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La punaise diabolique menace les vergers corses


Jeanne Leboulleux-Leonardi le Mardi 23 Novembre 2021 à 07:15

Depuis quelques semaines, elles envahissent nos habitations. Il suffit d’une fenêtre ouverte pour qu’elles trouvent refuge, au chaud et au sec, dans toutes les pièces de la maison. La tristement bien-nommée “punaise diabolique” n’est certes pas dangereuse pour l’homme mais l’odeur qu’elle dégage si on l’écrase, comme sa détestable manie de venir en compagnie, nous la rend plutôt antipathique.
Pourtant, ce sont les agriculteurs qui ont le plus à s’en plaindre. Ces insectes grégaires attaquent en effets les fruits.



La punaise diabolique pique les fruits et les fait pourrir. Crédit photo DR
La punaise diabolique pique les fruits et les fait pourrir. Crédit photo DR




« Récemment, nous avons été alertés par plusieurs producteurs inquiets de voir leurs noisettes pourries, rapporte Patricia Soulard, conseillère en castanéiculture et noisettes à la Chambre d’Agriculture de Haute-Corse. Nous nous sommes rendu compte que les fruits avaient été piqués par la punaise. »

La punaise auto-stoppeuse
Le problème remonte déjà à quelques années : venue tout droit de Chine, comme beaucoup d’autres ravageurs, l’Halymorpha halys s’est installée en Alsace il y a près de dix ans. Mais c’est seulement en 2018 que sa présence y est devenue envahissante. A peu près au même moment, « en 2017-2018, nos confrères du Piémont, en Italie, nous ont alertés, se souvient Isabelle Milelliri, conseillère en fruits d’été à la Chambre d’Agriculture. La punaise s’attaquait aux kiwis, aux noisettes, aux poires… Et ce ravageur était très difficile à combattre … », détaille Patricia Soulard qui indique que si notre île était jusque-là épargnée à été envahie par cet insecte grégaire, la faute est aux déplacements. « A l’INRAE Sophia Antipolis, ils l’ont baptisée “la punaise auto-stoppeuse”, parce qu’elle voyage dans les voitures, les conteneurs… Elle se déplace très facilement ». C’est en 2020 que les premiers spécimens ont été observés chez nous : « Je fais partie d’un réseau de techniciens, sur le continent, explique Isabelle Milelliri. Via ce réseau, j’étais informée des dégâts que faisait cette punaise dans les autres régions. J’ai donc commencé à surveiller, sur la plaine orientale, le bassin de production qui va de Ghisonaccia à Aleria et Vescovatu. Et l’été dernier, j’en ai trouvé dans un verger de pêchers, à tous les stades de leur développement : des œufs, des larves, des adultes. Mais aucun dégât… ».

Des attaques sur les fruits
Pourtant, à l’été 2021, les insectes semblent plus nombreux et les techniciens corses prennent conscience du problème. Courant août, ils placent, dans des vergers de pêchers et de kiwis, des pièges qu’ils ont récupérés sur le continent : les résultats confirment que la présence de cette espèce s’est accentuée dans l’île. Le ravageur s’attaque à tout type de fruits. La bête les pique et les suce, avec des symptômes différents selon les espèces : les clémentines tombent précocement, les pêches se déforment et développent une substance liégeuse sous la peau, les noisettes finissent, elles, par pourrir… « On n’imaginait pas que ces fruits étaient aussi concernés, car les coquilles étaient intactes. C’est au cassage que l’on s’en est aperçu. La Casinca était touchée, mais également Cervioni : nous l’avons constaté chez des adhérents de l’association A Nuciola, lors de la visite annuelle réalisée dans le cadre de l’IGP ».
 
Une alliée : la guêpe samouraï
Les techniciens prennent aussitôt contact avec les spécialistes de l’INRAE, à Sophia Antipolis et leur adressent quelques spécimens capturés pour identification : il s’agit bien de la punaise asiatique et une réunion est organisée en Corse, avec eux, pour mettre en place une stratégie. Les produits chimiques ne sont guère efficaces contre ce ravageur. Et ceux qui ont une petite efficacité ne sont pas homologués sur toutes les cultures. Aussi, la lutte passe-t-elle par une action biologique en s’appuyant sur un allié : l’hyménoptère Trissolcus japonicus, dit aussi “guêpe samouraï”, qui se nourrit des larves de la punaise. 
Un programme est élaboré en 3 phases : une phase d’état des lieux qui permettra de connaître le niveau d’infestation et d’apprécier la proportion de punaises néfastes – car il existe également des punaises qui sont des auxiliaires pour les cultures. Une phase d’identification des parasitoïdes – notamment des guêpes samouraï – qui seraient éventuellement déjà présents en Corse. Une dernière phase qui correspondra à l’introduction de ces guêpes en Corse et à la création d’élevages sur place. Toutes les filières et tous les organismes agricoles de Corse seront associés à ce travail. 

La première phase démarrera au printemps 2022, lorsque recommencera le cycle de vie de la punaise. Pour la mener à bien, les techniciens s’appuieront sur l’INRAE ainsi que sur l’AREFLEC, l’Association de Recherche et d'Expérimentation sur les Fruits et Légumes en Corse, à San-Ghjulianu.  
 
Des précédents qui se sont révélés efficaces
« Nous allons essayer d’anticiper l’obtention des autorisations nécessaires pour la troisième phase : elles existent sur le continent. Mais nous sommes une île. Il nous faut préalablement comprendre l’impact de ces guêpes sur la faune, notamment la faune endémique », explique Isabelle Milelliri. Sur le continent, des programmes ont en effet été élaborés pour lutter contre ce ravageur. Et un réseau de piégeage est animé par l’AOPN-filière pêche. INRAE de Sophia Antipolis est intégré à ces programmes et travaille plus particulièrement sur les noisettes. « Nous allons pouvoir bénéficier de leur expérience », précise Patricia Soulard. 
Une expérience qui viendra conforter celle dont dispose déjà la Chambre d’Agriculture en matière de lutte biologique contre des ravageurs : lutte contre le cynips du châtaignier par des lâchers de Torymus sinensis ; lutte contre la cicadelle pruineuse qui s’attaque elle aussi à toutes les cultures, en introduisant cette fois encore son prédateur, un hyménoptère également. « On a obtenu un équilibre : le ravageur reste présent, il peut y avoir encore des pics, mais il n’y a plus de dégâts majeurs sur les cultures : les populations se régulent », explique Isabelle Milelliri.  « Nous avons pris le problème à bras le corps et nous mettons tout en œuvre pour le gérer », conclut Patricia Soulard.  
 
 

Les noisettes pourrissent
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