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Jean-Martin Mondoloni : « Les Indépendantistes ont réalisé un hold-up historique ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 27 Décembre 2017 à 21:08 | Modifié le Mercredi 27 Décembre 2017 - 22:35


Jean Martin Mondoloni, régionaliste et fondateur d’Une Nouvelle Corse, s’est imposé, en moins de six mois et en l’espace de deux scrutins, comme la nouvelle figure de la droite corse et le chef de file de l'opposition à la future Assemblée de Corse. Sa liste « A Strada per l’Avvene », est arrivée en tête de l’opposition lors du scrutin territorial et a récolté dix élus contre six pour l’autre liste libérale. Sans pour autant réussir, comme il l’espérait, à endiguer le raz-de-marée nationaliste. A quelques jours de l’installation de la nouvelle collectivité unique, il revient, pour Corse Net Infos, sur la recomposition de la donne politique insulaire. Il estime le temps venu de bâtir une nouvelle force politique crédible pour préparer l’alternance. Refusant de « céder à la fièvre institutionnelle », il annonce qu’il se rendra en janvier à Paris pour faire entendre une voix alternative et voudrait proposer symboliquement une candidature de droite à la présidence de l'assemblée de Corse, le 2 janvier.


Jean-Martin Mondoloni, régionaliste et fondateur d’Une Nouvelle Corse, tête de liste d'« A Strada per l’Avvene », et chef de file de l'opposition de droite à la future Assemblée de Corse.
Jean-Martin Mondoloni, régionaliste et fondateur d’Une Nouvelle Corse, tête de liste d'« A Strada per l’Avvene », et chef de file de l'opposition de droite à la future Assemblée de Corse.





- Quelques jours après la déception des Territoriales, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
- Une élection de ce type est avant tout une aventure humaine hors du commun. Le voyage comptant tout autant que la destination, j’en retiens d'abord ce que j'ai appris des autres et de moi-même durant ces mois, au gré de moments de partage intenses et sincères qui sont le cœur battant de l’action politique. De ce point de vue, je ne remercierai jamais assez celles et ceux qui, discrètement ou de façon plus visible, ont participé à cette campagne. Quant au résultat proprement dit, j’ai envie de vous dire qu’il y a dans la vie politique des hauts et des bas, qu'il faut savoir mépriser les hauts et repriser les bas. Je suis dans l'état d'esprit d'un homme qui a livré un beau combat avec une belle équipe pétrie de convictions qui ont été validées par près de 22 000 électeurs. Ce score prometteur me renforce plus que jamais dans l'idée qu'une défaite n'est jamais qu'une victoire différée.
 
- Quelle analyse et quels enseignements tirez-vous de ce scrutin ?
- Comme beaucoup, je m'inquiète de l'abstention. Les conditions météorologiques ou le caractère transitoire de l'élection ne sauraient expliquer cette désertion des urnes qui doit nous interpeller collectivement. Le risque est grand d´avoir à terme des assemblées délibérantes hors-sol, si nous ne savons pas notamment répondre à l'inquiétude grandissante de ceux qui souffrent.
 
- Comment analysez-vous le délitement de la droite scrutin après scrutin dans ses bastions historiques ? Quels en sont, selon vous, les causes et les dangers ?
- Clairement, ma famille n'a pas su renouveler ses cadres et ses idées, en restant  longtemps, trop longtemps, rivée à des partis nationaux qui n'ont jamais su comprendre ou interpréter le fait local. Avant d'autres, puisque mon analyse remonte à la fin des années 2000, j'avais diagnostiqué leurs limites et leur perte d'influence. Je n'en tire aucune gloire, ni bénéfice, mais je regrette que la classe politique corse n'ait pas su, plus tôt, s'adapter à cette mutation profonde du paysage politique, ce que les Nationalistes, mieux que d'autres, ont anticipé.
 
- Que vous inspire la recomposition du paysage politique corse avec une gauche réduite à la portion congrue, une droite qui n’en finit plus de patiner et des Nationalistes tout puissants ?
- Le succès nationaliste, indéniable, est la résultante de trois tendances : le socle désormais  incompressible du nationalisme historique auquel s'agrègent classiquement les électeurs qui vont à la gagne et ceux qui croient en la part de rêve distillée à grands renforts de communication. Sur ce point, une mondialisation ravageuse donne la prime à ceux qui se font les chantres d'une identité de résistance. Aussi, n'en finit-on plus d’écrire le roman national corse, sans d'autres arguments aussi généraux et généreux que la paix et la démocratie. J'ajoute que la revendication nationaliste trouve sa source dans les années 70 sous l'impulsion du Riacquistu. Vous me permettrez donc de remettre en cause la modernité d'un mouvement un peu daté !  
 
- Vous n'y croyez pas ?
- Cet épisode de l'histoire politique contemporaine passera comme les autres au tribunal de l’Histoire. Nous verrons bien alors au bénéfice de qui et de quoi s'écrivent ces pages teintées d'un romantisme post-moderne sans effet palpable pour l'heure sur la vie quotidienne des Corses.

- Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, les Nationalistes dominent complètement le paysage politique…
- Encore faudrait-il savoir de quels Nationalistes nous parlons ! Des Autonomistes ou des Indépendantistes ? Ce que j'ai appelé le « gloubiboulga » a bien fonctionné pour les Indépendantistes qui viennent de réaliser un hold-up historique ! En se rangeant derrière le rassurant et charismatique Gilles Simeoni et en reprenant leurs billes une fois élus, ils constitueront un des groupes les plus forts à l'assemblée de Corse sans avoir mesuré leur influence réelle au premier tour. Ainsi, sans que personne ne soit en mesure de mesurer leur poids électoral en 2017, jamais leur voix n’aura été aussi puissante, notamment au moment où s'ouvriront avec le gouvernement des discussions engageantes pour notre avenir.

- Justement, quel est votre sentiment sur les premiers signaux donnés par le gouvernement et les discussions qui pourraient s'engager ?
- J'ai apprécié la réponse du Premier ministre qui faisait écho à une évidence que nous avons martelée durant toute la campagne : pour la première fois dans l’histoire de la décentralisation, on demande un nouveau statut alors que le statut naissant n'est pas éprouvé. Du reste, je n'ai pas changé d'avis en 15 jours. Je pense qu'il ne faut pas céder à la fièvre institutionnelle. D'abord parce qu’on ne nous fera pas croire que davantage d'autonomie changera la vie des Corses et parce que le défi de réussir la collectivité unique devrait nous dispenser de nous disperser. Ça ne fait pas de nous des vieux schnocks, mais simplement des hommes et des femmes empreints de pragmatisme.
 
- Néanmoins si des discussions s’engagent, y participerez-vous ?
- Naturellement oui ! Au préalable et avant que ne s'ouvrent des discussions officielles, je me rendrai dès le mois de janvier à Paris expliquer aux plus hautes autorités de l’Etat que les Nationalistes ne sont pas seuls et qu’en vertu d'une opposition légitimée par les urnes, existe une voix alternative qui doit être entendue. Quand d'autres privilégient un rapport de force, nous croyons, pour notre part, à la force des rapports ! Au nom de mon groupe et des milliers d'électeurs qui nous ont fait confiance, je ferai valoir ce que la Corse attend. Nous avons besoin de l’Etat pour nous soutenir et alimenter une ingénierie de très haut niveau sur des secteurs aussi essentiels que l'accès aux soins, l'aménagement du territoire, la précarité ou le soutien aux petites communes.
 
- Dans le contexte actuel de désengagement de l’Etat, cela vous semble-t-il réellement possible ?
- Tout est possible puisque cela l’a déjà été dans un temps pas si lointain où l´Etat nous a porté son concours pour la résolution de problèmes qu'on croyait insolubles, comme la dette agricole, la mise hors norme de l'université ou plus récemment encore la problématique de la transmission des patrimoines. En même temps, comme  régionaliste, je pense que l’Etat doit donner de la respiration aux territoires et savoir reconnaître les identités, non plus comme attentatoires à l'unité de la République, mais comme participant de sa richesse. Aussi, souhaitons-nous rétablir une relation de confiance avec un État partenaire, capable de s'extraire des grilles de lecture normatives, qui ne fonctionnent pas lorsqu'on parle d’un territoire spécifique. C'est à ce prix que l'on pourra restaurer un pacte de confiance entre les Corses et la République. Mais tout cela ne doit pas se traduire par des gages incessants donnés aux Nationalistes qui, l'histoire des 30 dernière années en témoigne, se montreront toujours insatisfaits et enclins à jeter l'ancre toujours plus loin.

La liste "A Strada di l'Avvene".
La liste "A Strada di l'Avvene".
- Dans le face à face avec les Nationalistes, quels défis, la droite, que vous incarnez, doit-elle relever et quels écueils doit-elle éviter pour incarner une possible alternance ?
- Pour passer de l'alternative d'aujourd'hui à l'alternance de demain, il faut éviter deux écueils. Le premier serait de cultiver un anti-nationalisme primaire de mauvais aloi. En bon démocrate, je respecte les Nationalistes et ceux qui les soutiennent et, fort de ce respect, j'entends continuer à dénoncer les risques et l'imposture que revêt cette tendance. Le deuxième écueil précisément serait de rester accommodant et installé dans ce confort médiatico-politique qui n'en finit plus de nous expliquer que c'est le sens de l'histoire. Comme Gaulliste, j'ai appris à renoncer au renoncement et j'entends, entre ces deux bornes, bâtir une force politique crédible, prête à prendre le relais de la majorité actuelle, car il faudra bien assumer ce que j'appelle « l’after dream » !
 
- Précisément en moins de six mois et en l’espace de deux scrutins, vous avez engrangé un certain capital sur votre nom. Que comptez-vous en faire ? Revendiquez-vous un leadership ?
- La lucidité commande de dire que ma famille ayant trop souffert des querelles d'égo, il serait vain de parler de refondation en commençant par désigner des chefaillons. En revanche, j'ai conscience de mes responsabilités, et j’entends me servir de cette légitimité pour dire que le temps est venu de créer une nouvelle formation politique moderne et décomplexée au sein de laquelle trouveront leur place toutes celles et tous ceux qui veulent dessiner un modèle alternatif à la majorité actuelle. J'ai bien conscience que la tâche est exaltante, ambitieuse et qu'elle passe par les trois fondamentaux de tout projet politique : les idées, les forces et la stratégie.  
 
- C’est-à-dire ?
- Il nous faut penser un nouveau logiciel respectueux de nos identités politiques, mais en phase avec notre temps. On n'est plus libéral ou socialiste comme on pouvait l'être il y a 20 ans. Du reste que veut dire être de droite ou de gauche à l'heure d'une mondialisation galopante ? Il nous faut incarner une nouvelle façon d'être en politique en partant du micro, c'est à dire des initiatives locales souvent plus efficientes que les décisions macro. Il nous faut répondre de façon pragmatique et définitive à des problèmes cruciaux pour l'avenir de la Corse. Je pense aux problématiques récurrentes des transports, de l'eau ou des déchets. Et surtout, nous devons apporter des réponses au désarroi des Corses en souffrance. Tout le monde doit et peut vivre dignement en Corse. Je crois au plein emploi dans une île soumise à la loi du petit nombre. C'est sur ces sujets-là qu’il faut concentrer toutes nos énergies pour restaurer la confiance.
 
- Avec quelles forces et quelle stratégie ?
- Tout cela ne peut, en effet, prendre corps que si l'on se met en capacité de déployer des forces militantes en maillant le territoire. Vous pouvez avoir les meilleures idées du monde, elles sont inopérantes en politique si vous restez dans l’entre-soi. Enfin, je pense qu’il faut se donner des moyens stratégiques d'atteindre nos objectifs. Cela passe par une réconciliation entre la droite régionaliste et une droite plus conventionnelle. Ma responsabilité sera d'en appeler à une entente cordiale dans un premier temps sur la base d'une double appartenance. Il ne s'agit pas de lancer un énième micro-parti, mais de fédérer toutes les énergies qui peuvent se trouver bien au-delà de la famille libérale et qui concourront à un objectif plus ambitieux qu’un simple aggiornamento. C'est un changement de paradigme, tant dans l'approche que dans le fonctionnement que j'appelle de mes vœux.
 
- Que devient votre mouvement « La Nouvelle Corse » ? Allez-vous tenter de rassembler sous cette bannière ou en créer une nouvelle ?
- Les fondamentaux d'Une Nouvelle Corse sont plus que jamais d'actualité. La structure pourrait servir de base de travail. Pour autant, le nouveau rythme et la nouvelle donne, qu'il s'agit d'imprimer, exigent peut-être une autre dimension symbolique.
 
- Dans cet état d’esprit, pensez-vous participer au scrutin européen ?
- Je milite depuis longtemps pour le non-cumul des mandats. Cette question ne m’a, à vrai dire, jamais traversé l'esprit.
 
- A l’Assemblée de Corse, comment l’opposition de droite va-t-elle s’organiser ? Sera-t-elle unifiée en un seul groupe ou scindée ? Envisagez-vous des positions communes ?
- Notre rôle sera de faire réussir la Corse. Chaque fois qu'une politique sectorielle sera au crédit d'une Corse qui avance, alors nous la soutiendrons. En revanche, il ne saurait être question de donner quitus à une majorité qui s'aventure là où nous ne voulons pas aller. Ce sera notre rôle d'opposant que de le rappeler respectueusement, mais fermement. L'existence de deux groupes de droite est un gage de diversité dans une assemblée qui en manque singulièrement. Je suggère pour autant, dès la séance d'installation, d'unir symboliquement nos voix sur une candidature commune à la présidence de l'assemblée dont l'élection est sans enjeu. Les électeurs attendent symboliquement que nous nous unissions sur l'essentiel.
 
- Quelles seront vos priorités ?
- Nous montrer digne de la confiance manifestée par nos électeurs. Et leur offrir la continuité d'un espoir naissant par le  sérieux, la rigueur et la persévérance dans notre travail au service de tous les Corses.
 
- La Chambre des territoires est-elle, pour vous, un enjeu ?
- Dans sa configuration naissante, la Chambre des territoires n'est ni un pouvoir, ni un contre-pouvoir. C'est une coquille vide de sens. Nous verrons bien quel contenu lui donnera la majorité.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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