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Dominique Bucchini : " Ce n'est pas vrai, les Corses ne savent pas tout ! "


Nicole Mari le Mardi 4 Juin 2013 à 23:37

Le président de l’Assemblée de Corse et président de la commission Violence, Dominique Bucchini, réagit, pour Corse Net Infos, aux discours tenus par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, avant et pendant sa visite de deux jours en Corse. Tout en se félicitant que le développement économique soit la priorité du gouvernement dans l’île, il balaye d’un revers de main la stigmatisation des Corses et les fins de non-recevoir sur le statut de la langue et l’évolution constitutionnelle.



Dominique Bucchini, président de l’Assemblée de Corse et président de la Commission Violence.
Dominique Bucchini, président de l’Assemblée de Corse et président de la Commission Violence.
- En tant que président de la Commission violence, que pensez-vous des propos tenus par Manuel Valls sur la violence culturelle corse ?
- Je m’en tiens aux propos officiels tenus à la Mairie de Bastia et à l’inauguration de la caserne Paoli. Ces propos disent que la priorité en Corse est le développement économique. C’est l’évidence même devant la gravité de la crise. Le taux de chômage, que nous venons d’atteindre dans l’île, nous ne l’avons jamais atteint ! Nous sommes la région la plus précaire de France, ex-aequo avec la région PACA, et la plus inégalitaire, ex-aequo avec la région Ile de France, comme s’il y avait en Corse des Neuilly, des 8ème ou 16ème arrondissements ! Mieux : il y a quelques années, 272 personnes payaient l’ISF (Impôt sur la fortune) en Corse, elles sont, aujourd’hui 2200 ! Ce qui montre bien qu’il y a, ici, comme ailleurs, dans le système dans lequel nous vivons, une minorité de gens qui s’enrichissent, même avec les deniers publics.
 
- C’est-à-dire ?
- Par exemple, la réfaction de TVA  permet à certains d’empocher beaucoup d’argent. Ce n’est pas tout. Nous sommes champions de France du suicide. Nous sommes les derniers en France pour l’accueil de la petite enfance, ainsi que pour la formation professionnelle des 16-21 ans et des 25-61 ans. Nous sommes même avant-dernier en Europe, pour la formation professionnelle des 25-61 ans. Les derniers sont les Siciliens avec qui nous avons en commun de vivre sur une île qui est le théâtre de pratiques mafieuses et la région la plus criminogène d’Europe. La majorité diverse et variée, minoritaire, qui dirige l’Assemblée de Corse, a hérité de ce canevas-là et ne peut pas régler, en un jour, ce genre de problèmes.
 
- Pourtant, le ministre de l’Intérieur semble dire que le problème essentiel en Corse est le développement économique. Y adhérez-vous ?
- J’y adhère obligatoirement. Alors qu’on doit construire 9 000 logements sociaux, nous arrivons à en construire 400 à 450 par an. Malheureusement, le prix des terrains est énorme et grandit de manière exponentielle à cause de la spéculation immobilière. Là-dessus, le milieu d’origine corse est venu vivre, travailler au pays et faire du fric. Comme toujours, le milieu tue et se tue. Nous sommes pris en étau dans cette situation. Il est nécessaire d’insister sur les problèmes économiques et les problèmes de la criminalité.
 
- Le ministre prétend que des progrès ont été faits dans la lutte contre la grande criminalité. Y croyez-vous ?
- Je le crois sur parole. En tant que président de la Commission violence, nous allons le vérifier puisque nous allons, bientôt, entendre le procureur général et les deux procureurs de Bastia et d’Ajaccio. Nous leur poserons un certain nombre de questions pour voir si, en quelques mois, les choses ont effectivement évolué. Vu ce qui n’était pas fait auparavant, on ne peut pas régler ce genre de problèmes en six ou huit mois, il faut un peu de temps. Partir à l’origine du fric, c’est ça le dossier essentiel !
 
- Manuel Valls accuse les Corses de savoir et de se taire. Qu’en dites vous ?
- Les Corses ne savent pas tout ! Ce n’est pas vrai ! On est dans un Etat de droit. La gendarmerie et la police peuvent savoir. Elles savent tout ! Elles en savent plus que moi ! Pour arriver à avoir des résultats concrets, il faut un peu de temps. Strada facendo !
 
- Il y a, néanmoins, un problème de forme. Beaucoup de Corses se sentent stigmatisés. Comment en faire l’impasse ?
- Effectivement, certaines expressions du ministre ne plaisent pas aux Corses. Il est en train, me semble-t-il, de rectifier le tir. Les problèmes de forme sont secondaires par rapport aux problèmes de fond. Ne me dites pas que la forme rejoint le fond, ce n’est pas toujours vrai !
 
- Attendiez-vous des excuses ?
- Vous peut-être ! Moi, non ! Je n’attendais aucune excuse de la part d’un ministre qui vient, non pas en tant que Mr Valls, mais en tant que ministre de l’Intérieur de la République française. Il est venu tenir un certain type de discours. Les choses avancent doucement. Il faut discuter. Nous allons donner un certain nombre d’arguments pour tenter de convaincre le ministre de tenir un certain langage. Il n’y a pas de raison que nous n’y arrivions pas.
 
- Ce n’est pas la 1ère visite de Manuel Valls. A quoi sert-elle vraiment ?
- Il est venu signer une convention du PEI (Programme exceptionnel d’investissements) à hauteur de 535 millions €. Vue la crise, même si nous avons sûrement des avis divergents sur sa profondeur et ses raisons, bon nombre de régions françaises seraient très heureuses de pouvoir bénéficier de cette manne pour leur développement économique. S’il y a profondeur de la crise, on pourrait comprendre que l’Etat demande aux collectivités locales de faire des efforts et ratiboise, un peu, l’aide apportée. Or, l’Etat tient exactement les engagements qu’il a pris.
 
- Comment réagissez-vous à la fin de non-recevoir sur le statut de coofficialité et l’évolution constitutionnelle ?
- Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! Ce n’est pas la 1ère fois que le ministre de l’Intérieur prend des positions par rapport aux problèmes dont nous débattons à l’Assemblée de Corse. Je parle au nom de cette Assemblée qui va continuer à travailler sur le viatique qu’elle a énoncé. Après, au fur et à mesure qu’elle avancera, si, effectivement, un consensus important se fait… on verra !
 
- N’avez-vous pas le sentiment de travailler pour rien ?
- Non ! Non ! Le ministre a, en même temps, dit qu’il faut que la Commission Chaubon travaille, que l’Assemblée de Corse fasse des propositions et qu’après, le gouvernement les examinera. Nous devons, donc, continuer à travailler et nous verrons, après, quel est le chemin le plus praticable que nous pouvons emprunter, sans maximalisme pour pouvoir avancer.
 
Propos recueillis par Nicole MARI


















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