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Les 40 ans de l’université de Corse : Entre Storia et Avene, un anniversaire très politique


Nicole Mari le Mercredi 27 Octobre 2021 à 00:08

26 octobre 1981-26 octobre 2011. L’université de Corse fête ses 40 ans. Si plusieurs manifestations sont prévues tout au long de l’année, c’est symboliquement ce 26 octobre, date de sa réouverture en 1981 après deux décennies de combat militant, populaire et judiciaire, qu’ont été lancées, sur le campus de la faculté de droit à Corte, les célébrations officielles. Un anniversaire très politique et très formel dans un amphithéâtre plein où l’on a évoqué avec nostalgie les tumultes du passé pour mieux se réjouir des succès présents et relever les défis de l’avenir.



« Digià una storia. Sempre un avene ». Le slogan de ce quarantième anniversaire de l’Università di Corsica aurait tout aussi bien pu se résumer en une expression fétiche des Nationalistes : « Tamanta stradà ! », tant le chemin parcouru est grand. Aux premiers combats militants des années 60 pour la réouverture de l’université voulue par Pasquale Paoli au XVIIIème siècle dans la tradition des grandes universités européennes de son époque et à sa réouverture arrachée en septembre 1981 par une mobilisation populaire sans précédent, ont succédé 40 années de haute lutte politique, économique et judiciaire pour renforcer son assise, forgé sa légitimité, assurer son développement, asseoir sa pérennité et l’ancrer irrévocablement dans la société corse. Qui aujourd’hui se souvient d’un temps où l’université n’existait pas ! Qui aujourd’hui songe seulement à la remettre en cause !
 
Un sentiment d’appartenance
Una storia. Si l’université de Corse ne peut se comparer aux universités millénaires européennes, son histoire chahutée et son combat permanent pour son existence sont uniques et en ont fait le cœur battant du développement de l’île. C’est, d’ailleurs, à tous ses militants, que le président de l’université, Dominique Federici, a rendu hommage dans son discours d’ouverture de cette journée d’anniversaire qui s’est tenue, mardi après-midi, sur le campus de la Faculté de Droit : « Le combat pour son existence a été long. Ce combat a été gagné grâce aux militants, grâce à leur ferveur, leur engagement sans faille. Je veux aussi remercier ceux qui la font vivre aussi. Les étudiants sont nos meilleurs ambassadeurs ». Il salue « le sentiment d’appartenance à une communauté », « un bien commun, précieux, un formidable outil. L’Université n’a de prétention que d’insuffler les dynamiques. Elle contribue au développement de l’île ».
 
Notre meilleur atout
La majeure partie de la classe politique actuelle, mais aussi du monde économique et culturel en est issue. Parmi eux, le Président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, ne cache pas son émotion « pour cette institution qui a alimenté nos vies, enrichi, nourri les rêves et les combats. Pour beaucoup d’entre nous, cette université a été le premier stade de la conscience politique de notre engagement ». Mais aussi sa nostalgie : « Je garde le souvenir d’une jeunesse heureuse et insouciante, mais aussi de luttes. La question essentielle, ontologique, qui nous animait alors, était : cette institution va-t-elle vivre et aura-t-elle les moyens de se développer ? Nous avons traversé des épisodes difficiles. Nous conservons à cette institution un attachement indéfectible ». L’histoire, pour le président de l’Exécutif, se conjugue désormais au présent : « Cette université a fait la preuve de sa qualité. La question aujourd’hui est comment la rendre plus forte, plus rayonnante, plus ouverte ? La Collectivité de Corse s’y est engagée. Ce pari a été tenu. L’université de Corse est sans doute ce que la Corse a produit de meilleur et de plus prometteur. Ce qui fait de nous un peuple, notre atout principal, c’est notre jeunesse et notre université ».

Un magnifique tremplin
Una storia et surtout un avvene. C’est le sentiment de la présidente de l’Assemblée de Corse et professeur des universités, Nanette Maupertuis, qui devint, en 2002, la première femme vice-présidente du Conseil d’administration de l’Université de Corse, avant de diriger pendant 12 ans le laboratoire de recherche CNRS-UMR LISA en Sciences humaines et sociales, le premier dans l’île. Elle dit aussi son émotion et sa fierté : « La réouverture de l'Università di Corsica, il y a 40 ans, est l'une des plus belles choses qui soit arrivée à la Corse depuis la Libération. Personne ne viendrait contester aujourd’hui les multiples bénéfices économiques et sociétaux de cette ré-ouverture. Des impacts économiques bien entendu, par la création d’un vivier de milliers de jeunes diplômés, par le transfert de technologie et de savoir vers les entreprises locales, mais aussi l’élévation d’un magnifique tremplin pour l’émancipation de la jeunesse corse, de sa langue et de sa culture ». Pour elle, l’université « a pleinement assuré cette mission pour la jeunesse corse » et entre dans l’âge adulte. « Son histoire forte et sa singularité dans le paysage académique européen lui donnent le potentiel de relever les défis à venir. Elle a eu, et continue d’avoir, un rôle déterminant dans la construction d’une société fondée sur la connaissance. Et l’on voit même aujourd’hui combien, plus qu’un contre-pouvoir, elle a produit du pouvoir fondé sur la connaissance. En cela les détracteurs du projet universitaire avaient raison de craindre sa ré-ouverture. C’est un fait et un engagement qui lui confèrent aujourd’hui une responsabilité : celle qui consiste à transmettre non seulement des savoirs, mais à travers eux des capacités et des vertus - c’est-à-dire le pouvoir d’agir et de penser selon des valeurs ». Et de conclure in lingua nostra : « Allora, femu a scumessa chi st’università  diventessi, ancu di più, un mutore di a capacità pruduttiva di a Corsica, una facultà di creazione è di furmazione à longu andà, mà sopratuttu ch’ella apressi millaie d’ochjii nant’à l’avvene di a Corsica è di stu mondu ».
 
Des destins liés
Un moteur exceptionnel, c’est bien ce que l’université est à la ville de Corti. Là encore, c’est la détermination des militants qui a imposé, toujours de haute lutte politique et populaire, son emplacement dans la capitale historique de la Corse. L’Etat, à l’époque, et ses relais locaux, auraient voulu la scinder en deux entités, une à Bastia et l’autre à Aiacciu. Histoire de déminer le terrain. Plus personne aujourd’hui ne remet en cause son emplacement. Surtout pas le maire Xavier Poli qui estime que ce 40ème anniversaire est l’occasion « de se souvenir des fondamentaux. C’est important parce que c’est un fil conducteur qui donne son sens aux choses, une fois que l’on a rendu hommage à ceux qui se sont battus et ont œuvré ». Il l’affirme clairement : « Les destins de Corse et de l’université sont indissociablement liés. Il n’y a qu’une seule méthode qui vaille : le partenariat, c’est ce que je me suis attaché à faire avec l’université, la Collectivité de Corse et l’Etat ». Il regarde l’avenir, se dit « fermement déterminé et engagé » et promet : « Nous avons encore de belles et grandes choses à faire ensemble ».

Un succès et des ambitions
Un destin aussi étroitement lié à celui de l’Académie de Corse, selon la rectrice Julie Benetti, qui explique que la création des deux entités a été entérinée le même jour par décret, six ans avant l’ouverture de l’université. « L’émancipation par le savoir donne à l’université sa raison d’être » déclare-t-elle. « La création de l’université à Corte est un succès. Elle va passer bientôt le cap des 5000 étudiants. Ce succès nous oblige envers les étudiants, tout à la fois avides de se former, de s’enrichir, et inquiets de trouver leur place. Le défi qui s’impose à nous est de leur donner les moyens de leur émancipation ». Avant de préciser : « L’Académie de Corse accompagne pas à pas le développement de l’Université qui a toujours fait l’objet d’une attention particulière de notre ministère. Forte de ses 40 ans d’existence et de son ancrage territorial, elle peut se hisser à la hauteur du défi de l’universalité. Même dans la plus petite université de France, on peut avoir de grandes ambitions. Les pistes sont nombreuses pour porter et renforcer sa dynamique et son rayonnement ».
 
Le cœur battant
Un avis partagé par le Préfet de Corse, Pascal Lelarge, dont la simple présence sur l’estrade illustre, à elle seule, le chemin accompli en un demi-siècle de combat : « La greffe a pris. L’Université fait battre le cœur de la Corse. Le succès est collectif et s’inscrit dans un parcours historique. L’Université de Corse a grandi avec les mutations des universités françaises, elle s’est inscrite dans le contexte de démocratisation de l’enseignement supérieur. L’Etat s’est engagé : c’est dire l’ambition que nous portons à son égard ! ». Pour le représentant de l’Etat, l’université a su « cultiver ses domaines d’excellence et sa singularité. Elle s’inscrit à l’intérieur de ses reliefs et a su faire de cet environnement des atouts majeurs. Elle est à la pointe en matière de recherche sur les questions d’environnement : le projet Goliath sur la gestion des incendies, le projet Jericho sur la gestion des eaux, et Stella Mare ». Il insiste, lui aussi, sur l’avenir : « un vrai challenge », la nécessité d’augmenter la mobilité et les atouts : « son ancrage méditerranéen et ses nombreux partenariats nationaux. L’université conserve son rôle de véritable moteur de développement du territoire. Elle a été, est et sera un enjeu majeur pour la Corse et la nation toute entière ».
 
Un espace à part

Cette première journée s’est poursuivie par une table ronde et l’inauguration de la fresque de Julien Casabianca représentant Pasquale Paoli. En marge des discours, a été lu un texte de la présidente honoraire de la Fondation de l’Università di Corsica, Francine Demichel, qui y livre sa vision de l’institution : « L’université n’est pas un lieu de pouvoir… Ni institution d’État, ni institution du marché, elle se situe en dehors du noyau normatif de la civilisation occidentale, en dehors de l’ordre dogmatique… Elle se situe dans un espace propre, celui du savoir, hors domination ou compétition économique, qui crée de l’esprit critique, de la résistance, à travers un patrimoine d’institution spécifique… Le savoir n’est pas un bien, une marchandise : il est inestimable, inappropriable, inévaluable, illimité. Il est construit contre vents et marées par des chercheurs qui sont les nomades des temps modernes. Loin de la loi du marché. L’université est un milieu où les temps s’entremêlent, se chevauchent, se croisent, à plus ou moins grande vitesse, dans un tourbillon d’idées, de pensées, d’improvisation. Un espace où l’on se pose des questions avant de chercher des réponses, un espace qui fonctionne au don, à l’hospitalité... L’université est une institution libertaire, hétérogène, collégiale et confraternelle, pourvue d’un capital symbolique. L’université doit rester ferme sur ses principes ». Un point de vue, dit-elle, fruit de 60 ans d’expérience, qui se défend d’être un pamphlet, mais sonne, dans le contexte actuel où se débattent les universités françaises, comme un manifeste porteur de nouveaux combats.
 
N.M.
 





















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