaient… Mr Giacobbi était absent », avance le premier.  « Je pense que Mr Giacobbi était isolé dans son bureau. Son cabinet pouvait influencer sans qu’il sache vraiment », tente le second.
 
La dernière carte à jouer
Lâcher les siens, faire retomber la faute sur son entourage politique, c’est, il est vrai, pour Paul Giacobbi, sa dernière carte à jouer. Et même la seule, ont du lui assener ses avocats qui, à la sortie de l’audience, s’empressent de pousser médiatiquement le bouchon. « C’est le principe même de la trahison : on n’est jamais trahi que par les siens ! Ce sont toujours les proches qui trahissent, parce que ce sont ceux en qui on a confiance, ceux à qui on est capable de laisser gérer quelque chose », martèle Me Alexis Gublin. Ce changement de stratégie ne convainc pas l’association Anticor qui avait déposé, le 20 mars 2015, une plainte contre X avec constitution de partie civile dans ce dossier. Son avocat, Me Jérôme Karsenti, qui avait beaucoup ferraillé en première instance, retourne le fer dans la plaie : « Tous les gens qui ont bénéficié de ces gites sont des proches de Paul Giacobbi, soit localement, soit des membres de son cabinet. Il y avait, c’est sûr, une entente : ces subventions étaient discrétionnairement attribuées à des bénéficiaires proches du pouvoir ». Un avis partagé par le procureur Clémence Caron qui affirme que tous les prévenus sont coupables de détournement de fonds publics. Le réquisitoire et les plaidoiries débuteront jeudi matin.
 
N.M.
 





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