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Gel des matchs le 5 mai : "un soulagement, mais aussi des regrets"

Tribune Libre de Didier Grassi


Didier Grassi le Jeudi 21 Octobre 2021 à 15:57

Près de 30 ans après la catastrophe du stade de Furiani, le 5 mai 1992, le 14 octobre dernier le Parlement a sacralisé cette date. Un hommage aux 19 morts et plus de 2.300 blessés dans l’effondrement de la partie haute d’une tribune provisoire avant le coup d’envoi de la demi-finale de Coupe de France entre Bastia et l'Olympique de Marseille.

Suite à la promulgation de la loi sur le gel des rencontres de football le 5 mai, dans une une tribune libre adressée à CNI, Didier Grassi, passionné de foot, retrace l'histoire de cette date emblématique



La Tribune Libre de Didier Grassi

La loi n° 2021-1360 visant au gel des matchs de football le 5 mai a été promulguée par le président de la République Française ce 20 octobre 2021 (JO du 21/10/2021). Il aura donc fallu passer par le parlement (le 13 février 2020 à l’Assemblée Nationale et le 14 octobre 2021 au sénat) pour aboutir, presque 30 ans après la tragédie, à une véritable reconnaissance nationale de la catastrophe de Furiani. C’est bien évidemment, un énorme soulagement pour ceux, dont je fais partie, qui notamment au sein du Collectif des Victimes du 5 mai 1992, se sont mobilisés depuis tant d’années pour cette reconnaissance. Pour rappel, cette demande du gel des rencontres de football dans les calendriers du football français a resurgi il y a dix ans quand, à l’occasion du 20e anniversaire de la tragédie, les autorités du football, fédération puis ligue professionnelle avaient envisagé de laisser des rencontres se jouer le 5 mai 2012. C’était tout d’abord la Fédération Française qui avait programmé… la finale de la Coupe de France 2012, le 5 mai. Elle se rétractera après que des victimes et proches de victimes se soient offusqués de ce choix. Mais la Ligue Professionnelle « récupérait » la date pour en faire une journée de championnat de Ligue 1, la 36ème, potentiellement attributaire du titre de champion de France (à deux étapes de l’échéance de la compétition). C’était, une nouvelle fois, faire abstraction de l’engagement qui avait été pris (et souvent non-tenu durant cette période) par le président François Mitterand au lendemain de la tragédie, le 6 mai 1992, alors qu’il rencontrait les victimes et leurs proches à l’hôpital de Bastia. Une forte mobilisation populaire et politique autour du Collectif allait finalement faire reculer la ligue professionnelle et son président de l’époque et le samedi 5 mai 2012, jour du 20e anniversaire de la tragédie, était consacré à la mémoire et au souvenir avec le report de toutes les rencontres de compétitions nationales programmées ce jour-là. Les autorités du football avaient finalement cédé sous la pression des politiques, eux-mêmes sensibilisés par le collectif et ses soutiens issus de toute la société.


Antérieurement et pendant 20 ans, les autorités nationales du football français n’avaient jamais daigné accorder la moindre attention à ce qui reste pourtant la plus grande catastrophe du football national. Ainsi, jamais, jusqu’au 20e anniversaire, ni la Fédération ni la Ligue Professionnelle n’avaient communiqué le moindre message, les jours anniversaires de la tragédie, à destination des victimes. Ce 20e anniversaire faisait naître l’espoir et particulièrement pour moi (licencié au sein de la Fédération Française de Football depuis l’âge de 7 ans comme, joueur, dirigeant et aujourd’hui membre du comité directeur de la Ligue Corse de Football) que, enfin, la catastrophe de Furiani allait être reconnue et intégrer l’histoire du football français. La création d’une commission de réflexion, à l’initiative du président de la Fédération, sur le sujet de « comment commémorer le 5 mai » laissait entrevoir une prise en compte, au niveau national, du nécessaire besoin du souvenir. Mais les travaux de cette commission étaient un simulacre de concertation et débouchés sur rien de concret, les propositions ayant fait consensus n’étant même pas mise en œuvre.   

Mes regrets sont là : les autorités nationales du football, mon sport, n’ont jamais su ou voulu être actrices de l’intégration de la tragédie de Furiani dans l’histoire du football français. Elles ont même, y compris après les enquêtes et procès qui ont mis en avant leurs responsabilités (comme celles de l’Etat, des dirigeants du club et de la ligue Corse de l’époque et, bien sûr, du constructeur de la funeste tribune), toujours cherché à culpabiliser les seuls responsables locaux pour faire de cette affaire, une affaire uniquement Corso-corse… 


Aujourd’hui, à la veille du 30e anniversaire, c’est la loi et donc le politique (les différentes petites avancées antérieures dans la reconnaissance de la tragédie sont toujours intervenues sous la pression du politique) qui impose ce devoir de mémoire au football français. J’aurai souhaité, pour ma part, qu’il en soit autrement et que les valeurs que prônent les responsables du football (solidarité, respect, tolérance…) se concrétisent aussi autour de cette tragédie et de ses victimes par la prise d’initiatives concertées, mais propres au football.


Heureusement, beaucoup d’acteurs du football, clubs professionnels et amateurs, joueurs, arbitres, dirigeants et supporters ont compris l’importance de ce devoir de mémoire et ont soutenu, notamment ces dernières années, les demandes du Collectif en quête de cette reconnaissance. Qu’ils soient tous ici remerciés, tant leurs messages y compris dans les tribunes des stades, ont compté dans la détermination à aboutir des responsables du Collectif des Victimes du 5 mai 1992.

Cette loi promulguée n’est pas une fin en soi. La fédération française de football et sa ligue professionnelle, en collaboration avec l’Etat et le collectif des victimes, doivent maintenant continuer le travail qui avait été initié en 2015 avec le secrétaire d’état Thierry Braillard. Il s’agit de mettre en œuvre, réellement, dans le cadre des commémorations annuelles de la tragédie de Furiani, des actions ayant pour objectifs principaux la sensibilisation aux valeurs ancestrales du sport auprès notamment des plus jeunes (par exemple dans les centres de formations, pôles espoirs, sports études…). 


Le football, sport le plus populaire dans le monde, ne peut continuer à dériver dans les travers du « sport-business ». Il convient, ici et ailleurs, que tous ses acteurs se ressaisissent et que le « sport roi » retrouve ce qui a fait sa popularité et son attrait. « La musique et le football sont les deux plus puissants facteurs capables de vaincre tous les obstacles linguistiques et universels, et de soulever les foules sans distinction de race ou de nationalité. » disait Jules Rimet créateur de la Coupe du Monde de Football. Il faut, pour que cette maxime garde sons sens initial, que les dirigeants du football, à tous les niveaux, tirent les conséquences et les leçons de toutes les dérives constatées ces dernières années… 
#FurianiMaiPiu #UnCiNeScuderemuMai 
 
Didier GRASSI
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