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DOSSIER. Le châtaignier et la Corse : des histoires intrinsèquement liées


le Dimanche 11 Décembre 2022 à 18:05

Si sa culture n’a pas toujours été privilégiée sur l’île, l’arbre à pain a, au fil des siècles, su faire montre de ses multiples atours. Au point que, séduits par ses milles et une richesses, les Corses ont su l’exploiter sous toutes ses formes, en faisant de la farine, du tanin ou même des meubles



Photo illustration
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Sa silhouette majestueuse et robuste se dessine aux quatre coins de l’île, en faisant certainement l’un des symboles emblématiques. Depuis des siècles, les Corses ont bien compris la richesse et les multiples usages de celui qui est souvent encore appelé « l’arbre à pain ». Au point que certains ont pu parler d’une véritable « civilisation de la châtaigne ». Pourtant, la Corse n’a pas toujours été une terre où la castanéiculture avait une place si importante. « C’est d’abord du fait d’obligations de la République de Gênes que de multiples châtaigniers ont été plantés », raconte Pierre-Jean Campocasso, directeur du patrimoine de la Collectivité de Corse en précisant que les Génois, constatant que le blé n’avait pas une rentabilité assez importante en Corse, ont poussé les insulaires à développer la culture de châtaigniers avec pour objectif de préserver la population des famines, son fruit permettant de surcroit de nourrir les hommes comme les animaux. « La châtaigne est devenue fondamentale en Corse depuis au moins le XVIème siècle », développe-t-il. 
 
« Le pain des pauvres »
Réduit en farine, ce fruit prend rapidement une place prépondérante sur les tables corses au point d’être de tous les repas, sous différentes formes, jusqu’au milieu du XXème siècle. Une omniprésence qui conduira Pascal Paoli à déclarer : « Tant que nous aurons des châtaignes, nous aurons du pain ». Grâce à cette solide réputation d’ingrédient principal du « pain des pauvres », le châtaignier investit un espace très important sur l’île. « Les chiffres que nous avons entre le Plan Terrier, fin XVIIIème, et le milieu du XIXème siècle montrent qu’il existe alors à peu près 35 000 hectares de châtaigneraies en Corse. C’est le maximum que l’on ait atteint. La châtaigneraie était principalement concentrée en Castagniccia au XVIIIème siècle, au point qu’elle a donné son nom à cette région, dont elle constitue alors jusqu’à 80% du terroir. C’est une quasi monoculture », détaille Pierre-Jean Campocasso. D’ailleurs, preuve de ses attraits, la grande Castagniccia constitue à ce moment 40% de la population de la Corse. « Cette culture existe aussi dans quelques autres régions. Mais en Balagne ou dans le Sud c’est une culture qui n’est pas du tout connue fin XVIIIème », ajoute-t-il en soulignant par ailleurs qu’une « étude de l’INRAE dans les années 1980-1990, avait recensé près de 47 variétés de châtaignes et marrons en Corse »
 
« Un rôle fondamental »
Mais outre les bienfaits nutritionnels de son fruit, les Corses se rendent rapidement compte des multiples usages que peut avoir le châtaignier. On commence ainsi à se servir de son bois pour fabriquer du mobilier comme des chaises, notamment du côté de Verdèse et de Nocario, ou même des charpentes, planchers et autres cloisons. Ses feuilles, quant à elles, deviennent indispensables pour les cuissons au four des falculelle et des migliacci, traditions qui perdurent encore aujourd’hui. Et même les éclisses, ces jeunes pousses qui grandissent près des arbres, sont utilisées pour de la vannerie dans un petit secteur entre Orezza et Saliceto.  « Le châtaigner a jusqu’au milieu du XIXème siècle un rôle vraiment fondamental en Corse, notamment en Castagniccia », appuie Pierre-Jean Campocasso.
 
Des usines de tanins qui se développent rapidement sur l’île
Mais la seconde moitié de ce siècle amène un changement profond de l’économie insulaire : les Corses quittent les villages et l’intérieur se vide. Le châtaignier perd alors son rôle majeur dans l’économie. Toutefois, parallèlement, des inventions dans l’industrie chimique vont rapidement lui donner un nouvel attrait. Du côté de la région lyonnaise, on utilise notamment du tan de châtaignier, appelé aussi acide gallique, pour teindre les soies en noir. « À partir de là, un notable bastiais, Ours-Paul D’Angelis, va installer un premier atelier, « a Fabrica Vecchia », commune de Scata, sur les bords du Fium’Alto, en 1873 », note Pierre-Jean Campocasso. Bientôt, un chimiste trouve également le moyen d’utiliser du tan de châtaignier pour fabriquer des cuirs. Dès lors, née une très forte demande pour le tan de châtaignier. Et les châtaigneraies corses attisent bien des envies. Plus exploités, leurs arbres sont en effet tout d’abord peu coûteux. « Et puis comme ce sont des arbres qui ont des centaines d’années. Or, après 50 ans, le châtaignier avoir jusqu’à 10% de tanin », dévoile le directeur du patrimoine. 
 
L’occasion est donc trop belle pour les industriels qui ne tardent pas à s’en saisir. D’Angelis, le Bastiais, s’associe ainsi à des tanneurs de Longjumeau pour construire une nouvelle usine appelée Campo Piano, sur la commune de Pruno, un peu plus bas sur le Fium’Alto. « La demande devient très forte fin XIXème. Et on va construire une usine à Folelli, toujours sur le Fium’Alto, à son embouchure, le long de la voie de chemin de fer. Des Allemands vont aussi construire une usine à Casamozza, et des notables bastiais du côté de BarchettaAvec la crise des années 1830, ces quatre usines de tanin vont finir par se regrouper, et par entrer dans une concentration industrielle. Parallèlement, une nouvelle usine va également s’installer à Ponte-Leccia, créée par des industriels de Liverpool », relate-t-il. Mais après la Grande Guerre, ces usines perdent de leur attrait. Campo Piano, Fabrica Vecchia et l’usine de Casamozza vont finir par fermer après 1918. Celles de Barchetta et Folelli résisteront un peu plus longtemps. L’usine de Ponte-Leccia, qui sera la dernière à fermer, mettra fin à son activité en 1965.
 
La superficie des châtaigneraies corses réduite de moitié dans les années 2000
Cet âge d’or du tanin de châtaignier aura également permis la création d’une tonnellerie industrielle artisanale à Folelli - les tonneaux étant indispensable pour exporter cette matière -, ainsi que l’ouverture, à Barchetta, d’une parqueterie, où seront fabriqués des parquets en bois de châtaignier, ainsi qu’une usine à papier cartonné, conçu à base de copeaux de châtaignier. « Le châtaignier est vraiment décliné sous toutes ses possibilités en Corse. On l’a utilisé aussi comme charbon pour fabriquer du fer », abonde Pierre-Jean Campocasso. Mais cette utilisation industrielle a mis à mal les châtaigneraies. « On estime que les coupes des usines ont dévoré à peu près 10 000 hectares. De ces 25 000 hectares, du fait des incendies et des maladies comme l’encre et le chancre, on a évalué qu’il resterait 15 000 à 20 000 hectares de châtaigniers en Corse dans les années 2000 », rapporte-t-il. « En l’an 2000 seulement 1200 hectares de châtaigneraies exploitées. À cela s’ajoutent 2000 à 3000 hectares packagés par les cochons et encore quelques dizaines d’hectares utilisés pour des cueillettes familiales. Et puis, depuis les années 2000 avec l’arrivée en plus du cynips et les sécheresses qui se multiplient, la production de châtaigniers est autour de 1000 à 1500 hectares exploités, ce qui est négligeable par rapport à ce que cela a été », livre-t-il encore. 
 
Une renaissance de la châtaigneraie corse
Après avoir décliné pendant quelques années, la castaniéculture corse a aussi connu un certain renouveau, notamment grâce au lancement d’a Fiera di a Castagna à Bocognano en 1982. Dans ce droit fil, en 1991 était créé le Groupement Régional des Producteurs et Transformateurs de Châtaignes et de Marrons Corse avec pour objectif de maintenir et valoriser le territoire castanéicole corse. Grâce au gros travail de ce syndicat d’exploitants agricoles, une Appellation d’Origine Protégée (AOP) farina de châtaigne corse-farina castagnina corsa a pu être obtenue en 2006 afin de défendre et promouvoir ce produit traditionnel qui reste aujourd’hui encore une partie importante de la gastronomie insulaire. 


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La châtaigneraie de Pianellu
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