Le Dr Ph.D Marie-Claire Benetti-Papadacci nous livre une analyse socio-territoriale des conditions d’effectivité des dispositifs de coordination en contexte insulaire.
Marie-Claire Benetti-Papadacci est docteure Ph.D (Philosophiæ Doctor), spécialisée en art et thérapie et professionnelle de santé en Corse. Elle mène des travaux de recherche sur l’organisation des soins et les enjeux de coordination en contexte insulaire.
- Dans quelles conditions ?
- Pouvez-vous développer ?
- Quid aujourd’hui ?
- Un mot sur l’organisation des soins dans les territoires insulaires ?
- Un mot sur l’organisation des soins dans les territoires insulaires ?
- Dans les territoires insulaires, l’organisation des soins ne relève pas uniquement d’une question d’offre médicale. Elle s’inscrit dans une configuration territoriale singulière, marquée par la dispersion géographique, le vieillissement démographique et une densité professionnelle fragile. Depuis plusieurs années, les politiques nationales encouragent la coordination des acteurs afin de fluidifier les parcours entre médecine de ville, hôpital et secteur médico-social. Les dispositifs existent, les structures sont en place, la volonté institutionnelle est affichée. Pourtant, sur le terrain, la transformation concrète des parcours demeure inégale.
- Pourquoi, dans ce contexte insulaire, la coordination peine-t-elle à produire les effets attendus ?
- Pourquoi, dans ce contexte insulaire, la coordination peine-t-elle à produire les effets attendus ?
- Les modèles nationaux de coordination reposent sur des principes largement partagés : décloisonner les pratiques, renforcer la coopération interprofessionnelle, assurer la continuité du suivi des patients. Ces orientations répondent à un constat désormais bien documenté : la fragmentation des systèmes de santé compromet l’accès aux soins et fragilise la qualité du suivi, en particulier pour les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques. Dans cette perspective, les dispositifs de coordination apparaissent comme des leviers structurants de transformation…
- Dans quelles conditions ?
- Ces modèles supposent en effet certaines conditions implicites. Ils présupposent une densité médicale suffisante pour répartir la charge de travail, une pluralité d’acteurs permettant la mutualisation des compétences et une stabilité des équipes favorisant une coopération durable. Or, en contexte insulaire, ces conditions ne sont pas toujours réunies.
- Pouvez-vous développer ?
- La faible densité professionnelle, le vieillissement des praticiens, la dispersion géographique des populations et la dépendance à quelques pôles hospitaliers structurants modifient profondément l’équilibre du système. Lorsque les équipes sont restreintes et fortement sollicitées, la priorité devient la réponse à la demande immédiate de soins. Le temps consacré à la concertation, à l’échange d’informations et à l’anticipation des parcours peut se réduire. La coordination repose alors davantage sur l’engagement individuel que sur des mécanismes organisationnels stabilisés. Dans ces territoires, la proximité géographique ou relationnelle ne garantit pas nécessairement une coordination formalisée. Les acteurs peuvent se connaître et travailler dans un espace restreint, sans que cela suffise à produire une continuité réellement fluide des parcours. L’insularité agit ainsi comme un révélateur : elle met en lumière l’écart possible entre la conception des dispositifs et les conditions concrètes de leur mise en œuvre.
- Quid aujourd’hui ?
- On ne saurait évidement ignorer les dynamiques de transformation en cours. L’ouverture progressive des deuxième et troisième années de médecine à l’Université de Corse constitue une étape structurante dans l’ancrage territorial de la formation médicale. La trajectoire engagée vers la création d’un Centre Hospitalier Universitaire témoigne également d’une volonté d’articuler plus étroitement formation, recherche et soins cliniques. Ces évolutions traduisent une tentative d’adaptation institutionnelle aux contraintes socio-territoriales. L’insularité ne constitue donc pas un obstacle en soi à la coordination des soins, mais elle en modifie les conditions d’effectivité. Les dispositifs nationaux offrent un cadre structurant et une orientation claire vers le décloisonnement. Leur impact dépend cependant d’un équilibre fragile entre ressources humaines disponibles, soutenabilité des équipes et configuration territoriale. Le territoire insulaire ne remet pas en cause les modèles ; il en révèle les conditions nécessaires.
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