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Michel Castellani : « Nous ne lâcherons rien sur la question corse ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 9 Janvier 2019 à 21:00 | Modifié le Mercredi 9 Janvier 2019 - 23:04


Avant la reprise des travaux parlementaires qui aura lieu mardi prochain, le député de la 1ère circonscription de Haute-Corse, Michel Castellani, a dressé le bilan de son action et de celles de deux autres députés nationalistes pour l’année 2018. Un bilan d’étape résumé dans un journal d’activité de quatre pages qui servira de base à un cycle de cinq réunions publiques dans chacune des microrégions de la circonscription. L’occasion, explique l’élu bastiais, d’aller à la rencontre des maires et d’échanger avec la population sur tous les sujets locaux et nationaux. Il réagit, pour Corse Net Infos, sur l’actualité des gilets jaunes, du grand débat national qui commence, et sur le report sine die de la réforme constitutionnelle.


Michel Castellani, député de la 1ère circonscription de Haute-Corse.
Michel Castellani, député de la 1ère circonscription de Haute-Corse.
- Après cette nouvelle année parlementaire, avez-vous le sentiment du travail accompli ?
- Nous avons essayé d’être fidèles à la promesse que nous avons faite aux électeurs tout au long de la campagne électorale, c’est-à-dire de défendre la Corse pied à pied. Et la Corse, nous l’avons défendue au sens noble du terme, sur le plan fiscal, culturel, économique et politique…, et aussi sur un certain nombre de plans sectoriels : les hôpitaux, les collèges, les Chambres de commerce, les incendies, l’agriculture, les prisonniers, l’IRA… Nous avons essayé d’être des députés présents, de sortir de l’anonymat, d’intervenir sur des sujets avec un maximum de compétences et un peu de hauteur pour être crédibles. Notre objectif est de donner une image positive de la Corse, sans se laisser enfermer sur la question corse.
 
- C’est-à-dire ?
- Nous avons essayé de défendre un certain nombre de principes qui engagent l’avenir de la société française qui doit être plus solidaire. Nous sommes intervenus sans arrêt en Commission des finances et dans l’hémicycle pour tenter d’obtenir une convergence fiscale qui est la condition sine qua non de la réussite de l’Union européenne. Nous nous sommes prononcés pour la maîtrise des traités internationaux et pour une meilleure politique de co-développement de la part des grandes nations industrialisées. Nous avons été indiscutablement les députés de la Corse, nous sommes identifiés comme tels, mais, en même temps, nous sommes des députés qui intervenons sur tous les sujets qui se présentent dans l’hémicycle.
 
- Y-a-t-il une réussite dont vous êtes fier ?
- Nous avons la fierté de répondre à la confiance que les Corses ont mise en nous. Notre première réussite est de nous être imposés comme des députés qui sont, aujourd’hui, reconnus, identifiés et crédibles. Il fallait le faire parce qu’au départ, il y avait de grands doutes quand à la capacité de députés néophytes à s’imposer à l’Assemblée nationale ou, en ce qui me concerne, à la Commission des finances. Ce n’est pas simple ! Sur le plan sectoriel, nous avons réussi à ériger la Corse en zone de développement prioritaire. Nous avons, aussi, arraché une chose demandée depuis longtemps : le crédit d’impôt Innovation et le crédit Recherche. Ce que nous avons surtout réussi, c’est de poser la question corse à très haut niveau, à chaque ministre et dans tous les groupes de l’Assemblée nationale, à faire œuvre de pédagogie. J’espère que ce travail, que nous avons engagé et qui continue, paiera un jour ou l’autre.
 
- Quel est l’échec qui vous laisse un goût amer ?
- Je n’ai pas de goût amer parce que je connais trop les aléas du temps, de la politique et de la démocratie. Nous nous sommes engagés à bloc sur la réforme constitutionnelle à cause des articles qui concernaient spécifiquement la Corse. Est arrivée l’affaire Benalla qui a cassé la dynamique. A mon avis, elle ne reprendra plus ! C’est un coup pour rien ! Cela nous a quand même permis d’affiner nos positions, de discuter et d’expliquer à des élus de tous bords les différents aspects de notre conception de la solution de la question corse. Je précise aussi que l’affaire Benalla n’a été qu’une excuse, le gouvernement a pris conscience, devant les résistances, que jamais il n’obtiendrait les 3/5ème des votes au congrès.
 
- La réforme constitutionnelle est de nouveau repoussée. Pensez-vous qu’elle le soit sine die ?
- Il est évident que la situation politique étant extrêmement tendue et immédiate, ipso facto la réforme constitutionnelle passe au second plan. A mon avis, elle court le danger très net d’être repoussée ad vitam aeternam. Pour l’instant, l’urgence est de régler la question sociale dite des Gilets jaunes. Il y a le feu à la maison, il faut, d’abord, éteindre l’incendie. Ceci étant, les autres questions fondamentales de la société française perdurent, il faudra les poser.
 
- Ce report est problématique pour la Corse. Que comptez-vous faire ?
- Nous nous adapterons à la situation. Nous ne lâcherons pas la question corse, c’est une évidence, nous sommes à Paris avant tout pour cela ! Si la réforme constitutionnelle tombe complètement à l’eau, nous ré-aborderons les choses sous un angle différent, nous demanderons une loi spécifique pour la Corse, une série de règlements… Nous essaierons d’adapter la fiscalité, d’avancer sur le plan de la langue et de la culture… Nous verrons bien… Ce que je peux promettre, c’est qu’on ne lâchera rien !
 
- Que pensez-vous du grand débat national qui débute ?
- Dans la démocratie, le débat est toujours une bonne chose, mais il faut qu’il soit maîtrisé, qu’il ne devienne pas une cacophonie. Le gouvernement a défini un certain nombre de thèmes de façon à le canaliser. Espérons qu’il en sortira des propositions cohérentes et surtout plausibles parce que dans l’explosion actuelle des idées, j’en entends certaines qui ne sont pas du tout applicables. J’attends de voir très précisément ce qu’on attend de nous, mais il est évident que nous interviendrons dans l’hémicycle sur les grandes questions que le gouvernement souhaite poser à la représentation nationale.
 
- Quelle est votre position concernant les revendications des Gilets jaunes ?
- Le fond du problème est social. Les Gilets jaunes, c’est une explosion sociale qui naît du fait qu’une société ne peut pas vivre avec un quart de la population sur les marges dans une précarité plus ou moins dure. C’est impossible ! Ces conditions sociales ont mis le feu aux poudres avec, comme détonateur, un certain nombre de formules maladroites du président Macron. Ces formules sont apparues comme provocatrices. Maintenant, le mouvement des Gilets jaunes part aussi dans tous les sens. Certains aspects sont désagréables : on ne peut pas remettre en cause la démocratie, ni remettre en cause globalement tous les élus, comme je l’entends quelque fois. On ne peut pas proposer de gérer un pays de 65 millions d’habitants comme on gérait 30 000 personnes à Athènes, il y a 2500 ans ! Il faut aussi un peu de crédibilité !
 
- On glose beaucoup sur une possible dissolution de l’Assemblée nationale. Y croyez-vous ?
- Je n’en sais rien ! Cela dépendra de la façon dont le climat social évoluera dans les semaines qui viennent. Il est évident que si la contestation perdure, si elle devient plus dure, si le gouvernement ne réussit plus à maîtriser la situation, des fusibles sauteront. Parmi ces fusibles, le plus important, hormis le président de la République, est la dissolution de l’Assemblée nationale et le retour aux urnes. C’est une possibilité à envisager très sérieusement.
 
- A côté de la contestation sociale, quel autre grand défi se pose en 2019 ?
- La contestation sociale, qui est permanente dans la rue, est, bien évidemment, le sujet immédiat, mais cela ne veut pas dire que ce soit le seul problème. Malheureusement, il y en a d’autres. Je n’en citerai qu’un seul : le développement durable et le réchauffement climatique. C’est une question qu’il faudra bien, un jour ou l’autre, aborder très sérieusement parce que, là aussi, il y a le feu à la maison ! Il y a d’autres questions comme, par exemple : la structure d’Etat en France. Va-t-on rester à perpète sur une structure d’Etat-nation qui nie les spécificités territoriales ? C’est pour poser ce type de questions que nous avons, entre autres, créer un groupe Libertés et Territoires. Derrière le problème immédiat des Gilets jaunes se cache toute une série de questions pendantes.
 
- Les grandes réformes prévues, notamment celles des retraites, pourraient-elles être remises en cause ?
- A mon avis, tout va être remis en question ! Ce sont toutes les bases même de l’approche macroniste des budgets et des équilibres sociaux qui sont remises en cause. Jusqu’à quel niveau ? A quel profondeur ? Sur quels équilibres, le centre de gravité politique va-t-il évoluer ? Je n’en sais rien ! Tout cela dépendra du rapport de forces, du bras de fer social.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

Un bilan d’action en quelques chiffres

Michel Castellani et son équipe.
Michel Castellani et son équipe.
Membre de la Commission des finances, de l’économie et du contrôle budgétaire, le député Michel Castellani fait, aussi, partie de la Mission d’information relative aux freins à la transition énergétique. Il est secrétaire du groupe d’études « Langues et cultures régionales » et secrétaire du groupe d’amitié France-Italie, également membre des groupes « Patrimoine, pauvreté, précarité et sans-abri », « RSE – responsabilité sociale des entreprises », « Export – Investissement – Compétitivité ».
« En 2018, je compte 46 semaines de présence à l’Assemblée nationale, près de 400 interventions dans l’hémicycle dont 14 à la tribune, et 185 en Commission des finances. J’ai proposé 578 amendements, signé 1230 amendements et 11 propositions de loi. J’ai déposé 2 propositions et 15 questions écrites, et posé 9 questions orales. J’ai multiplié les contacts avec les ministres sur de multiples sujets : difficultés des agriculteurs, rapprochement des prisonniers, logement social, écoles du Nebbiu, collège de Luri, IRA de Bastia, blocs opératoires, psychiatrie et trésorerie de l’hôpital, volume du personnel à RCFM, moyens de protection antipollution du canal de Corse, greffe du tribunal, production énergétique de l’île, moyens de lutte anti-incendies, MACOTAB, intérêts de nos Chambres de commerces, de nos buralistes… ».



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