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Les Corses et la sexualité (4/5) : les personnes âgées


Christophe Giudicelli le Dimanche 4 Janvier 2026 à 19:55

Pour ce quatrième volet Corse Net Infos explore un autre tabou : la sexualité des personnes âgées. Contrairement aux idées reçues, les seniors corses continuent d’aimer, de désirer et de vivre une intimité active et évolutive. Entre transformations du corps, besoin de tendresse, difficultés physiques et manque d’information, Laurélène Cavallini-Negrel, sexothérapeute à Porto-Vecchio, et Anaïs Mattei, sexothérapeute à Bastia, lèvent le voile sur une sexualité trop souvent invisibilisée.



Les Corses et la sexualité (4/5) : les personnes âgées (crédit photo: Elisa Timotei, l'amour dur.e)
Les Corses et la sexualité (4/5) : les personnes âgées (crédit photo: Elisa Timotei, l'amour dur.e)
30 % de la population corse a plus de 60 ans, soit près de 108 000 personnes selon l’INSEE. Et brisons un tabou d’entrée de jeu : passée la soixantaine, les seniors ne s’enferment pas dans une cage de chasteté. « On ne parle jamais des personnes âgées. Il y a beaucoup d’idées reçues comme quoi, à partir d’un certain âge, on estime qu’il n’y a plus de sexualité car ils sont vieux, qu’ils ont des maladies » explique Anaïs Mattei, sexothérapeute à Bastia.
Une idée préconçue qui s’explique en partie par les liens familiaux affectifs, précise également Laurélène Cavallini-Negrel, sexothérapeute à Porto-Vecchio : « Alors, c’est peut-être une naïveté, ou peut-être cela nous rassure que nos grands-parents n’ont plus de désir ou de relations sexuelles. Ce qui est faux ! »

Pourtant, la situation est bien différente de l’image que nous nous faisons collectivement de la sexualité des seniors, argumente sa consœur bastiaise : « Certains vieux ont une vie sexuelle plus acharnée que celle des jeunes ! C’est au cas par cas, mais les vieux font l’amour !! C’est une réalité !! »

Une fois ce constat posé, qu’en est-il de la réalité de la sexualité des seniors ? Pour Laurélène Cavallini-Negrel, il s’agit avant tout « d’une sexualité et de problématiques qui évoluent ». Pas de fatalisme : la sexualité ne disparaît pas et s’adapte avec l’âge. « On peut vieillir en conservant une sexualité épanouie. Elle se transforme. On parle moins de performance, mais plus de sensualité, d’intimité. Le corps change, mais le désir d’être touché et désiré reste intact ».

Un désir qui ne disparaît pas, mais qui n’est pas toujours assouvi. Le vieillissement peut, chez certaines personnes, entraîner un sentiment d’indésirabilité ou une difficulté à trouver sa place. Des conséquences émotionnelles importantes, raconte Laurélène Cavallini-Negrel :
« Une personne que j’avais reçue, d’environ 75 ans, me disait que c’était dur d’être seul, de ne plus être désiré, et de ne pas vivre quelque chose d’émotionnel avec quelqu’un. C’est assez dur. »

Une problématique qui n’est pas seulement psychologique, mais aussi physique, ajoute Anaïs Mattei :« Par exemple, chez les femmes âgées, il n’y a plus de lubrification vaginale. Ça rend la pénétration difficile. Il y a des moyens, on peut toujours trouver des solutions. Et c’est dommage car beaucoup de personnes âgées restent enfermées dans ces stéréotypes. »
Les hommes ne sont pas épargnés. L’Association française d’urologie indique que 10 % des hommes de plus de 50 ans et 20 % des plus de 60 ans souffrent de dysfonction érectile. « Les médicaments… c’est devenu banal. Pour les personnes âgées, les médecins prescrivent quand c’est nécessaire. Mais on voit des jeunes suivre la même tendance, qui n’ont pas de problème pour avoir une érection, qui vont piocher dans la boîte à pharmacie du grand-père » commente Laurélène Cavallini-Negrel, avant d’ajouter que les seniors se protègent moins des IST : « Ils se disent qu’ils ne sont plus confrontés à une grossesse. »

Si se protéger reste indispensable, pas de panique concernant les pratiques sexuelles, avancent les deux sexologues insulaires. Pour Laurélène Cavallini-Negrel, si certaines précautions sont nécessaires, notamment cardiaques chez les personnes à risque qui se lanceraient dans des acrobaties peu adaptées à leur forme physique, « le vrai danger ce n’est pas de continuer à avoir une sexualité, mais d’y renoncer !! » avant d’ajouter : « La pratique sexuelle est aussi bénéfique : elle entretient le cœur, c’est stimulant. »

Anaïs Mattei invite également ses patients plus âgés à pousser la porte des sex-shops ou des sites spécialisés : « Il y a des accessoires, des balançoires, il y a de tout ! » Bref : le septième ciel reste à portée de main. Reste la question de la sexualité dans les maisons de retraite et les Ehpad. Pour Laurélène Cavallini-Negrel : « Le rôle des soignants, et des familles, c’est d’accepter la réalité. Il y a un besoin de sexualité chez les résidents et il faut respecter leur intimité. Mais dans les faits, ce n’est pas aussi facile que ça. Il y a des moments où l’intimité ne sera pas forcément respectée. » La littérature scientifique s’intéresse de plus en plus à cette question, qui interroge les notions de consentement, d’autonomie, de troubles cognitifs ou encore de respect de la vie privée. Pour les deux sexologues, il s’agit d’un dossier à ouvrir, et sur lequel la société doit se pencher.