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Pierre Ghionga : « Pour protéger notre foncier, il faut un statut de résident »


Nicole Mari le Mardi 6 Août 2013 à 22:53

Conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses, qui a fait adopter, à l’unanimité des votants, le 17 mai dernier, le statut de coofficialité à l’Assemblée de Corse (CTC), Pierre Ghionga avait déjà participé au 1er débat organisé par Corsica Libera, lors des Ghjurnate d’août 2012. Lors du second débat du 5 août dernier, où il était également présent, il a annoncé, à l’inverse de Maria Guidicelli, qu’il était personnellement favorable au statut de résident. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il faut une adhésion populaire pour engager les négociations politiques avec Paris.



Pierre Ghionga, conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses.
Pierre Ghionga, conseiller exécutif en charge de la langue et de la culture corses.
- Vous participez au débat des Ghjurnate pour la seconde fois. Qu’est-ce que vous êtes venu dire, cette fois-ci ?
- Je suis venu dire que je suis content de participer à un consensus pour essayer de sortir cette île de l’ornière dans laquelle elle est engluée d’un point de vue social et économique. Il est important, de trouver un consensus entre les gens qui veulent avancer. En gardant, chacun, notre identité, nous allons essayer de faire un pas les uns vers les autres pour construire un projet commun qui permettra à notre île de redémarrer.
 
- Vous vous êtes prononcé, lors du débat, pour le statut de résident. Confirmez-vous votre prise de position ?
- Bien sûr ! Cela ne me gêne pas qu’il y ait un statut de résident ! Les modalités seront, ensuite, à définir lors des discussions. On peut s’orienter, peut-être, vers dix ans de résidence pour acquérir des terrains ou, peut-être, vers une résidence fiscale en Corse pour acheter un appartement ? Je pense qu’il est important d’afficher politiquement que, pour protéger notre foncier, il faut une mesure politique forte qui s’appelle, symboliquement, statut de résident.
 
- Pourquoi ?
- Il n’est pas normal que la Corse soit la région française qui compte le plus grand nombre de résidences secondaires. Dans les autres régions de France, il n’y a pas 70% des constructions qui sont des résidences secondaires. Ou alors, on veut que la Corse devienne le bronzodrome de l’Europe. Dans ce cas, on le dit clairement et on l’accepte. Moi, je ne l’accepte pas ! C’est pour cela que je dis qu’il faut une mesure politique forte, c’est-à-dire un statut de résident.
 
- Votre position est-elle partagée par l’Exécutif territorial dont vous faites partie ?
- C’est ma position personnelle. Le Président de l’Exécutif donnera la position officielle de l’Exécutif dans quelques temps.
 
- Maria Guidicelli est défavorable au statut de résident. Le débat est-il virulent sur le sujet dans la majorité territoriale?
- Bien sûr, le débat est virulent. Mais, c’est plus compliqué que cela ! Maria Guidicelli est favorable à des mesures fortes. Même si le mot de « résident » peut heurter, le Front de gauche est d’accord pour limiter les excès, dont je parlais tout à l’heure, à savoir la spéculation à tous crins pour construire des résidences secondaires. Leur objectif principal est de favoriser le logement social pour permettre aux plus démunis d’accéder à un logement décent. C’est un objectif que je partage.
 
- La langue est un sujet consensuel, pourtant le vote du statut de coofficialité n’a pas été simple à obtenir. Celui du statut de résident ne s’annonce-t-il pas très compliqué ?
- Comme tout, dès que l’on rentre dans les détails ! Peut-être que, derrière le mot de résident, je ne mettrai pas le même contenu que Jean-Guy Talamoni ! Il faut se servir du travail qui a été fait sur la langue pour évoluer, aussi, sur la fiscalité et le foncier. Prenons l’exemple de l’éducation dans le statut de coofficialité. Dans un 1er temps, le statut prévoyait un transfert total de la compétence éducative à la CTC. Puis, au fil des rencontres avec les syndicats et les partis politiques, nous avons vu que la majorité des gens ne nous suivait pas sur ce terrain-là. Nous sommes arrivés à la création d’un Conseil académique territorial qui aura en charge la mise en place, à part égales Etat-Région, du bilinguisme dans le système éducatif. Je pense que cette méthode doit servir d’exemple pour les deux autres dossiers.
 
- Le statut de coofficialité a été voté. Que faut-il faire maintenant ?
- Il faut obligatoirement attendre la réforme constitutionnelle. Mais, il y a, pour la langue, une difficulté supplémentaire. Je ne suis pas sûr que l’inscription de la Corse dans l’article 72-5 de la Constitution suffise pour obtenir le statut de coofficialité. Je pense qu’il faut toucher, pour cela, à l’article 1, alinéa 2, de la Constitution. Peut-être que la ratification par le gouvernement de la Charte des langues régionales permettrait de franchir cet obstacle !
 
- Mais, ratifier la Charte n’étant pas à l’ordre du jour gouvernemental, n’est-ce pas tout aussi aléatoire ?
- Justement, il faut œuvrer pour cette ratification. Sans quoi, nous risquons de nous retrouver dans une situation à la Tahitienne où tout ce qui est fait au niveau de la langue est anticonstitutionnel. Tahiti fait beaucoup de choses en Tahitien, mais ces choses sont souvent retoquées. Par exemple, lorsque des actes sont écrits seulement en Tahitien, des arrêts du Conseil Constitutionnel ou du Conseil d’Etat les déclarent illégaux parce que l’article 1, alinéa 2, n’a pas été touché. C’est, à mon avis, pour la langue, une difficulté supplémentaire.
 
- Sans réforme constitutionnelle, le statut voté ne sert à rien ?
- Bien entendu ! Le travail fait par l’Assemblée est essentiel. Mais, il faut que les propositions au niveau de la langue, de la fiscalité, du foncier…, soient largement partagées par les élus et validées par un référendum, c’est-à-dire, j’espère, acceptées majoritairement par les Corses. Là, nous pourrons monter à Paris dire : nous voulons ce statut pour la langue, la fiscalité, le foncier… Il faut bien être conscient que l’enjeu est le débat politique avec Paris pour faire changer le paradigme de cet Etat jacobin que nous avons en face de nous. Quelque soit, d’ailleurs, sa couleur politique, ce sera difficile de lui faire accepter de lâcher une once de ses prérogatives.
 
- Pensez-vous y parvenir ?
- Je crois que ce qui fait peur à cet Etat jacobin, vis-à-vis de l’Union européenne, c’est le déni de démocratie. Si vraiment, la Corse fait démocratiquement le choix de la réforme, ce sera difficile à l’Etat de nous dire : non. Si nous obtenons un vote majoritaire des Corses, le refuser sera un déni de démocratie. Et là, la France, qui se targue d’être une démocratie exemplaire et qui donne des leçons aux autres Etats, verra, à mon avis, au niveau international, son image gravement atteinte. Il faudra qu’elle assume son refus.
Propos recueillis par Nicole MARI

Pierre Ghionga aux Ghjurnate di Corti.
Pierre Ghionga aux Ghjurnate di Corti.


















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