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David Seddas, dernier cordonnier à Bastia : « Le métier se perd lentement mais sûrement »


Léana Serve le Vendredi 13 Février 2026 à 13:30

David Seddas est le dernier cordonnier de Bastia. Dans son atelier situé en plein centre-ville, il recoud, colle et répare des paires de chaussures, perpétuant un savoir-faire que lui a transmis son prédécesseur. Mais aujourd’hui, il craint que son métier disparaisse, faute de repreneurs et d’une relève suffisamment formée pour poursuivre la profession.



David Seddas, dernier cordonnier de Bastia
David Seddas, dernier cordonnier de Bastia

(Photos Gérard Baldocchi)


Dans sa boutique située en plein cœur de Bastia, David Seddas s’affaire à recoller des semelles de chaussures en cuir. Aujourd’hui, il est le dernier cordonnier de la ville, un métier qu’il a découvert un peu par hasard. « Avec ma femme, on a repris la cordonnerie au mois de janvier 2004 », raconte-t-il. « On était à la recherche d’un emploi, et par hasard, on a su qu’un cordonnier vendait son affaire et cherchait des jeunes pour reprendre l’affaire. J’étais employé libre-service mais j’avais envie de changer de métier, alors on a suivi une formation avec lui, et petit à petit, ça nous a plu, alors on a repris l’affaire tous les deux. »
 


Au début, rien n’était évident, se remémore David. « On ne connaissait pas du tout le métier, il nous a appris à coudre sur la machine, à mettre les semelles, faire du collage… En fait, c’est un métier vraiment varié. Le plus long à maîtriser, ça a été le banc de finition : c’était compliqué parce que c'est une machine de précision. Quand on a les chaussures à la main, il ne faut pas se louper, sinon la chaussure est ruinée. Je me rappelle de mon premier jour, ça a été un peu la panique, mais on a eu une clientèle très compréhensible. »
 

Après plus de deux décennies à exercer ce métier, David indique que celui-ci « a beaucoup évolué ». « À l’époque, vous aviez des chaussures de qualité, avec beaucoup de cuir, mais maintenant, on privilégie le confort à la qualité. Et c’est la mode des baskets, mais on ne fait plus de réparations comme avant parce que les matériaux ne sont plus les mêmes. Avec une semelle en plastique, en caoutchouc, on ne peut plus les réparer comme avant, alors on essaie d’improviser et de s’adapter, notamment avec les colles. »


Pour faire face à ces changements, David et son épouse ont dû diversifier leur activité. « Je propose des semelles, des teintures, des lacets à la vente ; je me suis aussi mis à faire de la réparation de clés, de badges d’entrée d’immeuble, des gravures sur des plaques pour arriver à joindre les deux bouts. Ma femme fait aussi beaucoup de couture sur les sacs : des anses décousues, des fermoirs à mettre… Et on récupère aussi les cuirs ou les fermoirs pour les mettre sur d’autres sacs », énumère-t-il.
 

Malgré cette adaptation constante, David s’inquiète pour l’avenir de la cordonnerie à Bastia, et craint de ne pas avoir de repreneur le jour où il décidera d’arrêter son activité. « Ça ne fait pas trop plaisir d'être le dernier. Avant, on était peut-être cinq ou six en ville, on s’aidait, on se donnait des conseils. Aujourd’hui, je suis seul, un peu perdu », explique-t-il avec un léger sourire. « Le problème, c’est qu’il n'y a pas de relève. Les jeunes n’ont pas trop goût à la cordonnerie parce que c'est un métier ingrat. Et puis, au niveau national, on voit que les grossistes ferment, alors ça veut tout dire. Le métier se perd lentement mais sûrement. »


Selon lui, il faudrait insister sur la formation de cordonnier, afin d’inciter plus de jeunes à se lancer dans cette voie. « Il y a des jeunes qui sont déjà venus faire des petites formations pour l'école, mais ça ne les intéresse pas parce qu’il n’y a pas de formation. Il y en a une sur le continent, en Provence, mais c’est assez limité parce qu’il n’y a pas de publicité. Il faudrait recréer un engouement pour la Corse, faire une formation de cordonnerie, parce que les jeunes, malheureusement, ne sont pas trop renseignés sur ça. Et actuellement, je pense qu’on n’aura pas de repreneurs le jour où je déciderai d’arrêter mon activité… »