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La chasse en Corse : Des perspectives... et des problèmes


Rédigé par Jacques RENUCCI le Jeudi 1 Mars 2018 à 22:40 | Modifié le Jeudi 1 Mars 2018 - 23:08


Fin février, les 18 000 chasseurs de Corse ont rangé (en principe) leurs fusils. Où en est aujourd'hui ce loisir qui a ses pratiquants et ses détracteurs ? Entretien avec Paul Ettori, président de la fédération régionale des chasseurs.


La chasse en Corse : Des perspectives... et des problèmes
En 2000, Paul Ettori a pris la présidence de la fédération des chasseurs de la Corse-du-Sud. Depuis 2004, il est le président régional de l'organisme - près de vingt ans d'expérience au cœur d'une activité autant appréciée que décriée. Avec la fin de la saison, il nous offre l'occasion de faire le point sur la chasse insulaire.

- Au cours de ces années, avez-vous constaté une évolution dans les pratiques sur le terrain ?
- Oui, et dans le mauvais sens. On constate une dérive par rapport à l'éthique de la chasse. Certains se permettent de faire n'importe quoi, à travers l'amplification des réseaux sociaux. Je parle des photos de massacres qui sont commentées dans le monde entier, avec une surenchère de pièces abattues, sangliers ou gibier à plume. Ce qui fait que lorsque nous allons au ministère pour demander des prolongements de date d'ouverture, par exemple, on nous met les photos sous les yeux et on nous dit : « C'est ça votre gestion ? ». Je le répète à ces prétendus chasseurs : avec leur compétition stupide, ils fournissent des arguments aux anti-chasse et nous affaiblissent à un point inimaginable.
 
- Pensez-vous qu'il serait bon que l'assemblée de Corse puisse avoir un droit de regard sur les dates d'ouverture et de fermeture ?
- Absolument. Nous travaillons en ce sens avec l'exécutif, et avons rencontré à deux reprises Gilles Simeoni qui nous soutient dans notre démarche d'organisation régionale de la chasse. Nous avons confié notre dossier à maître Charles Lagier, l'avocat de la fédération nationale (et l'auteur du Code de la chasse), qui est déjà venu trois fois en Corse pour nous aider sur le sujet. Compte tenu de ce que je vois et de ce que j'entends, il y a très peu d'espoir de ce côté-là, mais qui sait ?
 
- Si malgré tout vous étiez entendu, quels pourraient être les aménagements par rapport à la règle ?
- Nous avons déjà produit un dossier scientifique qui prouve que la migration de retour se fait en Corse avec une semaine de décalage par rapport au continent, puisque cette migration passe par l'Italie. Notre étude, qui porte sur 15 ans d'observations, prouve que l'on pourrait aller chez nous jusqu'au 28 février au lieu du 20, date officielle de fermeture de la chasse aux migrateurs.
 
- Et le sanglier ?
- Là, nous nous trouvons confrontés à plusieurs problèmes. Ils envahissent les bords des villes, où certains habitants les nourrissent. Ce sont principalement des croisés qui n'ont plus peur de l'homme, le gène domestique prévalant chez eux sur le gène sauvage. Comment faire face à cette situation ? On ne peut quand même pas faire des battues administrative au milieu des immeubles ! Il y a aussi, en plaine principalement, les dégâts qu'ils causent aux cultures. Une loi donne désormais la possibilité aux exploitants de faire une demande en préfecture – sans passer par nous – pour obtenir l'autorisation de tirer le sanglier à partir du 1er juin. Sur la gestion de l'espèce, les intérêts du monde agricole sont donc prioritaires.
 
- Il y a 18 000 chasseurs en Corse, soit 4% de la population contre 2% en pourcentage national. Cela a un impact économique et social...
- Si l'on reporte ces données à la seule population masculine, on peut dire qu'en Corse un homme sur cinq est chasseur. Et chasser, ce n'est pas seulement appuyer sur la détente ! C'est aussi une activité à enjeux multiples. J'ai confié à des étudiants de Corte en master économique une enquête sur deux ans pour savoir exactement quelles sont les sommes que la chasse, directement ou indirectement, injecte dans l'économie locale : armes et munitions bien sûr, mais aussi par exemple vétérinaires, aliments pour chiens, hôtels, artisanat, animation des villages... Cette étude a été faite au plan national : on atteint les 3 milliards d'euros par an et 35 000 emplois, ce qui est considérable. Reporté à la Corse, il est probable que l'on sera surpris par l'importance du résultat.
 
- Quelles sont les autres retombées de l'activité cynégétique ?
- Elles sont sociales et culturelles, avec le brassage intergénérationnel et la pratique de la langue corse toujours vivace en battue. La chasse est aussi contributrice de la défense active de la ruralité par la gestion de ses territoires d'exercice, mais aussi par la sauvegarde de la toponymie. En certains endroits, avec la disparition des bergers, les chasseurs restent les seuls à connaître le nom des lieux !





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