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Guy Armanet : « Il faut 360 000 € pour dépolluer la rivière de Botte ! C’est la limite du tout-tourisme ! »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 19 Août 2018 à 00:37 | Modifié le Lundi 20 Août 2018 - 01:18


Le weekend dernier, dans la nuit de samedi à dimanche, quelqu'un, excédé par la sur-fréquentation touristique, a déversé plusieurs litres d’huile de vidange usagée dans la rivière de la vallée de la Lota, au lieu dit "Botte" à cheval sur les deux communes de San Martinu et Santa Maria di Lota. Une piscine naturelle où des dizaines de personnes - et pas seulement des résidents - viennent se baigner quotidiennement. Le maire, Guy Armanet, condamne un acte « inacceptable ». Plutôt désabusé, il a affiché dans la commune la facture de dépollution qui s’élève à 360 000 €. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il est complètement démuni face à cette situation et qu’il est impératif de réfléchir à une meilleure gestion et protection des sites naturels corses.


Pollution de la rivière de la vallée de la Lota au lieu dit Botte !
Pollution de la rivière de la vallée de la Lota au lieu dit Botte !
- Quelle est votre réaction devant la pollution volontaire de la rivière ?
- Que voulez-vous que je vous dise ? Si ce n’est de constater la stupidité des gens, une fois de plus ! L’acte est répréhensible et signifie : « Je ne peux pas profiter du bassin, donc personne n’en profite ! ». C’est une politique de la terre brûlée ! C’est inacceptable ! Il y a une vie dans la rivière et dans ce bassin, on ne peut pas faire n’importe quoi ! Il faut quand même garder raison !
 
- Avez-vous porté plainte ?
- Non ! Contre qui ! On ne sait pas. Pour quoi ! C’est la stupidité des gens ! Les gens ne se rendent pas bien compte de ce qu’il se passe dans ce genre d’endroits. La personne, qui lance l’alerte, y allait baigner son chien tous les matins ! Je crois que cela résume un peu l’état d’esprit, non seulement des gens, mais aussi la méconnaissance du lit de la rivière et des endroits où on peut effectivement se baigner et ceux où on ne devrait pas. On baigne son chien là où d’autres viennent se baigner avec leurs enfants ! Après, bien sûr, il y a des débordements !
 
- Avez-vous pris des mesures d’interdiction de baignade ?
- Nous avons demandé aux gens de ne pas se baigner dans la rivière, mais, de toute façon, toute mesure d’interdiction serait nulle et non avenue parce que les gens ne font que ce qu’ils veulent faire, quoi qu’il arrive ! Nous les avons informés que la rivière était bel et bien polluée et qu’il était fortement conseillé de ne pas la pratiquer. Nous n’avons pas les moyens de contrôler la baignade dans ce genre d’endroits, ni même ailleurs.
 
- Que comptez-vous faire maintenant ?
- Pas grand chose ! Une rivière, c’est toujours très particulier avec des univers un peu confinés et qui peuvent être très vite dégradés par n’importe quelle pollution. Nous avons envoyé les employés municipaux pour qu’ils déterminent l’ampleur de la pollution. Nous avons essayé de faire avec les moyens du bord et de remettre un peu les choses en l’état. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? Nous avons été très rapidement sollicités par une entreprise qui fait ce genre de nettoyage et qui nous demande 360 000 € ! C’est hors de prix ! Il faudrait, en outre, plus d’un mois pour remettre l’endroit en état sans avoir la garantie que ce serait complètement dépollué.
 
- Pourquoi ?
- Parce que lorsqu’on dépollue à Figarella, la pollution va descendre le lit de la rivière jusqu’à l’embouchure de Miomo. Comme il n’y a pas d’eau, elle ne va peut-être pas y arriver, mais elle devra bien stationner ailleurs. Donc, cette opération est nulle et non avenue ! On ne traite pas le problème, on le déplace ! La difficulté est là.

Le maire, Guy Armanet.
Le maire, Guy Armanet.
- En tant que maire, vous sentez-vous quelque peu démuni face à ce type de situation ?
- On n’est pas démuni, on est complètement démuni ! Cette situation, il en existe plein sur la commune. Sur les hauteurs, des trous d’eau où les gens peuvent se baigner, il y en a peut-être une quinzaine ! Sauf que celui-là a attiré le regard parce que des véhicules stationnent en bord de route et que la curiosité a fait arriver d’autres gens. Il est devenu plus connu et plus fréquenté que d’autres.
 
- Est-ce la première fois qu’un tel acte survient ?
- Que quelqu’un jette de l’huile de vidange, c’est la première fois. Ou tout au moins, c’est la première fois qu’on nous le signale. De toute façon, c’est le genre d’endroits qui, à la fin du mois d’août s’est auto-pollué, vu la forte fréquentation. Il n’y avait pas besoin de cette pollution supplémentaire ! Mais elle appelle à une réflexion beaucoup plus large sur les sites de Corse que l’on veut protéger, garantir et sur la fréquentation appropriée. Les gens, qui viennent en vacances, profitent aussi de la rivière, la fréquentation est alimentée par les locations dans les villages et autres… Tant que ça reste acceptable, ça va, mais quand il y a 30 serviettes autour d’un bassin de 10 m2, vous comprenez bien qu’on n’a pas besoin d’une huile de vidange pour polluer ! Même si l’acte en soi est totalement répréhensible et inacceptable.
 
- Est-ce un problème de sur-fréquentation touristique ?
- L’été, la rivière est effectivement impactée par un nombre important de touristes et de gens du cru qui vont se baigner dans des endroits qui sont, comme je l’ai dit, assez confinés. C’est pour cela que ça s’appelle « e Botte ». Il y a deux endroits extrêmement confinés où les gens peuvent se baigner en essayant de polluer le moins possible. Pour être allé sur place, je me suis rendu compte que dès que l’on s’écarte de la zone de baignade qui, aujourd’hui, est polluée, les choses sont bien plus critiques encore ! C’est lamentable !
 
- Faut-il repenser la protection des sites naturels corses et la renforcer ?
- Oui ! Je pense qu’il faut totalement la repenser. En tous les cas, il faut essayer d’avoir une gestion un peu plus pointue des sites. On se rend compte, cette année, pour la première fois, avec les orages et les crues en montagne, les catastrophes comme celle que nous avons connue à Soccia, que les gens fréquentent des endroits en montagne qu’il faut encadrer différemment. Au même titre que dans la commune d’ailleurs, des endroits très privilégiés que très peu de monde connaît, côtoie et pratique. Sauf que là aussi, cette année, pour la première fois, la fréquentation a débordé… C’est la limite du tout-tourisme !
 
- Faut-il limiter les flux de touristes comme le font d’autres pays pour protéger leurs richesses naturelles ?
- Oui ! Mais c’est très compliqué à gérer ! On est au milieu du maquis, il faut marcher quelques centaines de mètres pour découvrir un endroit tranquille à l’abri des regards… C’est toujours pareil ! Si vous voulez aménager le site ou faire les choses bien, il faut avoir les moyens de le surveiller, de le nettoyer, de l’entretenir, de donner la possibilité aux gens de jeter leurs détritus ailleurs que dans le maquis. Cela impose beaucoup de contraintes. Il faut, donc, repenser la protection et la valorisation et arriver à des solutions pour plus et mieux encadrer la fréquentation. Cela éviterait peut-être des dérapages… Mais, je le répète : c’est compliqué ! Et quoi qu’il en soit, la gestion sera onéreuse et difficile à partager avec tous. La preuve, c’est dans le partage qu’il y a problème !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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