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La SEM Corse Bois Energie rénove la chaufferie de Corte et duplique son modèle dans d’autres villes corses


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 4 Avril 2017 à 22:55 | Modifié le Mercredi 5 Avril 2017 - 00:49


Créée en 1988 par la Collectivité territoriale de Corse (CTC) qui en est l’actionnaire majoritaire, la société d'économie mixte (SEM) Corse Bois Energie produit des plaquettes de bois, 11 000 tonnes par an, qui alimentent le réseau urbain de chaleur de Corte et des chaufferies collectives d’hôpitaux, d’établissements scolaires, la bibliothèque universitaire, des HLM... En 2005, la CTC a décidé de prendre en charge l'exploitation et le transport des bois issus des forêts insulaires et fournit, ainsi, chaque année, 7 000 tonnes de bois à la SEM. L’Exécutif nationaliste, qui a fait de la filière bois un axe de développement, a entrepris de rénover l’outil existant, parfois obsolète, pour un budget global de 4 millions € et de dupliquer la chaufferie de Corte sur d’autres territoires. Une nouvelle chaudière a été livrée à Corte, mardi matin. Explications, pour Corse Net Infos, de Nadine Nivaggioni, présidente de SEM Corse Bois Energie.


La nouvelle chaudière à bois, livrée mardi matin à la gare de Corte.
La nouvelle chaudière à bois, livrée mardi matin à la gare de Corte.
- Qu’avez-vous reçu exactement ce matin à la chaufferie de Corte ?
- La chaufferie est composée de trois chaudières, deux au bois et une au fuel. Les chaudières à bois étaient très vétustes et avaient été achetées d’occasion en 1992. La première ne marchait plus et était à l’arrêt depuis plus d’un an. La seconde était en fin de vie et nous avons croisé les doigts, tout l’hiver, pour qu’elle tienne jusqu’à aujourd’hui. Nous avons reçu, ce matin, une première chaudière neuve de 1 mégawatt et nous attendons la seconde de 2,5 mégawatts. Elles seront installées d’ici à la fin du mois de juillet. La chaudière fuel sera, aussi, renouvelée, mais n’aura, normalement, plus besoin de fonctionner, sauf si les deux autres tombent en panne.
 
- Seront-elles moins polluantes ?
- Oui ! Dans un hiver rigoureux, comme celui qui vient de s’achever, lorsque la température descendait au-dessous de zéro, nous étions obligés de mettre en marche la chaudière fuel pour assurer l’alimentation des 33 clients. Cela a généré des émissions de particules fines qui ont pollué Corte. Avec ces chaudières nouvelle technologie qui disposent de filtres dans les cheminées, il n’y aura plus de pollution de l’air. Nous avons une convention avec Qualitair pour surveiller des retombées au quotidien et être alerté très rapidement du niveau de pollution au cas où il y en aurait. S’il y avait, le cas échéant, un pic du, par exemple, à une cheminée qui s’encrasserait, nous pourrions intervenir tout de suite.
 
- Qui sont les 33 clients de la SEM ?
- A Corte, les clients sont des institutionnels ou des particuliers : les écoles, la piscine, la bibliothèque de l’université, l’hébergement du CROUS, l’hôpital, la maison de retraite U Serenu, les Logirem… Ce nombre est passé de 13 clients en 1992, lorsque la chaufferie a été installée, à 33 aujourd’hui. Avec cette nouvelle installation, nous avons la possibilité de raccorder 3 clients supplémentaires. Nous avons déjà des candidats, un promoteur d’immeubles, en cours de construction, nous a demandé une étude technique pour être raccordé au réseau de chaleur de Corte.
 
- Le bois brûlé est-il entièrement produit en Corse ?
- Oui ! 100 % du bois utilisé est corse. Les grumes arrivent chaque jour au site d’exploitation d'Aghjone, apportées soit par des forestiers insulaires, soit par notre propre équipe qui travaille dans les forêts territoriales. Elles sont transformées en plaquettes qui alimentent la chaufferie de Corte ou d’autres chaufferies installées dans des lycées et collèges ou chez d’autres clients disséminés sur toute la Corse. Nous leur amenons la chaleur en hiver et, pour certains clients, le froid en été.

Transport de la chaudière.
Transport de la chaudière.
- Quel type de bois est utilisé ?
- Du bois Energie, c’est-à-dire du bois de mauvaise catégorie, restant lors des coupes de l’ONF (Office national des forêts). Les bois de bonne qualité sont utilisés en scierie pour être transformés, mais se heurtent à la concurrence des bois transformés, importés du continent. Le bois Energie n’a pas ce problème. Il n’y a aucune raison qu’il en arrive d’ailleurs, nous en avons suffisamment et nous sommes suffisamment équipés pour produire des plaquettes. Chaque jour, nous brûlons 23 tonnes de plaquettes de bois, dont 5000 en moyenne sur la chaufferie de Corte.
 
- Comment avez-vous financé ces chaudières ?
- Du fait des difficultés financières que la SEM a pu rencontrer les années précédentes, il a été très difficile de trouver un partenaire bancaire. Le seul, représenté sur le territoire, qui nous a fait confiance, est la Caisse d’épargne. Les nouvelles chaudières sont financées, en partie, par des fonds européens, les fonds FEDER, et par le soutien de la Caisse d’épargne qui nous a accompagnés dans ce projet.
 
- Qu’en est-il aujourd’hui de ces difficultés financières ?
- Nous avons beaucoup travaillé depuis un an au redressement de la situation, à une meilleure gestion des ressources humaines et à une meilleure tarification du bois. Nous avons revu tous les contrats avec nos prestataires. Aujourd’hui même, le Commissaire aux comptes nous a fait part des résultats de cet exercice : la SEM affiche un bénéfice de 2500 €. C’est trois fois rien, mais j’en suis très fière parce que nous avons vraiment fait de gros efforts sur cet équipement. Il ne suffisait pas de le renouveler d’un point de vue technique, il fallait prouver sa rentabilité. C’est ce que nous avons fait. Je suis persuadée qu’il y a encore de la marge. Il faut évidemment travailler au renouvellement de notre parc qui est très vétuste, qu’il s’agisse de camions, tracteurs… Il y a eu pas mal de casse, on peut encore réduire les dépenses. Cet outil peut, demain, engendrer des bénéfices intéressants.
 
- Pourquoi avez-vous recapitalisé, encore une fois, la SEM ?
- C’est, effectivement, la quatrième recapitalisation de la SEM dont la CTC est l’actionnaire majoritaire. A la différence des fois précédentes où il fallait réinjecter de l’argent, il s’est agi, cette fois, de diversifier l’activité et l’actionnariat. Avant, il n’y avait qu’un seul autre actionnaire : Cofely (groupe ENGIE), qui a réduit ses parts. Aujourd’hui, l’entreprise Ferrandi, une entreprise insulaire, est rentrée dans le capital. Nous envisageons de diversifier et de transformer une partie des déchets bois, que nous avons à Aghjone, en granulés pour alimenter toutes les chaudières, les cheminées et les poêles à bois vendus aux particuliers.

- Quels sont vos objectifs ?
- Au niveau du Bois Energie, l’outil renouvelé de Corte permettra de n’avoir plus de pollution sur la ville, un meilleur rendement auprès de nos clients et des coûts inférieurs au coût de l’électricité. Nous y tenons ! EDF nous soutient dans nos démarches d’installation d’équipements de ce type dans d’autres villes de Corse. L’objectif est que la chaufferie de Corte soit exemplaire et fasse des émules. C’est pour cela qu’il y a eu des appels d’offres dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie qui ont donné lieu à des études à Sartène et à Aleria. Nous avons, la semaine prochaine, une rencontre avec Porto-Vecchio qui se positionne pour l’alimentation d’un projet de piscine et des collège et lycée. Plus il y a d’établissements publics ou institutionnels sur un territoire, plus il est intéressant, en fonction des caractéristiques et du relief, d’y mettre une chaudière qui alimente ces différents organismes.

- Est-ce un objectif de court-terme ?
- Oui ! Si les études sont validées, interviendra, ensuite, le montage des dossiers financiers et techniques. Ces équipements peuvent être réalisés en 2 à 3 ans.

- Plus globalement, comment se porte la filière bois en Corse ?
- Côté Bois Energie, il y a encore de la marge. D’autres chaufferies peuvent s’installer sur les territoires. La difficulté de la filière bois réside plutôt dans le bois de transformation qui doit trouver des débouchés. Pour cela, il faudrait, d’abord, qu’il n’y ait plus de points de rupture dans la filière. Il reste deux scieries encore en activité, mais aucune n’a de séchoir. Cela veut dire que le bois coupé ici est souvent séché et transformé ailleurs. Pratiquement 90% des bois transformés viennent d’ailleurs à un coût inférieur au bois transformé ici. Il faut des séchoirs pour que toute la filière se fasse localement. Des appels à projets ont été lancés en ce sens.
 
- L’Exécutif territorial a, en début de mandature, affiché la volonté politique de faire, de la filière bois, un axe de développement. Qu’est devenue cette volonté ?
- Nous affichons une volonté politique et une stratégie que nous avons votée récemment. Il y a des marges d’évolution qui demandent une coordination des politiques et des acteurs, une indispensable labellisation des bois et des équipements incontournables, notamment des séchoirs. On peut investir dans la formation pour, demain, développer le secteur de la construction de maison en bois. Ce type de maison est devenu plus courant qu’il y a quelques années. Plutôt que d’importer des maisons en kit de Pologne ou d’ailleurs, il est préférable de labelliser le bois corse, de le transformer ici, et de former des gens capables de monter ces maisons. C’est possible grâce à des outils de formation. Si l’ensemble de ces ingrédients est réuni, on peut avancer sur la filière bois.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.





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