(Photos Jeanne Soury et Gérard Baldocchi)
Alors que l’association Scola Corsa alerte depuis plusieurs jours sur un risque imminent de fermeture en raison d’une incertitude juridique et financière, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées mardi soir devant les préfectures de Bastia et d’Ajaccio à la suite d’un appel lancé il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. Du côté de Bastia, plus de 600 personnes, dont des dizaines d’élèves des écoles bastiaises, leurs parents et enseignants, et des personnalités politiques de tous bords étaient présents à la suite d’un appel lancé il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. Du côté d’Ajaccio, ils étaient près de 500 - parents, enseignants, militants associatifs, membres du STC et figures du mouvement nationaliste ou de l’opposition - à se rassembler dans une ambiance à la fois déterminée et combative pour défendre l’avenir de Scola Corsa et, au-delà, la place de la langue corse dans l’enseignement, et dénoncer une « inégalité territoriale » persistante.
Au cœur de leurs préoccupations : un modèle économique qu’ils jugent remis en cause, notamment par l’État. Le fonctionnement de Scola Corsa repose en effet en grande partie sur le soutien de la Collectivité de Corse, qui assure près de 70 % du financement, complété par les familles, les communes et le mécénat. Mais récemment, un contrôle de la Cour des comptes, suivi d’une procédure administrative à l’initiative du préfet de Corse, est venu fragiliser ce modèle. Si la subvention venait à être jugée illégale, c’est toute la structure qui s’effondrerait.
Dans les prises de parole à Ajaccio, les appels au dialogue se sont mêlés aux critiques plus fermes envers l’État. Pour la Ligue des droits de l’homme, par la voix d’Elsa Renault, « l’institution d’un bilinguisme n’interdit aucun accès à un espace public pour les non corsophones » et constitue au contraire « un puissant facteur d’intégration », appelant à garantir « l’existence, le développement et la transmission des langues régionales par le droit ». Sur un ton plus offensif, Jean-Pierre Luciani, secrétaire national du STC Éducation, a dénoncé « une discrimination territoriale ».
Face à cette situation, ils réclament la contractualisation de 11 enseignants, la seule manière, selon eux, de pérenniser le réseau Scola Corsa. « Nous avons déjà eu deux contractualisations l'année dernière qui viennent souligner le sérieux de notre travail, et nous demandons aujourd'hui la contractualisation généralisée. C'est quelque chose qui se pratique déjà dans les autres réseaux existants au niveau national, et ça a fait ses preuves », précise Pasquale Castellani, président de Scola Corsa Bastia.
À Ajaccio, Jean-Pierre Luciani a défendu « une contractualisation totale et généralisée », rappelant que « ce qui est permis ailleurs ne l’est pas en Corse ». Une revendication partagée par Pascal Riu, président de l’association de Sarrola, qui insiste sur une démarche « culturelle, pour nos enfants », tout en soulignant que cette contractualisation permettrait de sécuriser les postes, aujourd’hui 13 enseignants (dont seulement 2 contractualisés) pour environ 200 élèves, et de lever les blocages financiers.
À Bastia, munis de pancartes « Ùn vulemu micca perde a nostra scola », « Lingua corsa = più bella di u mondu » ou encore « A nostra lingua, a nostra forza », ce sont donc plusieurs centaines de personnes de tous horizons qui ont manifesté leur soutien à l’enseignement immersif. « Nous nous félicitons d'avoir un soutien massif de la population et de la société corse représentée dans toutes ses composantes : élus, chefs d'entreprises, syndicats, lycéens, particuliers. C’est vraiment un témoignage de l'importance qu’a Scola Corsa aujourd'hui dans la sauvegarde de la langue corse, et c'est une condition nécessaire à ce que notre réseau se pérennise. Il va continuer à vivre, nous en sommes convaincus. »
En Corse-du-Sud, dans la foule, plusieurs figures politiques locales ont affiché leur soutien, tandis que des élèves étaient également présents. À l’issue du rassemblement, une délégation a été reçue par le préfet et le recteur, avec l’objectif affiché de « trouver les moyens de sortie de cette situation de crise », même si, sur le terrain, beaucoup attendent désormais des avancées concrètes. Vers 18h30, c’est la délégation bastiaise, notamment composée du président de Scola Corsa, du maire de Bastia Gilles Simeoni et du député de Haute-Corse Michel Castellani, qui a été reçue en préfecture.
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