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Manifestation à Bastia : Entre colère, violence et détermination, la mobilisation ne faiblit pas


Nicole Mari le Dimanche 13 Mars 2022 à 22:06

Plus de 8000 personnes ont manifesté, dimanche après-midi à Bastia, 12 000 selon les organisateurs, en soutien à Yvan Colonna, pour demander la libération des prisonniers, la reconnaissance du peuple corse et une solution politique. A l’appel d’un collectif réunissant l’ensemble du mouvement national, le cortège, parti du Palais de Justice, a atteint dans le calme, la Préfecture où des incidents ont très vite éclaté entre des jeunes manifestants et les forces de l’ordre. L’affrontement a duré près de cinq heures.



La manifestation, dimanche 13 mars à Bastia.
La manifestation, dimanche 13 mars à Bastia.
« On ne lâchera rien ! ». Devant le Palais de justice de Bastia, il est à peine 14h30, mais la foule est déjà là. Tout le monde se demandait si après une semaine de tension, la fatigue, le froid, la pluie, et la tempête annoncée en auraient découragé beaucoup, il est apparu très vite que la mobilisation serait, si ce n’est aussi massive qu’à Corti dimanche dernier, du moins d’importance manifeste. Dans la foule, des jeunes, beaucoup de jeunes en nombre assez impressionnant, mais aussi beaucoup d’adultes de tous âges, des gens âgés, des anciens de l’ARC et de l’UPC. Sur tous les visages et dans toutes les voix, se lit ou s’entend la même détermination : « On ne lâchera rien ! On ira jusqu’au bout ». Les mêmes banderoles « Statu Francese assassinu », « Ghjustizia et Verità », « Ghjè ora 1988 – 2022 Liberta Ferrandi Alessandri ». Derrière cette banderole, des membres de la famille d’Alain Ferrandi : « Pour nous, la levée du statut de DPS est un pas en avant, mais ce n’est pas suffisant. On exige le rapprochement immédiat d’Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri avec des dates. C’est la raison pour laquelle nous sommes là aujourd’hui, mais aussi pour d’autres raisons, pour la vérité sur la tentative d’assassinat d’Yvan Colonna et pour la reconnaissance du peuple corse : les trois thèmes essentiels pour lesquels nous sommes tous ici aujourd’hui », commente sa sœur Marie-Rose. Son autre sœur Simone donne des nouvelles de l’état d’esprit d’Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri : « Par rapport à l’état dans lequel est Yvan, c’est très compliqué pour Alain et Pierre. Ils sont meurtris. Ils avaient l’espoir de rentrer, mais pas dans ces conditions-là. Ils espéraient rentrer tous les trois, ensemble ». Quelques mètres plus loin, sur le boulevard Paoli, un portrait géant d’Yvan Colonna est déployé dans le cortège qui se forme, porté par quatre militants. Le portrait s’étale également sur le dos de tee-shirts. Beaucoup de jeunes sont vêtus de noir et prêts pour la bataille. « Oghje u populu hé in carrughjiu ,eiu vicinu a u me fratellu cu amichi , sustegnu sta mossa popularia e vi ringraziu a tutti .amicizia militante », tweete Stéphane, le frère d’Yvan Colonna.

La mobilisation d’un peuple
La pluie commence à tomber fine, loin de l’orage attendu, des parapluies s’ouvrent, les capuches remontent sur les têtes, et le cortège finit par s’ébranler une dizaine de minutes après 15 heures, avec les mêmes slogans. Derrière les banderoles des jeunes toujours en tête du cortège, les quatre partis du mouvement national avancent, bien départagés, chacun groupé derrière une banderole, dans une unité qui n’est que de façade. Core in Fronte fait bloc juste derrière les jeunes, suivent à distance le PNC et ensuite Corsica Libera, en fin de cortège, Femu a Corsica fait masse autour du président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, de la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, et de tous les élus de la majorité territoriale, un peu plus loin encore Eculugia sulidaria. « La mobilisation est, une fois de plus, impressionnante. C’est la jeunesse corse, le peuple corse dans toute sa diversité qui est dans la rue. La seule réponse que peut apporter le gouvernement et l’Etat, c’est de proposer un acte politique de haut niveau et d’ouvrir un processus de négociations pour construire une solution politique en Corse », commente sobrement Gilles Simeoni, visiblement fatigué. Les visages sont tendus, concentrés, certains inquiets de la violence que tous savent impossible à empêcher. « La mobilisation doit rester intacte et le rapport de force doit s’instaurer. Bien entendu, nous, nous appelons au calme, que les choses se passent bien, mais on sait qu’il y aura des débordements. Il faut aussi que le gouvernement comprenne qu’il faut ouvrir des négociations et nous répondre très clairement. Je fais confiance au président de l’Exécutif pour mener à bien ces négociations. Aujourd’hui, la jeunesse s’est levée, le peuple corse s’est levé, et nous, nous sommes aux responsabilités et nous assumerons nos responsabilités », déclare le vice-président de l’Assemblée de Corse, Hyacinthe Vanni. « La mobilisation a bien fonctionné, malgré les conditions météo. C’est un point très important parce cela nous tient à cœur. Nous allons rester très attentifs à ce qui va se passer dans les jours qui viennent et aux signes que va nous envoyer le gouvernement. Nous voulons rapidement avoir une date pour le rapprochement. On sait très bien que du moment que le statut de DPS est levé, rien ne s’oppose au rapprochement de Pierre Alessandri, d’Alain Ferrandi, il est important que leurs familles connaissent rapidement la date de leur retour en Corse, la date de leur conditionnalité et de leur libération », ajoute le maire de Bastia, Pierre Savelli.
 
Une jeunesse en marche
Le cortège descend calmement au rythme des slogans le boulevard Paoli, remplissant tout l’espace, débordant sur les trottoirs. La tension monte à mesure que l’on se rapproche du point d’arrivée : la préfecture de Haute-Corse. La colère affleure aussi. « La mobilisation est importante et le peuple corse doit rester mobilisé jusqu’à ce qu’il obtienne quelque chose et pas seulement des déclarations d'intention et d'autres formules pour désamorcer ce qui se passe. La jeunesse fait l’éclatante démonstration que ceux qui, à Paris, misent sur l’essoufflement de la cause nationale corse, se trompent lourdement. Cette jeunesse a montré non seulement sa maturité politique, mais aussi sa force de mobilisation, elle doit être encouragée et appuyée par tout le peuple », estime Eric Simoni, membre de l’Exécutif de Corsica Libera. Un sentiment assez uniment partagé : « Cette manifestation est une réussite. Cela prouve que le peuple corse continue d’être mobilisé autour de cette cause et qu’il faut aboutir à des solutions politiques telles qu’elles ont été émises, notamment à Corte. On n’est pas dupe d’une annonce qui est faite simplement pour faire baisser la tension. Il faut vraiment un acte politique majeur qui engage le gouvernement dans un processus de règlement global de la question Corse », prévient Denis Luciani, Président de l'Associu di i parenti corsi. Dans le cortège, beaucoup d’artistes et d’acteurs culturels, comme Michè Leccia, porte-parole du Collectif Parlemu Corsu : « Il faut être solidaire avec la famille d’Yvan Colonna - c’est une évidence ! - et avec cette jeunesse qui en a assez de voir que le peuple corse est nié dans son existence même. Elle s’est mobilisée pour que le peuple corse soit reconnu ».

Le scénario de Corti
La tension monte de plus en plus quand le cortège tourne à l’angle du boulevard Paoli, rejoint l’avenue Maréchal Sebastiani et atteint rapidement le rond-point de la préfecture, le fond du cortège, lui, touche toujours le Palais de justice. Une première estimation officieuse fait état de 8000 personnes. La préfecture finira par en annoncer 7000, c’est-à-dire beaucoup plus que son annonce de 4000 le dimanche d’avant à Corti qui avait, en réalité, rassemblé 15 000 personnes. Les organisateurs avancent encore pour Bastia le chiffre de 12 000 à 15 000 personnes. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a foule. Une banderole « U statu Francesce assassinu » est accroché aux grilles de la Préfecture. Il est environ 16 heures. Et là, tout se dégrade très vite, trop vite selon certains. A l'écart, sur la gauche, des groupes cagoulés et masqués – 300 jeunes dira plus tard la Préfecture - se préparent à en découdre. Les divers appels lancés par la famille d’Yvan Colonna, les élus ou la société civile, « à agir sans violence et dans la plus grande dignité » sont restés vains. Le cycle des violences reprend. C’est le même scénario qu’à Corti qui va se dérouler pendant presque cinq heures. Cocktails Molotov, pierres, fumigènes, s’abattent sur les CRS planqués derrière les grilles qui ripostent par une pluie de grenades lacrymogènes. Les manifestants aveuglés et enfumés reculent précipitamment dans les rues adjacentes. « C’est de l’ultra-concentré. On n’arrive pas à respirer. On veut nous faire reculer », crient des jeunes, des masques à gaz sur le visage. « Ce n’était pas prévu comme ça », commentent deux jeunes gens à peine âgés d’une quinzaine d’années qui se mettent à l’abri. Comme à Corti, la foule des manifestants reste sur place, avenue Sebastiani et rue Gabriel Pieri, et suit le cours des affrontements. Toujours comme à Corti, la jeunesse salue avec enthousiasme ceux qui montent à l’assaut ou se replient momentanément dans un rituel déjà bien rodé. On a l’étrange impression d’assister à l’arrivée d’une course de fond ou d’un marathon.
 
L’attente d’un geste
Du côté des élus, l’inquiétude, restée sourde jusque-là, s’affiche sur les visages. Vers 17h30, les pompiers interviennent pour secourir les premiers blessés. Il y en aura au total 38 dont 24 forces de l’ordre et 1 passant. Lorsque les CRS chargent, la foule reflue vers le fond de la place et des groupes cagoulés incendient le bâtiment des impôts, près du rond-point du Novelty. Les affrontements continuent sur des hots points du centre-ville jusqu’en début de soirée. Des jeunes manifestants, qui rentrent chez eux à pied, faute de bus, commentent. « Faut pas que ça s’arrête là ! Si ça s’arrête maintenant, l’Etat ne nous prendra pas au sérieux », lance un adolescent. Un groupe de filles renchérit : « Si la situation se calme, on n’avancera plus et l’Etat ne nous fera que des promesses non tenues ». C’est pour eux le nœud du problème, comme l’explique une frêle jeune fille de 17 ans : « On attendait de voir ce soir si le gouvernement faisait un geste pour qu'on puisse rentrer en cours demain, mais il n’a rien fait, alors, on repart en manifestation. On verra au jour, le jour, mais il n’est pas question d’arrêter ».

N.M.

Le Centre des impôts (DGFIP) rès du rond-point du Novelty a été incendié.
Le Centre des impôts (DGFIP) rès du rond-point du Novelty a été incendié.

















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