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Hommage au préfet Erignac : Macron défend le « giron républicain » et écarte toute amnistie


Rédigé par Sylvain Amiotte le Mardi 6 Février 2018 à 16:19 | Modifié le Mardi 6 Février 2018 - 21:46


Au premier jour de sa visite sur l’île, le président de la République a rendu hommage au préfet Claude Erignac en inaugurant à Ajaccio une place à son nom, vingt ans jour pour jour après son assassinat, en présence de sa veuve Dominique et de ses deux enfants. Plaidant pour un dialogue « refondé » et « assaini », mais écartant toute amnistie, Emmanuel Macron a avant tout défendu l’ « union indéfectible » de la Corse et de la République. Avant un discours politique très attendu, mercredi après-midi à Bastia, le chef de l’Etat a simplement appelé à « ménager un avenir » à l’île, mais « sans transiger avec les requêtes qui la feraient sortir du giron républicain ».


Cette première séquence de la visite d’Emmanuel Macron se voulait avant tout mémorielle, et elle le fut, avec la présence inédite de Dominique Erignac, veuve du préfet assassiné, qui a pris la parole, et de leurs deux enfants. Arrivé vers 11h20 rue Colonel-Colonna-d’Ornano, le chef de l’Etat a d’abord déposé une gerbe au pied de l’olivier planté sur le lieu même de l’assassinat du préfet, devant la salle de concert du Kalliste, le soir du 6 février 1998. Après une Marseillaise entonnée par un chœur d’hommes, le président de la République et la famille du haut fonctionnaire ont dévoilé la plaque baptisant la petite place du nom de Claude Erignac.

Une cérémonie suivie par de nombreux élus corses, Gilles Simeoni en tête, à la seule exception notable et annoncée de Jean-Guy Talamoni, ainsi que par les trois ministres accompagnant le président, Gérard Collomb, Jacqueline Gourault et Marlène Schiappa. Mais également sous les yeux de Jean-Pierre Chevènement (ministre de l’Intérieur en 1998), des anciens préfets de l’île, du président du Sénat, Gérard Larcher, et du président du groupe La République en Marche à l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.

Après le témoignage très personnel mais aussi un brin politique de la veuve du préfet – « j’espère que la République ne faiblira jamais en Corse », lire notre article par ailleurs -, Emmanuel Macron a prononcé un discours très républicain d’une quinzaine de minutes, sans véritable surprise ni annonce quant à son positionnement en vue du dialogue avec la majorité nationaliste. Pour cela, il faudra attendre sa prise de parole politique, mercredi à Bastia.

"Ce qui s’est passé ici ne se justifie pas, ne se plaide pas"

Tout au plus, le chef de l’Etat a surligné deux lignes rouges déjà bien épaisses, écartant la perspective de toute amnistie des prisonniers dits politiques, et celle d’une indépendance de la Corse, en réaffirmant la place de celle-ci dans la République.

Emmanuel Macron a d’abord rendu hommage au préfet Erignac, "homme d'ouverture et de dialogue", "lâchement assassiné de trois balles dans la tête tirées par derrière à bout portant". Un geste « sans précédent, sans équivalent », s’agissant du « premier préfet à tomber en temps de paix ». «Ce qui s’est passé ici ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas», a déclaré le chef de l’Etat face à ceux qui sont encore tentés de banaliser ce crime en le justifiant par une lutte politique.

« On a tué un homme parce qu’il était un serviteur de la République. On a arraché un mari et un père à une femme et à deux enfants. Deux infamies qui déshonorent à jamais leurs auteurs », a-t-il poursuivi, avant de rappeler les manifestations géantes qui suivirent sur l’île, le 11 février 1998, « les plus grandes que l’île ait jamais connues ». « On compta jusqu’à 40 000 personnes bravant les intimidations, surmontant la peur qu’inspire toute barbarie. Ces compatriotes se sont levés pour dire leur colère, leur dégoût, sans banderoles, sans discours, dans le silence d’un deuil profond. Certains d’entre vous, parmi les militants de l’identité corse, vous êtes révoltés devant le dévoiement d’une cause déshonorée par la lâcheté, le sang et la mort.»

Après la manifestation nationaliste de samedi dernier à Ajaccio, dont la bataille des comptages varie de 5000 à 20000 personnes, cette référence subliminale et chiffrée du chef de l’Etat sonne à l’évidence comme le rappel d’un intérêt suprême face à la tentation indépendantiste, celui de la paix et de l’unité au sein de la République, autour d’une histoire et de valeurs communes.

"La Corse a été salie par ce crime"

Emmanuel Macron a d’ailleurs cherché à le démontrer en opposant l’assassinat du préfet Erignac à la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale : «  La Corse, terre de fierté et de dignité, a été salie par ce crime. C’est pour cela qu’elle s’est levée. Parce qu’elle ne voulait pas qu’on la croit ni comptable ni coupable de cette ignominie. Parce qu’elle ne voulait pas que certains, au nom de la Corse, se fasse une gloire de ce forfait en l’habillant du beau nom de résistance. Car on sait encore, dans toutes les familles de France, et particulièrement en Corse, qui fut le premier territoire français libéré de l’occupant, ce que fut l’Occupation, et ce que fut la Résistance. »

"En Corse, on s'est battu pour une indépendance, celle de la France"


Et le chef de l’Etat, saluant les « vrais héros français qui souvent furent des Corses » (dont le colonel Colonna d’Ornano et le préfet Fred Scaramoni, morts en 1941 et 1943), de conclure sa démonstration sous les applaudissements : « Ici en Corse, on s’est battus pour une indépendance, c’était l’indépendance de la France et sa place éminente parmi les nations libres. »

Emmanuel Macron a enfoncé le clou : « La République n’oublie ni ses origines, ni son histoire, ni ses principes, ni ses combats. L’histoire de la Corse en fait partie. Elle a ses morts pour la patrie et ses héros ne sont pas des lâches. Ce 6 février 1998, des Français se sont retournés contre la Nation, ils ont pris les armes contre la République. Un tel acte n’a rien à voir avec une prétendue lutte de libération. C’est la simple trahison des idéaux qui nous rassemblent. C’est un de ces actes de terrorisme dont notre Nation eut encore récemment à subir la barbarie.»

"Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise"


C’est par un appel au rassemblement que le président a achevé sa plaidoirie républicaine : « En inaugurant cette place Claude Erignac au cœur d’Ajaccio, nous scellons notre union indéfectible dans la République. Il aura fallu cet odieux attentat pour que nous comprenions combien ce qui nous unit est plus fort, plus durable, que ce qui nous divise. »

Quid de l’avenir et des revendications nationalistes ? Le président n’en dira pas un mot, glissant simplement en guise de préambule à son discours de Bastia : « Le nom de Claude Erignac apposé ici et cet olivier, symbole de concorde, sont un appel à la raison et le ferment d’un dialogue renouvelé, refondé, assaini. »

"La justice sera suivie sans amnistie"


Seule, la demande d’amnistie des prisonniers dits politiques a été rapidement écartée. S’adressant à la veuve Erignac et à ses deux enfants : « C’est la justice de la République qui a été rendue. Et elle sera suivie sans complaisance, sans oubli, sans amnistie. » Une confirmation qui n'a pas surpris les élus nationalistes, qui espèrent davantage un rapprochement des prisonniers sur l'île.

"Ménager à la Corse un avenir"

Vingt ans après le drame, la ligne directrice portée par le préfet Erignac n’a pas changé, selon Emmanuel Macron, qui entend « œuvrer à une île réconciliée »« Cette mort a eu pour effet d’éloigner la tentation de la violence et du sang. Elle aura ranimé l’exigence du droit et du dialogue démocratique. »

Avec quel degré d'autonomie ? Mystère pour l'heure : « La République doit conserver cette ambition de ménager à la Corse un avenir qui soit à la hauteur de ses espérances, sans transiger avec les requêtes qui la feraient sortir du giron républicain. » Voilà qui est redit. Rendez-vous mercredi à 15h30 au centre culturel Alb'Oru pour plus de détails.

En attendant, Emmanuel Macron doit rencontrer ce mardi soir Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni au siège de la CTC. En ayant réservé, un peu plus tôt dans l'après-midi, la primeur d'un entretien au maire LR d'Ajaccio, Laurent Marcangeli.





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