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Guerre de 14/18 : le 173ème R.I, le «Régiment des Corses »


Philippe Jammes le Mercredi 11 Novembre 2020 à 18:20

A l’occasion des cérémonies du 11 novembre, on s’est souvenu, plus particulièrement en Corse, des morts au 173ème Régiment d’Infanterie, celui qu’on appelait le «Régiment des Corses».



Paul Stuart, président départemental de l'Amicale des 173ème et 373ème R.I.
Paul Stuart, président départemental de l'Amicale des 173ème et 373ème R.I.

Dans l’histoire de l’infanterie française le numéro 173 est attribué pour la première fois à la 173ème Demi-brigade, créée le 26 mars 1793 dans la région de Longwy et Thionville. Elle s’illustre lors des combats de Belgique,  en juin 1794 à Fleurus et à en septembre 1794 à Sprimont.
Elle a seulement vécu et combattu pendant deux ans et ces 2 batailles sont inscrites sur son drapeau.
«Héritier des traditions de cette brigade, le 173ème Régiment d’Infanterie est créé le 15 avril 1913 à Nice » explique Paul Stuart, président de l’Amicale des 173 et 373ème RI. «Il reçoit son drapeau des mains du Président de la République le 14 juillet 1913 à Paris »
Désigné pour servir en Corse, en septembre 1913 le 173ème RI permute alors avec le 163ème RI qui lui s’installe à Nice. Le 173ème se déploie alors sur l’île avec à Bastia un chef de corps, Drapeau et 4ème bataillon, à Ajaccio avec le 2ème bataillon, à Corte avec le 3ème bataillon moins une compagnie, à Calvi avec une compagnie du 3ème bataillon, à Bonifacio avec le 1er bataillon moins une compagnie et à Sartène avec une compagnie du 1er bataillon. «Les soldats n’étaient pas tous corses mais venaient de tous les coins de la France » précise Paul Stuart, «Au départ ce sont les réservistes corses qui ont complété le régiment» 


Le 2 août 1914, lorsque la mobilisation générale est décrétée, le 173ème RI se regroupe à Ajaccio et embarque le 9 août au soir. Il débarque le lendemain à Marseille et se rend en train dans l’Est de la France. Le 15 août, il prend position au sud-est de Nancy.
La grande guerre commence et le régiment ne tarde pas à connaître la longue et dure épreuve du feu.
«Ses premiers combats ont lieu le 20 août 1914 à Dieuze, dans la Moselle » raconte Paul Stuart. Pour le 173ème les combats se poursuivent sur la Meurthe le 23 août. De septembre à novembre, il participe à la 1ère bataille de la Marne à Mogneville, Esnes en Argonne, Côte 304, Béthincourt, Malancourt. De décembre 1914 à juin 1915, il se retrouve dans les tranchées en Champagne : Les Eparges, La Gruerie, L’Argonne, Villers-Cotterêts, Craonne. Pour le 173ème les hostilités se poursuivent ensuite de décembre 1915 à mai 1916 toujours en Champagne à Mesnil les Hurlus et Butte du Mesnil, de mai 1916 à août 1917 dans la fameuse bataille de Verdun, de octobre 1917 à juin 1918 en Lorraine au Nord-Est de Nancy, sur la Seille. Enfin de juin 1918 à août 1918 le 173ème combat dans la région de Compiègne : Le Matz, Montdidier, Marquéglise, St Quentin, Ferme Forté.


Le 11 novembre 1918, l’armistice signe la fin de la guerre avec la victoire de la France.
«Avec ces 4 ans passés sur tous les champs de bataille, le 173ème RI entre dans la légende » indique P.Stuart. «Son courage et sa volonté de vaincre lui valent 4 citations à l’ordre de l’armée et le port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille militaire. Sur les soies de son drapeau, aux 2 premières de 1794, Fleurus et Sprimont,  viennent se joindre 4 nouvelles inscriptions : Verdun 1916, Le Matz 1918, Montdidier 1918 et St Quentin 1918 »
 Après la «Grande guerre», le 173ème RI fait partie des régiments d’infanterie désignés pour occuper la Rhénanie. Le 14 juillet 1919 le Chef de corps et le Drapeau du 173ème défilent sous l’Arc de Triomphe et sur les Champs Elysées à Paris.
«C’est le 1er janvier 1920 que le drapeau du 173ème retrouve la terre de Corse, accueilli avec enthousiaste et émotion à Bastia» ajoute P.Stuart. «Le retour après 2000 jours d’absence de celui qu’on surnommait le Régiment des Corses. Sa route a été tâchée de sang, une route jalonnée pour toujours par les 3451 tombes de ses glorieux soldats dont les noms demeurent à jamais gravés sur tous les monuments des villes et villages de l’Île. C’est dire si ce 11 novembre 2020, soit 100 après, cette cérémonie était particulière ».


Une amicale créée en 1919
Au lendemain de l’armistice, en 1919, est créée à Nice une Amicale* des 173ème et 373ème RI par les anciens combattants du 173ème et du 373ème  sous l’impulsion du capitaine J. Medecin qui s’était distingué à la tête de la 7ème Compagnie du 1er Bataillon à la Côte 304. «Le 373ème RI était le régiment frère, le dérivé du 173ème, le régiment des réservistes » précise P.Stuart. Ce Cette amicale est ouverte à tous ceux qui ont le privilège de servir sous le prestigieux numéro 173 à des titres divers, aux membres de leurs familles, aux amis et aux sympathisants.
«Le but de cette amicale et de maintenir les liens d’amitié entre les adhérents, de s’entraider mutuellement, d’honorer la mémoire des 3633 morts au Champs d’honneur, transmettre l’histoire du Régiment des Corses aux jeunes générations en donnant des conférences dans les établissements scolaires mais aussi en les faisant participer aux différentes manifestations patriotiques ».


Depuis sa création plusieurs mémoriaux ont été édifiés sur le continent: Marquéglise (Oise), Seboncourt, Reboncourt, Grougys (Aisne), Esnes en Argonnec (Meuse), Saint-Quentin (3 plaques réalisées en 2018 par l’équipe ajaccienne pour les soldats du 373ème).
En Corse aussi.
A Bastia avec une crypte aménagée en 1953 au Palais des Gouverneurs où figuraient les vitrines portant les noms des 3722 officiers, sous-officiers, caporaux et soldats tombés au Champ d’honneur au cours des deux guerres mondiales. La crypte sera déménagée en 1998. Tous les matériels qui la composaient ont alors été stockés et entretenus dans un local de l’Ancienne Maison du combattant jusqu’en 2008. Cette année là était ouvert à la Citadelle de Bastia, entrée Porte Louis XVI, le Musée de la Mémoire Combattante. Ouvert au public, l’implication de l’Amicale a été totale avec restauration et mise en place de l’ensemble des matériels qui composaient l’ancienne crypte.
A la caserne Marbeuf avec une plaque commémorative sur la façade de ce qui est aujourd’hui le lycée J.Nicoli, plaque rappelant le départ du 173ème le 5 août 1914.
Et à Borgo au camp Henri Martin avec l’édification d’une stèle en 1996  
 


Un livre a également été édité à 500 exemplaires en 1994, intitulé « La longue marche du 173ème RI».
Dans un autre ouvrage paru en 1929, l’officier français Léon Cuvelle,  prisonnier du camp de représailles de Flabas, au nord de Verdun, et auteur d'un carnet de route intitulé Leurs représailles**  mentionne le 173ème RI. En contradiction avec les conventions qui interdisaient de faire travailler des prisonniers de guerre à moins de 30 km du front, les Français employaient à cette époque des prisonniers allemands pour travailler sur la Voie sacrée.  L'Allemagne avait alors envoyé une lettre à la France, soulignant que si elle n'arrêtait pas, elle agirait de même. Ainsi à partir du 15 janvier 1917, les Allemands ont-ils rassemblé des prisonniers français et les ont entassés dans ce camp dit des représailles, sur le front côté allemand, à 500 mètres du bois des Caures sous le feu des obus français.  Ce camp de 1500 m2 seulement était constitué de baraques trop petites pour abriter tous les prisonniers. Le camp a été fermé quand les Français ont accepté les conditions et ont retiré les prisonniers allemands de la Voie sacrée.
«Dans son livre, Léon Cuvelle relate un épisode tragique de cette guerre de 14/18 » explique P.Stuart . «En effet, des soldats du 173ème qui avaient été faits prisonniers ont participé à la construction du camp de représailles de Flabas. Ce camp faisait 50 m sur 30 m et a regroupé 500 prisonniers de janvier à fin avril 1917, 200 périrent  du froid, de la nourriture mauvaise et en petite quantité, des brutalités des gardiens, de maladies et du travail forcé »
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*Amicale 173ème RI – Villa Saint Michel – 20290 Borgo. Tel : 04.95.36.00.86
** Lille : impr. Durant, Mercure de Flandre ; Valentin Bresle, éditeur, 1929
 

Insignes collection Roch Moresco, montage Raoul Pioli
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