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DOSSIER. I Santi, i Morti : en Corse c'est le temps du recueillement


J.C. le Dimanche 30 Octobre 2022 à 19:21

La Toussaint est une fête célébrée le 1er novembre pendant laquelle on honore tous les saints, elle précède la fête des défunts le 2 novembre. En Corse, cette période est entièrement dévolue au souvenir des disparus. Des rites archaïques pratiqués autrefois se sont effacés, mais d'autres se perpétuent jusqu'à nos jours.
Corse Net Infos consacre son dossier hebdomadaire au culte des morts sur l'île.



Photo archives CNI
Photo archives CNI
Pour la Toussaint, les Corses se rendent sur les tombes de leurs défunts, les chrysanthèmes inondent les cimetières, les bougies allumées ramènent la lumière dans le monde de la nuit. 
Les rites diffèrent selon les pieve. Mais une constante ressort, chacune des traditions liée au culte des morts évoque un lien étroit entre le monde des vivants et le monde de l'invisible. 

Dans l'imaginaire collectif, vivants et morts entretiennent un lien indéfectible comme le souligne l'anthropologue Ghjasippina Giannesini "la Toussaint est ce moment où on peut communier avec les morts, en Corse comme dans d'autres parties du monde, ce temps est vécu comme un continuum de la vie, c'est un moment où on peut avoir des interactions avec les défunts, et nos anciens le vivaient comme tels. Ils percevaient la mort comme une autre vibration. C'était pour eux un savoir et non une croyance, ce n'était pas un doute, mais un savoir ancien." 

Deux mondes en mouvement que les rites et les traditions portent jusqu'à nos jours avec leurs variantes locales. Le monde de l'au-delà est conçu sur le modèle des vivants, ainsi le partage de la nourriture que l'on pose le soir du 1er au 2 novembre sur la table est perçu comme un partage avec les disparus. "La nourriture que certaines familles continuent de déposer sur la table est une offrande faite à leurs défunts, une façon de donner une part du vivant. Dans le Haut Taravu et en Castagniccia, ce soir-là les gens apportaient des châtaignes dans l'église pour les morts. Il y a une belle pratique qui consistait à enlever une part de nourriture des placards per caccià a parte di u mortu. Ensuite, les aliments récupérés étaient distribués aux plus défavorisés'". explique l'anthropologue.

Tempi d'oghje 
Aujourd'hui, certaines pratiques se poursuivent, les bougies allumées sur les tombes sont une survivance de ces rites. Anciennement, on allumait un feu dans certains villages, symbole de lumière et de vie, la société moderne adapte les traditions en conservant les rites originels. "Le feu qui transforme le matériel en immatériel, et la bougie allumée à la maison ou au cimetière est synonyme de vie, on met la lumière dans le monde obscur. De même, de nos jours, des familles adaptent ce que leurs anciens leur ont transmis et laissent sur la table de la nourriture parfois singulière comme des bonbons qui ont remplacé les châtaignes, mais cette pratique garde son sens, car on considère qu'on mange avec eux, l'essentiel étant de communier avec leur défunt, la manière de confronter la matière et l'immatériel a évolué, mais la symbolique reste la même." détaille Ghjasippina Giannesini.

Les réseaux sociaux aussi contribuent à l'évolution de rites anciens, il n'est pas rare de voir apparaître l'annonce d'un décès, une épitaphe, ou un témoignage in memoriam d'un disparu et le 'like' remplace la bougie, "en Corse les réseaux sociaux ce n'est pas que du virtuel, car tout le monde se connaît, on est souvent confronté à l'annonce d'un décès sur les réseaux et on se retrouve presque obligé de laisser un commentaire, alors qu'il serait plus opportun de rencontrer ou d'appeler la personne pour faire part de son ressenti. Les réseaux ne permettent pas de vrais échanges, c'est très fragile, il suffirait d'une panne électrique persistante pour que les échanges soient rompus, c'est un colosse aux pieds d'argile." explique-t-elle.

Le modernisme impose une nouvelle pratique des traditions, dans un univers où les croyances et les rapports humains évoluent et tendent à banaliser le culte de la mort, la croyance en Corse demeure un imaginaire fort dont le point d'ancrage repose sur une certitude, à savoir que nos ancêtres sont une part de ce que nous sommes. 

Deux mondes, l'un surnaturel l'autre cartésien tellement opposés, mais finalement si proches.


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