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Nanette Maupertuis : « Nous attendons le Plan tourisme spécifique à la Corse annoncé par l’Etat le 14 mai dernier »


Nicole Mari le Mercredi 9 Septembre 2020 à 14:37

Le 3 septembre, le Premier ministre a présenté France Relance, le plan de refondation économique, sociale et écologique du pays après la crise liée au COVID 19. Ce plan de 100 milliards d’euros fixe trois priorités : l’écologie, la compétitivité et la cohésion pour une relance qui se veut verte, sociale et territoriale. Au-delà des effets d’annonce, qu’en est-il exactement ? Pour l’économiste et conseillère exécutive de la Collectivité de Corse (CdC), Nanette Maupertuis, également présidente de l’Agence du Tourisme de la Corse (ATC), si le principe est bon, elle ne cache pas son inquiétude sur le court terme. En amont de la visite du Président de la République et de la réunion avec le Secrétaire d’Etat au Tourisme, elle revient, pour Corse Net Infos, sur la feuille de route territoriale spécifique à la Corse, promise par le gouvernement et qui se fait attendre.




Nanette Maupertuis, conseillère exécutive en charge des affaires européennes et internationales à la Collectivité de Corse (CdC), membre du Comité européen des régions et présidente de l’Agence du Tourisme de la Corse (ATC).
Nanette Maupertuis, conseillère exécutive en charge des affaires européennes et internationales à la Collectivité de Corse (CdC), membre du Comité européen des régions et présidente de l’Agence du Tourisme de la Corse (ATC).
- Que pensez-vous du plan France Relance présenté par le gouvernement ?
- Le gouvernement en est seulement au stade des annonces médiatiques avec ce qui paraît être un plan de 100 milliards d’euros essentiellement basé sur une logique de soutien à l’offre. Cette crise sanitaire a généré un double choc : un choc d’offre et un choc de demande. Dans ce contexte, la grande difficulté pour un plan de relance est, d’une part, de soutenir la demande à très court terme, d’autre part de renouer avec une dynamique de croissance en soutenant l’offre à long terme. Visiblement le parti-pris du gouvernement est de soutenir l’offre. Ce qui se comprend puisque d’après les estimations de l’INSEE, la France va connaître, cette année, une perte de PIB (Produit intérieur brut) de l’ordre de 11%. Néanmoins, je suis assez inquiète pour le court terme, c’est-à-dire cet automne et cet hiver, mais aussi pour la saison 2021 qui doit débuter en mars prochain.
 
- Pourquoi ?
- La relance de la croissance à moyen et long terme et de l’investissement, c’est très bien, mais attention à la consommation ! La demande locale ou touristique va-t-elle suivre ? Ce n’est pas évident du tout ! D’autant le virus circule à nouveau très vite. Il est vrai que l’offre crée sa propre demande, mais, dans un contexte de crise aussi importante, si la consommation ne repart pas, ce sera problématique. Or, l’épargne s’accroît en France au détriment de la consommation. C’est normal, c’est une épargne de précaution, les gens sont inquiets. Mais c’est la demande, aussi, qui crée de l’emploi. Ce soutien légitime aux investissements et à la compétitivité des entreprises n’offre, aujourd’hui, aucune garantie de création d’emplois.
 
- Dans ce cas, peut-on vraiment parler de relance ?
- C’est plutôt un plan en faveur de la croissance sur le long terme, un plan de transition écologique, de soutien à la compétitivité des entreprises et de soutien à la cohésion sociale et territoriale. Néanmoins, il faut attendre de voir quelles en seront les déclinaisons concrètes. Par exemple, les 30 milliards d’euros pour soutenir l’investissement dans le domaine de la transition écologique, c’est très bien. Mais cela ne peut pas se faire en trois ou six mois sans une organisation et une volonté politiques fortes ! La rénovation énergétique, c’est du moyen, voire du long terme. La question est de savoir comment tout cela sera mis en œuvre pour obtenir des effets tangibles au plus tôt, car une récession n’est pas à exclure.
 
- Ce plan ne rejoint-il pas votre feuille de route du tourisme pour la Corse que vous avez déclinée dès 2016 ?
- Il y a de réelles opportunités pour la Corse dans ce plan à condition que les aides soient aisément mobilisables sur les territoires et qu’elles accompagnent ceux qui en ont besoin. La transition écologique est un de nos objectifs majeurs. Mon collègue Jean Biancucci, président de l’AUE (Agence de l’urbanisme et de l’énergie de la Corse) travaille à la transition énergétique. De même, nous avons plusieurs projets pour un tourisme plus durable. Mais je le répète, ce n’est pas le court terme qui est visé par le plan France Relance. C’est la même chose avec les 34 milliards d’euros alloués à la montée en compétitivité des entreprises, il faut faire attention à leur déclinaison à l’échelle régionale. Cela aidera les entreprises les plus importantes, y compris dans le domaine du tourisme, à soutenir leur compétitivité, mais il n’est pas évident du tout que les TPE (Très petites entreprises), qui constituent le tissu productif insulaire, puissent bénéficier pleinement de ce type de mesures. Donc, il faut être très vigilant et penser des dispositifs simples et efficaces pour les entreprises. Et surtout avoir des garanties en termes de maintien ou de création d’emplois. Les effets d’aubaine sont à proscrire !
 
- En tant que représentante de la Corse dans une instance européenne, vous défendez activement la politique de cohésion. Cet aspect-là du plan devrait donc vous satisfaire ?
-  Ces 36 milliards d’euros, qui seraient consacrés à la cohésion sociale et territoriale, seront les bienvenus. Il est temps que le gouvernement entende et écoute les territoires parce que très souvent, ce sont les régions, les départements et les communes qui ont été en première ligne dans la crise du COVID. Les citoyens s’adressent directement aux élus du terrain quand ils sont en difficulté, tant du point de vue de la gestion sanitaire que de l’urgence sociale. Reste à voir, là aussi, comment cet aspect du plan sera décliné. Quelle sera la méthode, notamment dans les relations avec les territoires ? Le Comité des régions et villes européennes demande à ce que l’échelon régional soit totalement associé aux Etats membres dans l’utilisation des fonds mobilisés par l’Union européenne. Il doit en être de même pour le plan France Relance de 100 milliards.

- Qu’en attendez-vous pour la Corse ?
- La situation économique et sociale en Corse est relativement plus grave que dans d’autres régions françaises, mise à part l’Ile de France où le choc COVID-19 a succédé aux mouvements sociaux de 2018 et 2019. D’après les derniers éléments dont je dispose, la perte du PIB de l’économie insulaire est estimée à 15,5% contre 11% au niveau national. Le choc a été amplifié par notre forte spécialisation touristique. Nous ne retrouverons de bons chiffres et une conjoncture à peu près équilibrée qu’à partir de 2022, si tout va bien, c’est-à-dire sans autre coup dur. La Collectivité est en train de travailler à un plan de relance global de l’économie corse en cohérence avec les différents fonds de relance européen - le Green deal, ReactEU… - et désormais avec le plan France Relance. Le tourisme est évidemment, pour nous, un enjeu de taille, et nous avons prévu une feuille de route spécifique pour ce secteur.
 
- France Relance ne prévoit que 50 millions d’euros pour le tourisme, c’est très peu !
- Si c’est le cas, c’est effectivement relativement faible pour un secteur clé de l’économie française ! Ceci dit, le tourisme est un secteur transversal qui peut tout à fait émarger sur la transition écologique, sur la question de la compétitivité des entreprises et sur la dimension sociale. Le gouvernement a laissé entendre qu’il y aurait d’autres annonces. Nous allons suivre avec une grande attention tous ces éléments-là. Pour ma part, je m’en tiens pour l’instant à l’annonce faite, le 14 mai dernier, par le Comité interministériel du tourisme (CIT), d’une feuille de route territoriale pour la sauvegarde et la relance du tourisme corse. Nous y travaillons avec les acteurs du tourisme depuis trois mois, même si les contraintes de la saison ont un peu ralenti le processus. Nous avons des propositions très concrètes auxquelles ont contribué toutes les représentations socioprofessionnelles liées au secteur.
 
- Quelles propositions ?
- Elles émanent des sept groupes de travail et de la trentaine de réunions que nous avons organisées. Nous avons convergé vers huit mesures importantes qui doivent encore être stabilisées. Par exemple, une demande de soutien à l’investissement en cohérence avec la feuille de route du tourisme que nous avons votée à l’Assemblée de Corse en avril 2018. Un soutien à la promotion touristique et à la mise en valeur de sites patrimoniaux en Corse. Un soutien à la formation du capital humain, que ce soit la formation continue, pour les saisonniers notamment, ou la formation initiale avec la revendication par les socioprofessionnels d’une école du tourisme. Reste à voir maintenant combien l’Etat est prêt à mettre pour prendre en compte la spécificité de la crise du tourisme corse…
 
- C’est-à-dire ?
- Le tourisme en Corse n’est pas celui d’une région continentale. Près de 33% de notre PIB dépend du tourisme contre 7,4% sur le continent. C’est un chiffre bien au-dessus de celui de la Région Sud et même de l’Ile de France. Or, notre île a été coupée du monde pendant trois mois. Les touristes, même français, ne pouvaient pas arriver en train ou en voiture jusqu’ici, même après le déconfinement. Il y a eu beaucoup de tergiversations au niveau des transports. Souvenez-vous du couac, le 2 juin, autour de la possibilité de se rendre en Corse… Ensuite, notre tissu touristique est composé de TPE familiales, sans soutien possible d’un grand groupe, qui, de plus, font travailler tout un écosystème de proximité. Les pêcheurs, les éleveurs, les viticulteurs, les blanchisseries etc. Toutes ces activités ont perdu une partie de leurs débouchés. Enfin, ici, la saisonnalité est très marquée : la moitié des nuitées est réalisée en juillet et août… Nous ne sommes pas à Paris ou à Lourdes où la fréquentation est continue. Si la saison est mauvaise, il faudra attendre la prochaine pour espérer « se refaire ».

La campagne de communication de l'ATC en juin.
La campagne de communication de l'ATC en juin.
- Justement, quel premier bilan tirez-vous de la saison touristique en Corse ?
- Il ne s’est rien passé de mars à juin. La fréquentation a baissé de 30% en juillet et de 10% en août. La Corse a perdu 50% de ses nuitées de l’année. C’est énorme ! Certes, il y a eu du monde au mois d’août. Le tourisme intérieur a aussi fonctionné. Même si des entreprises ont travaillé et même bien travaillé en août, elles n’ont pas forcément – et on les comprend ! – beaucoup embauché. Ce mois d’août ne rattrape pas les pertes subies depuis le mois de mars d’autant que les signaux, pour le mois de septembre, ont viré brutalement au négatif la semaine dernière du fait des annonces sanitaires. La perte totale de chiffre d’affaires pour les entreprises, depuis le début de la saison atteint 50%. C’est une moyenne. Certains sont tombés à -70%, voire plus. Avec à la clé, des pertes d’emplois très importantes. L’emploi a servi de variable d’ajustement. Et la conséquence va être plus de chômage et donc, moins de consommation, comme je l’évoquais précédemment.
 
- La Corse placée en zone rouge de circulation active du COVID, cela plombe-t-il totalement les espérances de l’après-saison ?
- Bien évidemment ! La Corse aurait pu s’appuyer sur une arrière-saison touristique parce qu’en septembre et octobre, elle bénéficie d’un climat bien meilleur qu’ailleurs et que l’ATC avait fait une belle campagne de promotion dans ce sens. Des étrangers, notamment des Autrichiens, des Allemands et des Suisses qui apprécient la pleine nature, avaient fait leurs réservations de septembre à la Toussaint. Avec la Corse placée en zone rouge, les annulations s’enchaînent. Sauf que l’après-saison représente en général 27% de l’ensemble de la saison touristique. Tout ce manque à gagner dans le domaine du tourisme va se répercuter dans l’agroalimentaire, le bâtiment, les services aux entreprises… On peut s’attendre à une propagation des difficultés économiques et sociales dans d’autres secteurs.
 
- Le plan France Relance ne permettra-t-il pas d’amortir le choc ?
- Mon souci avec le Plan de relance global du gouvernement, c’est qu’il ne va pas, comme je l’ai dit, généré des effets à la rentrée. Or, l’économie corse étant très spécialisée sur le tourisme, nous en sommes déjà à penser comment sauver la saison 2021. Il faut absolument que notre feuille territoriale du tourisme soit élaborée et finalisée très rapidement avec un engagement de l’Etat à la hauteur des enjeux économiques, sociaux et environnementaux que nous avons à affronter. Je suis très inquiète concernant ce qu’il va se passer cet hiver et même la saison prochaine.
 
- Que devient ce plan spécifique promis par l’Etat ? Croyez-vous à sa mise en place ?
- Le Plan tourisme spécifique à la Corse est un engagement pris par l’Etat. Je le répète : il figure dans le Plan de relance du tourisme annoncé au Comité interministériel Tourisme (CIT) du 14 mai dernier. Le CIT spécifie noir sur blanc dans sa mesure n°21 : « En complément des mesures déjà annoncées, les problématiques particulières rencontrées par certains territoires touristiques, comme l’Outre-Mer, Lourdes et la Corse, dans l’adaptation à la crise et ses conséquences, souvent du fait du choc porté à la connectivité et aux déplacements internationaux, feront également l’objet d’un accompagnement spécifique ». C’est très clair ! La Corse doit bénéficier d’une feuille de route territoriale sur-mesure. Je n’ai pas connaissance d’une feuille de route qui aurait déjà été élaborée pour Lourdes ou pour les Outre-Mer. Nous avons eu plusieurs échanges et navettes avec les services de l’Etat. Nous attendons de la rencontre prochaine que nous aurons avec le Secrétaire d’Etat au tourisme à Bunifaziu que les réponses soient à la hauteur des enjeux et des spécificités de notre territoire.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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