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Gilles Simeoni : « Le mouvement nationaliste est assez mûr pour ne pas rentrer dans des logiques de division »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 2 Décembre 2018 à 22:49 | Modifié le Lundi 3 Décembre 2018 - 00:48


C'est, sans conteste, une démonstration de force qu'a réussi Gilles Simeoni, dimanche après-midi à Corte, en réunissant 1200 militants dans une assemblée générale aux allures de meeting. Dans un amphithéâtre comble, enthousiaste, qui lui était entièrement dévolu, le président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse (CDC) a, encore une fois, prouvé qu'il était le leader incontestable des Nationalistes modérés. S'il a exprimé son regret des absents, il a martelé la nécessité de créer le parti Femu a Corsica, comme il s’y était engagé en octobre 2017. Il s'est dit plus déterminé et plus serein que jamais, a réaffirmé la lutte contre la précarité comme priorité immédiate et lancé un appel aux militants pour quadriller le terrain. Il a, enfin, prévenu le Premier ministre, dont la visite est prévue en fin de semaine, de ne pas venir les mains vides. Interview.


Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse (CDC) et leader des Nationalistes modérés.
Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse (CDC) et leader des Nationalistes modérés.
- Quel est l’intérêt de créer aujourd’hui le parti Femu a Corsica ?
- Je tiens, d’abord, à dire que j’ai été surpris par l’ampleur de la participation. Plus de 1200 militants présents, cela signifie que la création de Femu répond, à la fois, à une attente et à un besoin. Femu est un parti de gouvernement qui doit accompagner et irriguer l’action du Conseil exécutif et l’ensemble de la majorité territoriale, C’est, aussi, un parti de militants dont nous avons, plus que jamais, besoin, y compris pour occuper les espaces que l’action institutionnelle ne peut pas occuper dans le domaine économique, social, politique, culturel, dans les villages, les rues, avec la diaspora... Femu est, enfin, un espace d’ouverture qui permettra d’aller vers la société corse toute entière, de travailler avec l’ensemble des forces vives et de préparer la transmission. Un enjeu fort des années à-venir est de former des jeunes pour qu’ils soient en situation de s’engager et de prendre des responsabilité.
 
- Le moment était-il opportun de créer ce parti ?
- C’est un parti qui vient à son heure. C’est un engagement fort que nous avions pris lors du congrès fondateur du 15 octobre 2017 et que nous avons réitéré lors de la campagne électorale. Nous avions, alors, bien dit que, désormais, il n’y aurait plus d’élus des anciennes structures qui composaient le mouvement, mais seulement des élus Femu, qu’ils aient ou non un engagement politique antérieur. Notre objectif est d’intégrer, à égalité de droits et de devoirs, aussi bien les quatre générations de militants nationalistes représentées dans la salle, que ceux qui nous ont récemment rejoint et ont envie d’apporter leur savoir-faire et leurs motivations pour construire ensemble ce pays. 
 
- Vous dites qu’il faut changer les choses. Lesquelles ?
- Dans les instances, en partie renouvelées aujourd’hui, dans la composition de la salle, dans les militants qui vont s’organiser par région, nous nous inscrivons dans la continuité de ce qui a été initié depuis 2008, et dans la capitalisation du travail que nous faisons, en dehors des logiques partisanes, au service de la Corse, de l’intérêt général et d’une certaine vision de ce peuple. Avec 56% des Corses qui nous ont fait confiance, nous ne pouvons pas rester sur des structures politiques anciennes répondant à une réalité électorale de 10% ou 15% des suffrages. La donne a fondamentalement changé. Nous devons être collectivement à la hauteur de la confiance qui nous a été manifestée. Construire et renforcer un outil comme Femu a Corsica est un des moyens de garantir cette confiance.
 
- Comment vivez-vous l’absence du PNC ?
- Nous aurions, bien sûr, préféré qu’il fût là et qu’il se mette en situation de respecter l’engagement, que nous avons pris ensemble, de dissoudre nos structures respectives pour constituer un seul groupe et un seul parti. La structure PNC a choisi, pour l’instant, de ne pas se dissoudre et de ne pas rejoindre Femu a Corsica. Nous en prenons acte. Pour notre part, nous nous inscrivons, de façon très sereine et très déterminée, dans le respect de la dynamique de changement et des engagements pris devant les Corses, et dans la concrétisation réelle et effective, la plus efficace possible, de l’espoir et des aspirations qu’ont manifesté les Corses en nous exprimant massivement leur confiance en décembre 2017. Nous sommes en phase avec les attentes des militants. Nous continuerons à discuter avec le PNC qui reste dans la majorité territoriale.
 
- Jean-Christophe Angelini vous reproche une ligne politique, une gouvernance... Vous dites que ne comprenez pas son argumentaire ?
- Les reproches exprimés publiquement ou de façon moins assumée, nous avons collectivement du mal à les comprendre ! Ceci dit, nous refusons fermement toute polémique. La réponse a été apportée aujourd’hui par plus de 1200 personnes qui sont venues adhérer et renforcer le parti Femu a Corsica. Temporairement ou pas, le PNC et ses dirigeants ont décidé de sortir de la démarche et de la maison commune. La porte reste ouverte… si le PNC le souhaite. Et j’espère qu’il le souhaitera rapidement.

Gilles Simeoni : « Le mouvement nationaliste est assez mûr pour ne pas rentrer dans des logiques de division »
- Craigniez-vous une remise en cause de la cohésion de la majorité à la CDC et à l’Assemblée ?
- L’ensemble de la majorité territoriale a la volonté collective d’être à la hauteur des enjeux et d’assumer les responsabilités qui nous ont été confiées par le suffrage universel. J’ai confiance dans notre volonté commune de continuer à travailler dans le cadre du contrat de mandature qui a été passé et des engagements qui ont été souscrits devant les Corses, qu’ils aient ou non voté pour nous. En tant que président du Conseil exécutif, je veux être le garant de la continuité de l’action au service de la Corse et des Corses, mais aussi des engagements qui ont été pris et seront respectés. Le mouvement nationaliste est suffisamment mûr pour ne pas rentrer dans des logiques de division, de tensions ou de polémiques. Ce n’est pas du tout ma façon de voir les choses ! Cette volonté de continuer à avancer ensemble, chaque fois que c’est possible, est partagée par les 1200 militants qui sont là aujourd’hui.
 
- Divorce avec le PNC, tension avec Corsica Libera : les Nationalistes sont-ils entrés depuis l’été dernier dans une zone de turbulences ?
- Il y a eu et il y a encore, objectivement, un certain nombre de difficultés qu’il faut traiter de façon politique et, bien évidemment, non polémique. Nous restons strictement dans le cadre des engagements pris devant les Corses, de ceux pris aussi au niveau de Pè a Corsica dans le cadre de la construction de la majorité territoriale. Nous continuons dans ce même état d’esprit.
 
- La création de Femu, est-ce le moyen de préparer les prochaines Territoriales ?
- Avant 2021, d’autres échéances nous attendent, notamment la réalisation concrète des objectifs que nous nous sommes assignés. Au delà de nos fondamentaux, de notre vision globale de la lutte de ce peuple, de la construction de son présent et de son avenir, les Corses nous ont, aussi, élus pour gérer des problèmes quotidiens qui sont lourds : la situation économique et sociale, la précarité, la cherté des carburants, les déchets, les infrastructures, le numérique, le développement durable, le développement de l’intérieur et des zones de montagne… Certaines choses sont à améliorer. Nous allons faire encore plus et encore mieux. Un parti fort, présent sur le terrain, capable de renforcer notre démarche par l’apport d’idées et de gens nouveaux, est un élément important et très positif dans cette équation.
 
- Vous parlez d’ouverture. Etes-vous prêts à chercher d’autres alliances ?
- Nous ne sommes absolument pas, aujourd’hui, dans la recherche d’autres alliances, mais dans la continuité d’une vision stratégique qui a commencé à se construire lors des élections municipales de 2008, qui s’est développée ensuite jusqu’à nous conduire à exercer des responsabilités. La majorité territoriale est nationaliste. Je continue à penser que le peuple corse n’est pas seulement composé de Nationalistes et que nous n’avons rien à craindre, mais au contraire tout à gagner à échanger avec les autres forces politiques, à essayer chaque fois que c’est possible de construire des passerelles, des actions communes, des plateformes au service de l’intérêt général et de l’intérêt collectif du peuple corse. Nous restons strictement dans cette vision.

Gilles Simeoni, entouré du maire de Bastia, Pierre Savelli, de Jean-Félix Acquaviva, député et Secrétaire national du nouveau parti Femu a Corsica, et de la conseillère exécutive, Nanette Maupertuis.
Gilles Simeoni, entouré du maire de Bastia, Pierre Savelli, de Jean-Félix Acquaviva, député et Secrétaire national du nouveau parti Femu a Corsica, et de la conseillère exécutive, Nanette Maupertuis.
- Vous avez annoncé un changement de ton et de mode d’action pour la visite prévue du Premier ministre. Qu’entendez-vous par là ?
- On voit bien depuis onze mois que l’attitude du président d’abord, du Premier ministre et de son gouvernement ensuite, et de l’Etat enfin, est une attitude de mépris et de refus obstiné de reconnaître la dimension historique du vote des Corses en 2015 et, de façon encore plus massive, en 2017. Cette attitude-là doit changer, car elle ne peut nous conduire, les uns et les autres, que dans une logique de tensions et dans un échec alors même que toutes les conditions sont réunies pour construire un chemin de paix, de développement et de reconnaissance du combat qui a été mené depuis des décennies par ce peuple. Au-delà de ces aspects politiques de fond, la situation économique et sociale est partout d’une gravité extrême, en France et singulièrement en Corse. Y compris dans le domaine de la cherté du carburant où des déclinaisons viennent encore aggraver la situation.
 
- Vous dites attendre des réponses fermes de Matignon. Lesquelles ?
- Une position forte a été adoptée à l’unanimité par le Conseil exécutif de Corse et par tous les groupes politiques qui siègent à l’Assemblée de Corse, et est soutenue par le Collectif contre la cherté du carburant, par les gilets jaunes et, à mon avis, par la quasi-totalité des Corses. Des demandes claires ont été formulées, notamment l’arrêt de la hausse immédiate de l’augmentation du prix des carburants et l’institution d’une conférence sociale pour en comprendre le mécanisme. Cela demande des réponses claires du Premier ministre. Il faut qu’il les donne avant de venir ou au moment où il viendra.
 
- Quel accueil lui préparez-vous ?
- Nous ne sommes pas aujourd’hui en train de préparer une réception au Premier ministre ! Nous disons simplement que Paris doit changer son logiciel de compréhension des problèmes qui se posent en Corse et, plus globalement, de l’appréhension de la question corse.
 
- Dans votre discours, vous affichez une priorité, la lutte contre la pauvreté, et lancez un appel aux militants. De quoi s’agit-il ?
- C’est un des aspects forts de notre combat. En arrière-plan de la question de la cherté des carburants, la dégradation de la situation économique et sociale touche des pans de plus en plus importants de la société corse. La CDC, le Conseil exécutif et la majorité territoriale ont déjà pris des mesures fortes dans ce domaine, y compris en allant au-delà de nos compétences en la matière. Nous avons voté, à l’unanimité, un plan de lutte contre la pauvreté et la précarité que nous déclinons maintenant de façon opérationnelle. Il faut renforcer sa mise en œuvre sur le terrain à travers des politiques publiques et des expériences innovantes, ainsi que des moyens budgétaires dédiés. Ce qui est vrai pour le social et la précarité est vrai aussi dans d’autres domaines. Nous aurons l’occasion dans les mois à-venir de faire des propositions fortes dans tous les domaines, notamment la défense du foncier et le logement.
 
- Etes-vous serein ?
- Oui ! Serein, déterminé et aussi touché et ému par la densité et la force imprévisibles de la mobilisation d’aujourd’hui. Cela donne une force politique à ce parti qui, à mon avis, apporte un élément nouveau dans l’équation politique d’ensemble.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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