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INTERVIEW - Le nouveau procureur de la République d'Ajaccio, Nicolas Septe déroule sa feuille de route

« Il est important que la population corse ait l’impression que l’on ne s’attaque pas toujours au plus faible »


Vincent Marcelli le Mardi 12 Octobre 2021 à 17:45

Arrivé tout droit de Charentes-Maritimes, Nicolas Septe, nouveau procureur de la République d’Ajaccio a pris ses nouvelles fonctions le 1er septembre dernier. Magistrat au parquet depuis une vingtaine d’années ce Breton d’origine a exercé les fonctions de substitut, directeur d’administration pénitentiaire avant d’entamer une carrière de procureur à Cahors.
Ajaccio est le troisième poste de cet homme qui se qualifie de terrain, souhaitant être au plus près des citoyens avec pour priorités la délinquance dite occulte, les violences conjugales et la lutte contre les atteintes à l'environnement.
Il déroule sa feuille de route pour les lecteurs de CNI



Nicolas Septe, procureur de la République d'Ajaccio (Photo Michel Luccioni)
Nicolas Septe, procureur de la République d'Ajaccio (Photo Michel Luccioni)
- Vous avez été nommé en Corse le mois dernier. Quel est votre sentiment sur l’île ?
- Ces postes sont proposés par le Garde des Sceaux, ils sont intéressants dans un parcours professionnel et ne se refusent pas. La Corse est un pays attachant. Je suis Breton d’origine et je peux comprendre l’enracinement des Corses à leur terre, leur langue, leurs traditions et leurs attentes en ce qui concerne la préservation de l’environnement. Je suis ravi d’être ici.
 
- Aviez-vous déjà connaissance de la problématique corse en matière de justice ?
- Ce ne sont pas des postes que l’on choisit à la légère. C’est un poste où l’on est exposé. Il nécessite une certaine expérience puisque l’on touche à la délinquance dite « occulte » sans doute plus marquée ici qu’ailleurs. Il y a aussi la délinquance du quotidien dont on a tendance à penser qu’elle n’existe que très peu. Elle est au contraire très présente et se caractérise par le trafic de stupéfiants, les accidents de la route, les violences conjugales. Et tout cela ne diffère pas d’un territoire à l’autre.
 
- Quels sont les grands traits de la délinquance en Corse ?
- On note surtout une augmentation très importante des violences conjugales, les chiffres sont en hausse et cela révèle que d’une part, la parole se libère, les associations font leur travail pour faire avancer les dossiers et faire en sorte que les victimes portent plainte, et de l’autre, une certaine sensibilité de la population à l’égard de ce type de violence. Il faut trouver les moyens intelligents de traiter humainement et psychogiquement cette problématique qui se développe dangereusement dans toute la France. Nous travaillons, notamment avec l’hôpital d’Ajaccio pour créer une unité judiciaire destinée à accueillir les victimes de violences conjugales, nous veillerons aussi à remettre en place certains dispositifs afin de mieux gérer la prise en charge des victimes...C’est une priorité du ministère, c’est aussi une priorité d’un point de vue social.
 
- Vous avez évoqué des violences occultes. De quoi s’agit-il ?
- Nous avons du travail dissimulé, une délinquance liée à la finance et une délinquance plus violente, je pense notamment aux destructions par incendie, aux règlements de compte. Le Grand banditisme reste très présent dans l’île même si beaucoup d’actions judiciaires ont été menées pour endiguer ce fléau. Nous travaillons à cet effet avec la JIRS de Marseille et le Pôle économique et financier de Bastia.
 
- Beaucoup de meurtres et pas seulement en ce qui concerne le Grand Banditisme, restent non élucidés, bien des années après pour certains...
- Tous les dossiers sont en instruction comme celui relatif à l’assassinat d’un enseignant à Afa qui a fait l’objet d’une émission TV. N’ayant pas assez de recul sur ce dossier, je ne me suis pas permis d’y participer. Nous avons 170 dossiers en instruction. Les procédures sont longues mais elles avancent. Il est important que la population corse ait l’impression que l’on ne s’attaque pas toujours au plus faible. Il y a un besoin de justice, d’égalité de traitement et nous devons y répondre. On ne peut pas taper sur le délinquant local multirécidiviste qui conduit sans permis et ne pas aller chercher ceux qui sont responsables de méfaits dissimulés qui par leur action génèrent un trouble social. On évoque le terme de mafia pour qualifier ces agissements, il y a, certes, des techniques mafieuses mais cela n’a aucune commune mesure avec ce que l’on peut voir ailleurs. Il y a aussi les problèmes liés à l’environnement. La Corse vit beaucoup du tourisme. La lutte contre les atteintes à l’environnement est aussi l’une de nos priorités avec la délinquance occulte et les violences conjugales.
 
- En revanche, le fléau de la drogue sévit toujours ?
- C’est nécessaire d’y travailler car il prend de l’ampleur. On constate que les jeunes corses n’échappent pas au problème de la consommation de stupéfiants. La Corse a longtemps été épargnée, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La marchandise arrive. On s’attaque à ce fléau avec la douane, la PJ, la section de recherche et la gendarmerie pour démanteler les trafics. Il y a beaucoup d’argent en jeu et les groupes criminels ont tendance à se reporter vers ce trafic.
Qu’en est-il en Corse de l’Islam dit radicalisé ?
Le risque zéro n’existe pas mais l’Islam dit radicalisé est très peu présent voire insignifiant dans l’île. On est moins touché qu’ailleurs par ce phénomène.


- Que vous inspire le retour du FLNC ?
- Je n’en pense rien. Je considère que ma mission consiste à éviter toutes les formes de violence. On évoque une situation politique mais je ne rentre pas dans ce débat. La justice doit, quoiqu’il arrive, rester indépendante Après, il y a un code pénal et j’appliquerai la loi.

 
- D’autres thèmes abordés ?
- Le phénomène du cyber-harcèlement qui touche aussi la Corse par les réseaux sociaux et les smartphones. C’est une préoccupation majeure et je me suis récemment entretenu avec la Rectrice de l’Académie de Corse sur ce sujet important pour notre jeunesse. Nous mettons en place des actions préventives dans les établissements afin d’informer les élèves de ces méfaits. On doit également travailler avec les associations de parents d’élèves, les corps enseignants et les chefs d’établissements. Je note également les accidents de la route, un fléau contre lequel nous devons travailler de manière préventive pour sensibiliser les plus jeunes. Je ne suis là que depuis quatre semaines mais je mesure déjà combien la vitesse ou le manquement des règles de sécurité sont à l’origine de bien des accidents.
 
- Vous inscrivez-vous dans la durée ?
- Le mandat peut aller jusqu’à sept ans. Et j’aime effectivement m’inscrire dans la durée. Il faut vivre au milieu de la population locale et si le Garde des Sceaux donne les grandes lignes de ce qui est mis en place, nous pouvons nous adapter au territoire et au terrain. Je dois veiller à ce qui sera le plus efficace par rapport aux attentes de la population.


- La charge de procureur est-elle plus lourde à assumer en Corse qu’ailleurs ?
C’est peut-être plus difficile. J’ai la chance d’avoir une équipe solide et rodée à mes côtés. On ne va pas résoudre tous les problèmes mais on peut faire avancer les choses.

 














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