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Hyacinthe Vanni : « La Cour des comptes n’a pas compris que les Chemins de fer de la Corse ne sont pas les TER ! »


Nicole Mari le Mercredi 24 Février 2021 à 21:01

C’est un véritable réquisitoire contre l’Exécutif nationaliste et la SEML (société anonyme d’économie mixte locale) des chemins de fer de la Corse (CFC) que livre, une nouvelle fois, la Cour des comptes, via un rapport sur la compétence Transports ferroviaires de la Collectivité de Corse (CdC). En mai 2018, la Chambre régionale avait déjà pondu un rapport très controversé quant à sa méthode, ses résultats et ses motivations. Bis repetita ! Le président des CFC et vice-président de l’Assemblée de Corse, Hyacinthe Vanni, s’étonne de n’avoir jamais été auditionné. Il dénonce un rapport qui vient à point nommé, truffé de chiffres faux et de contre-vérités. Il explique, à Corse Net Infos, que la juridiction financière n’a toujours rien compris aux spécificités du rail corse et qu’elle est ignorante de la loi.



Hyacinthe Vanni, président des Chemins de fer de la Corse, vice-président de l'Assemblée de Corse et président du groupe Femu a Corsica.
Hyacinthe Vanni, président des Chemins de fer de la Corse, vice-président de l'Assemblée de Corse et président du groupe Femu a Corsica.
- Un nouveau rapport de la Chambre régionale des comptes met, encore une fois, en cause la gestion de la SEML des CFC. Comment réagissez-vous ?
- Je dois, d’abord, faire part de ma perplexité. Ce rapport porte sur la compétence ferroviaire de la Collectivité de Corse (CdC) de 2010 à 2019, je ne comprends pas ce que la SEML des chemins de fer vient faire là-dedans ! La CdC, qui a la direction des transports, porte tous les investissements en matière de transports qu’ils soient ferroviaires, routiers, aériens, maritimes… La SEML s’occupe exclusivement de la gestion des Chemins de fer corses à travers une DSP (Délégation de service public), ça n’a rien à voir ! Et pourtant, une partie importante de ce rapport est consacré à la SEML, c’est curieux ! En mai 2018, la Chambre régionale des comptes avait déjà publié un rapport que nous avions dénoncé à l’époque. Les 12 recommandations faites alors étaient déjà pratiquement toutes appliquées avant ma prise de fonction en 2016, et sont toutes mises en œuvre depuis. Mais, ce qui est le plus étrange et je dirais même paradoxal, c’est que la Chambre régionale des comptes revient sur la gestion des chemins de fer sans auditionner le président des Chemins de fer !
 
- La Chambre régionale des comptes ne vous a-t-elle pas auditionné ?
- Non ! Jamais ! En tant que président des CFC, je n’ai jamais été auditionné ! Je me demande bien pourquoi ! Si la Chambre régionale des comptes avait d’autres griefs à nous reprocher, pourquoi ne nous a-t-elle pas interrogés ? J’aurais répondu très sereinement. Nous aurions pu expliquer un certain nombre de choses et surtout porté la contradiction sur des chiffres qui sont inexacts. Mais, nous n’avons jamais été ni auditionné, ni convoqué à une réunion, ni sollicité pour donner des documents ou des chiffres. On ne nous a rien demandé concernant la gestion de 2016 à 2019. Je n’ai jamais été entendu sur quoi que ce soit, ce n’est pas normal ! Vu qu’il y a un certain nombre de chiffres qui sont inexacts et que nous aurions pu rectifier. Je rappelle que les chiffres, que nous avançons, sont validés à l’unanimité par le Conseil d’administration et surtout par l’expert-comptable et le commissaire aux comptes.

- Quels chiffres sont inexacts ? Ceux des effectifs ?
- Oui ! Déjà ! Notre effectif est constant. Il y avait 263 personnes employées aux CFC en 2015, il y en a toujours 263 aujourd’hui. Nous n’avons remplacé que les départs à la retraite. Le rapport prétend ensuite que la contribution de la CdC à la SEML va doubler. C’est faux ! Cette contribution est stable, voire en nette diminution depuis 2012 : elle était de 19 863 € en 2012, elle est de 19 332 € aujourd’hui. Elle intervient dans le cadre d’une DSP de 10 ans, elle ne peut pas doubler, elle est contractuelle. Ce sont quand même des erreurs importantes faites par la Chambre régionale des comptes ! Et ce n’est pas fini. Il y a une autre erreur encore plus frappante sur les rotations. La Chambre régionale des comptes dit que nous avons dimensionné nos effectifs pour dix trains qui font dix rotations par jour. C’est une affirmation ahurissante ! Si nous avons bien 10 trains en circulation parce que 2 sont en maintenance, ils font 80 rotations par jour ! La Chambre régionale utilise ce chiffre de 10 rotations pour ensuite décliner qu’il y a 40 personnes en plus, elle n’a rien compris ! C’est édifiant sur la façon dans cette étude a été menée !
 
- Pourtant, le rapport pointe une inflation de 73% de la masse salariale ?
- C’est totalement faux ! La masse salariale, depuis 2016, a augmenté de 1% par an, elle s’indexe sur l’augmentation du SMIC. Les éléments variables de solde n’ont pas augmenté depuis 2013. Je le répète : ces chiffres sont certifiés par le commissaire aux comptes. Je ne vois pas du tout où la Chambre régionale est allée chercher ceux qu’elle avance ! Même chose sur les accords d’entreprise, il n’y a pas eu de surenchère, comme le prétend le rapport. A titre d’exemple, les cheminots ont donné un jour de RTT pour a Festa di a Nazione qui n’a donc pas été imputé en jour supplémentaire. Il faut rester sérieux ! Un cheminot débutant perçoit 1500 € brut par mois. Maintenant, si le fait de payer les frais, c’est-à-dire un casse-croute pour ceux qui débutent à 5 heures du matin, si le fait de payer une prime à des gens qui travaillent la nuit ou le dimanche, c’est un passe-droit pour la Chambre régionale des comptes, pour moi, c’est la stricte application de la réglementation.
 
- Malgré vos explications en 2018, le rapport persiste à stigmatiser le faible temps de travail des cheminots corses de 6 heures par jour…
- Je rappelle, encore une fois, qu’en termes de temps de travail, nous sommes contraints par l’administration et par notre organisme de contrôle qui imposent : pas plus de 6 heures de travail par jour pour les conducteurs et les chefs de train. C’est la réglementation. On ne peut pas y déroger ! Je répète ce que j’avais déjà dit en mai 2018 : les chemins de fer de la Corse ne peuvent pas être hors-la-loi ! L’auteur du rapport n’a toujours absolument rien compris au métier des cheminots corses et aux contraintes qui sont imposées en termes d’amplitude horaire, de sécurité, de conditions de travail et même la géographie spécifique au rail corse.
 
- La Chambre régionale vous fait une recommandation : « limiter au strict nécessaire le nombre d’agent sur chaque fonction ». Qu’en pensez-vous ?
- Tous les recrutements ont été faits sur des agents polyvalents qui peuvent aller dans les gares et dans les trains. Je suis très fier de dire que la direction des CFC se compose de 9 cadres, tous issus de l’université de Corti, avec une moyenne d’âge de 40 ans, 44 agents de maîtrise et 210 exécutants. Les postes, dont nous avions besoin, ont, tous été créés ou pourvus. Nous sommes un service public, pas une usine à gaz ! Nous sommes obligés de dimensionner nos effectifs pour assurer un service public 365 jours sur 365, dimanche et jours fériés. Nous avions une convention d’assistance avec la SNCF pour un montant d’1,5 million € que nous avons réduit aujourd’hui à 500 000 € avec un transfert de compétences dans le domaine de la sécurité, des marchés publics, et dans le domaine financier. Nous avons passé plus de 140 marchés publics, ce n’est pas rien ! Nous avons gardé tous les corps de métiers : les mécaniciens, les cantonniers… Cela aussi, c’est une fierté ! Les Chemins de fer sont en ordre de marche. Faire fonctionner des trains, c’est-à-dire l’héritage des AMG 800 qui ne passent pas dans les tunnels, qui ont des problèmes de maintenance énormes et doivent être vérifiés à chaque trajet, cela relève du miracle ! 

- Le rapport dit que « l’exploitation manque d’efficience », « l’attractivité s’essouffle, le nombre de voyageurs baisse ». Ce qui revient à insinuer que vous ne seriez pas capable de gérer ?  
- Là aussi, c’est du n’importe quoi ! Nous avons, depuis 2016, doublé le nombre de voyageurs et doublé les recettes à effectif constant, et nous ne sommes pas capables de gérer ! Les CFC transportent, aujourd’hui, 1,2 million de passagers. En 2016, ils transportaient 700 000 personnes, je ne connais pas beaucoup d’entreprises qui doublent en 5 ans leur taux de voyageurs et leur chiffre d’affaires avec une voie unique et une CCVU (commande centralisée à voie unique) qui s’arrête à Casamozza ! Les trains sont bondés, nous sommes au maximum de nos capacités, je ne vois pas comment on peut faire plus avec le matériel dont on dispose ! Sous trois ans, avec le nouveau matériel roulant, nous pourrons évidemment transporter beaucoup plus de personnes.
 
- Le rapport vous compare au TER. Cette comparaison est-elle pertinente ?
- Non ! Elle est incroyable ! Je ne comprends pas comment on peut comparer des choses qui ne sont pas comparables. Les comparaisons doivent être faites avec des chemins de fer qui ressemblent à ceux de la Corse. Que la Chambre régionale nous compare aux Chemins de fer de Provence, au Train Blanc, à des structures qui ressemblent à la nôtre, soit ! Mais, avec un TER, non ! Un TER est un chemin de fer classé en première catégorie, c’est-à-dire à double voie avec une CCVU sur toute la voie, qui transporte des milliers de personnes par jour, alors que nous sommes classés en deuxième catégorie, c’est-à-dire à voie unique et après Casamozza en cantonnement téléphonique avec une personne qui envoie le train d’une gare à l’autre. Il n’y a pas du tout le même volume de voyageurs. Une telle comparaison, ce n’est pas sérieux !
 
- Pourquoi la Chambre régionale la fait-elle ?
- C’est bien la question ! Cela relève, soit de l’amateurisme, soit d’un vrai manque de connaissance des chemins de fer, soit d’une volonté délibérée de nous dénigrer, c’est inacceptable ! Il aurait été plus simple pour la Chambre régionale des comptes de se rapprocher des Chemins de fer de la Corse, nous lui aurions expliqué nos spécificités qu’elle a apparemment tant de mal à comprendre ! Mais c’est vrai que cela n’aurait pas eu le même résultat de nous comparer à des structures comparables : les Chemins de fer de Provence sont en faillite, ils sont, eux aussi, adossés à la région, mais ne fonctionnent plus. Idem pour le Train Blanc. Les structures par cantonnement n’existent plus sur le continent. Nous, nous sommes compétitifs, attractifs, nous avons un site Internet, nous faisons des enquêtes d’opinion, nous avons réussi le développement du chemin de fer à effectif constant. Je rappelle enfin, notamment à l’opposition qui s’impatiente, que 80 % du rapport de la Chambre régionale des comptes les concernent !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 


















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